PAYA Jean-Baptiste, Charles

Par Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky, Corrigée et augmentée par Isabelle Privat

Né le 24 juin 1807 à Gimont (Gers) mort le 3 janvier 1865 à Nice ; libraire puis imprimeur, journaliste, écrivain, fondateur et directeur de plusieurs journaux républicains-démocrates à Toulouse puis à Paris.

coll. Musée d’histoire vivante

Fils de Joseph Paya, marchand et d’Henriette Henri, Jean-Baptiste Paya, cinquième enfant sur neuf, entra à l’âge de quinze ans, suite au décès de son père, dans une librairie de Toulouse, probablement l’imprimeur-libraire Vieusseux, ce qui lui
permit de se doter d’une solide culture littéraire. Après deux années à Paris où il fut employé dans diverses maisons de commerce, il revint à Toulouse et ouvrit une librairie Place Rouaix. Il obtint le 27 février 1832 son brevet de libraire et le 11 octobre 1834 son brevet d’imprimeur. Il s’établit dès lors à l’hôtel de Castellane, 9 rue Croix-Baragnon (aujourd’hui, dit hôtel d’Andrieu de Montcalvel et renuméroté 10 rue Croix-Baragnon). Il fonda dès 1833, la Revue du Midi, dans la mouvance de la « décentralisation intellectuelle » de l’époque. Elle acquit une excellente réputation qui le fit connaître de tous les érudits, littéraires et scientifiques de Paris et province.
En 1837, J.-B. Paya lança L’Émancipation, quotidien politique dont il conserva la rédaction en chef jusqu’en 1844. D’après Pascal Rhaye « les départements ne connurent pas d’organe plus avancé dans la démocratie » pendant cette période. Le journaliste eut à subir vingt-sept procès de presse. J.-B. Paya dut par deux fois se battre en duel. A la suite de la dissolution du conseil municipal de Toulouse en 1841, candidat du parti républicain, il fut désigné édile au détriment de Jean Dominique Romiguières, procureur général et pair de France. Après avoir vendu en 1839 sa librairie à Joseph Bon, un riche marchand toulousain associé à Édouard Privat son commis libraire entré en 1835, il vendit son imprimerie en 1844 à
Auguste Labouïsse-Rochefort puis ses parts du Journal L’Emancipation à Isidore Janot et partit pour Paris. Au commencement de 1846, Paya prit la gérance de L’Esprit public, fondé par Charles Lesseps et, à la suite du retrait de ce dernier, en devint directeur. Le journal fusionna avec La Patrie, dans La Patrie, journal de l’Esprit public dont il dirigea la politique du 10 février au 4 mai 1847. Candidat de la Haute-Garonne lors des élections générales qui suivirent la révolution de Février 1848, il ne put figurer sur la liste des démocrates, celle-ci étant déjà bouclée, mais recueillit 8 500 voix républicaines. Il écrivit des préfaces dans des livres de contes pédagogiques traduit de l’allemand, des articles dans des journaux et fonda le 1er
août 1848 au 108 rue de l’Université, une des premières agences de presse françaises, la « Correspondance démocratique » qui avait pour abonnés les journaux républicains et démocratiques des départements. L’agence devait leur fournir des nouvelles de Paris ou de l’étranger plus rapidement que les journaux parisiens. « …Je n’ai pas besoin d’ajouter, écrit-il à des futurs journaux de province clients, avec quelle énergie je poursuis les tendances aristocratiques qui menacent la République et semblent vouloir l’anéantir ».

Entre 1848 et 1849, il fréquenta Hermann Ewerbeck, dirigeant parisien de la Ligue des Justes, traducteur de Feuerbach entre autres, qui lui confia la mission de traduire de l’allemand le Manifeste communiste de Karl Marx. Ils avaient pu se connaître par l’intermédiaire du Bureau de correspondance, Ewerbeck étant aussi traducteur de contenu journalistique, notamment des articles de la Neue Rheinische Zeitung. On ignore ce qu’il est advenu de cette version du Manifeste et si elle a existé.

Sans l’avoir sollicité, J.-B. Paya fut nommé délégué au Comité démocratique-socialiste pour l’organisation des élections de 1849 et fit partie d’une commission d’enquête nommée par celui-ci, en séance générale. Soupçonné d’avoir envoyé des informations à ses abonnés de province sur la préparation de la journée de manifestation du 13 juin 1849 contre la politique du gouvernement de Louis- Napoléon Bonaparte à Rome, Paya fut arrêté à son domicile le 16 juin 1849.

Avec une soixantaine de personnes poursuivies dont une trentaine en fuite comprenant les principaux responsables, J.-B. Paya fut traduit devant la Haute Cour de justice de Versailles du 12 octobre au 15 novembre. Inculpé de complot, il fut condamné, sans preuves, à la déportation. Il fut transféré à Belle-Ile-en-Mer dans la « Maison de Détention et de Déportation", puis obtint son transfert pour raison de santé en août 1853 à la prison des Madelonnettes à Paris d’où il fut libéré lors de l’amnistie générale du 16 août 1859. Il dut connaître un régime adouci puisqu’il put publier depuis la prison trois livres dont il fut l’auteur : Histoire de la Révolution française en 1855, Naples (1130-1857) en 1858 et Histoire de la Guerre d’Italie, Joseph Garibaldi en 1860. À sa sortie de prison, il devint correspondant du journal Le Siècle en Italie et se trouvait à Naples en septembre 1860, au moment de l’entrée de Garibaldi dont il avait publié le premier, la biographie « vendue à 50 000 exemplaires, bien que la commission du colportage lui eût refusé l’estampille ». Plus tard, en mars 1861, il décida de séjourner à Rome pour écrire un reportage.

Connu pour ses thèses républicaines et anticléricales, il fut, dès son arrivée, arrêté par les sbires du pape et emprisonné dans la prison San Michele. Reconduit à Civitavecchia trois semaines plus tard, il fut prié de retourner en France et de ne jamais revenir. Ayant souffert des conditions inhumaines de détention et profondément scandalisé par les abus de Rome, il publia plusieurs opuscules sur cette mésaventure
qu’il compléta avec des enquêtes et analyses qui eurent grand succès (Les prisons papales, Un prisonnier du pape, Causeries politiques en 1861, édités chez Chabot- Fontenay). Retiré à Nice pour se reposer, il publia en 1864 chez E. Dentu, Les cachots du pape, un véritable dossier accumulant témoignages, preuves et dénonciations des traitements barbares qui sévissaient à ce moment-là dans les prisons papales. On peut y voir une sorte de testament militant se situant comme combattant républicain en référence à son passé de prisonnier politique dans les bagnes de Napoléon III, aux côtés d’hommes généralement plus connus que lui : « En France, lorsqu’un homme a milité longtemps dans la démocratie, on le nomme une vieille lame. C’est la catégorie où l’on m’avait rangé à Doullens et à Belle-Ile, avec Barbès, Sobrier, Guinard, Lebon, Deville père, Albert, Blanqui, Raspail, Gambon, les deux Fayolle, Hibruit et autres ».

Il mourut précocement le 3 janvier 1865 à l’âge de cinquante-sept ans. Ses deux enfants nés à Toulouse en 1837 et 1839, moururent sans descendance : Arnaud Paya fut prêtre saint-sulpicien décédé en 1900 à Lyon, directeur du séminaire Saint-Irénée et sa fille Eugénie mourut en 1892 à Toulouse, célibataire, trois jours avant sa mère, épouse de Jean Baptiste Charles Paya, Grégorine, Eugénie Baichère.

Jacques Godechot, (1907-1989) éminent professeur d’Histoire moderne et contemporaine à la Faculté des Lettres de Toulouse de 1945 à 1980, conclut dans une communication qu’il fit dans un congrès à Bari en 1958, "Un journaliste français libéral ami de l’Italie : Charles Paya (1813- 1865)" :

« Malgré un anticléricalisme quelque peu outré, mais explicable par les difficultés rencontrées dans la solution de la question romaine, Paya nous semble avoir professé des idées fort justes sur le problème italien. Comme elles ont été répandues en France à des dizaines de milliers d’exemplaires par sa populaire Histoire de la guerre d’Italie et par ses articles du Siècle, il n’est pas douteux qu’elles ont finalement eu une influence profonde sur l’opinion publique française. »

« M. Paya a tenu une place distinguée parmi les hommes qui, dans la lutte
politique engagée par l’Emancipation, avant 1848, ont rempli un rôle périlleux et désintéressé »

Portrait de Jean Baptiste Charles Paya (1807-1865) in Procès des accusés du 13 juin 1849, Paris, Ballard, 1849, p. 325 Consultable sur Google.books

« 1m 67 ou 69, cheveux et sourcils châtains, front haut, yeux gris, nez petit, bouche petite, menton rond, visage ovale, teint pâle, toute sa barbe, 40 ans » (Archives Nationales, Procès des accusés du 13 juin 1849, w 582, Ordonnance de prise de corps).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article35875, notice PAYA Jean-Baptiste, Charles par Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky, Corrigée et augmentée par Isabelle Privat, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 5 août 2019.

Par Claude Pennetier, Rémi Skoutelsky, Corrigée et augmentée par Isabelle Privat

coll. Musée d’histoire vivante

OEUVRE choisies : Naples, 1130-1857, Paris, 1858. — Les Cachots du pape, Paris, 1863. — Garibaldi.

SOURCES : Pascal Rhaye, Les Condamnés de Versailles, Paris, 1850. — Notes d’Amaury Catel.— Notes de Christine Belcikowski.— Isabelle Suaudeau-Privat travaillait en 2015 à une thèse sur : Jean-Baptiste, Charles Paya, un libraire-imprimeur républicain, libéral à Toulouse au XIXe. Aux origines de la Libraire et des Éditions Privat.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément