PÉROT

Instituteur socialiste. « Un de ces sous-officiers de la propagande qui jouent dans la vie ouvrière un rôle plus important que les théoriciens et dont l’action est très efficace » (Georges Duveau).

Le 6 février 1849, il fit paraître, dans Le Peuple de Proudhon, un communiqué convoquant, chez lui, 21, rue Bréda, à Paris, ses confrères instituteurs. Gustave Lefrançais se rendit à cette convocation et nous en a laissé le récit :
« Muni de mon brevet de capacité, j’arrive chez le citoyen Pérot, dont l’externat est situé rue Bréda, 21. Le local est assez grand, matériel en bon état, bonne aération, bon éclairage tiré d’une cour sablée et plantée de quelques acacias nains qui, en été, lui donnent droit au nom de jardin. Le citoyen m’accueille fort courtoisement. C’est un homme de taille moyenne, tête socratique, physionomie ouverte mais un peu triste. Il doit avoir dépassé la trentaine. Tout aussitôt il m’expose son projet. »
Il s’agissait de constituer une association entre instituteurs et professeurs « libres » pour réagir contre la décroissance menaçante du taux des rétributions scolaires et aussi contre l’envahissement des institutions dirigées par les corporations religieuses. C’est ainsi que naquit l’Association fraternelle des instituteurs socialistes, qui devait être animée par Pérot, Lefrançais et Pauline Roland et grouper des militants révolutionnaires journellement mêlés aux réalités ouvrières. Elle constituait une filiale de l’Union des Associations de travailleurs qui avait son siège rue Michel-le-Comte. Les réunions de l’Association se tenaient généralement chez Pérot. Martin Nadaud* et Jules Leroux devaient y jouer un certain rôle.
En 1849, parut chez Gustave Sandré, rédigé par l’Association, un programme d’éducation conçu pour l’enfant, de sa naissance jusqu’à ses dix-huit ans révolus. Ces 18 années se divisent en six périodes de trois ans comportant chacune une série d’études appropriées à l’âge de l’élève et distribuées de manière à concorder sans cesse avec l’ensemble des connaissances générales devant constituer de véritables « Humanités » destinées à se substituer aux prétendues « Humanités universitaires ». Chacune de ces périodes devait comporter trois séries spéciales d’études. La première série concernait l’éducation physique et l’éducation sensorielle : dessin, écriture, chant, danse, gymnastique, équitation, natation, escrime, notions professionnelles graduées. La deuxième série visait à développer le jugement : histoire, littérature, art dans ses diverses expressions, philosophie et droit social. La dernière série entendait s’appliquer aux facultés logiques : sciences mathématiques et naturelles, géographie, langues anciennes et langues vivantes.
Grâce à la presse socialiste qui diffusait leurs appels, les animateurs de l’Association recueillirent bon nombre d’adhésions et, en premier lieu, celles de toutes les associations ouvrières de Paris. L’Association devait disparaître en 1850 lorsque la répression menée par les conservateurs contre la révolution se fit de plus en plus vive. Les cours du soir que Pérot avait organisés pour les adultes à son domicile, comme ceux ouverts par Lefrançais, rue Rambuteau, furent fermés et les deux instituteurs poursuivis pour les avoir ouverts sans autorisation ; l’affaire se termina par un non-lieu. Néanmoins, le 22 avril 1850, Pérot et Lefrançais durent comparaître devant le tribunal civil de la Seine toutes chambres réunies, constitué en conseil de discipline, pour s’y entendre condamner à l’interdiction à vie d’exercer leur profession d’instituteur, malgré l’éloquence de leur avocat, Bancel, député du Doubs. Les deux accusés étaient prévenus d’inconduite et d’immoralité notoire, leur programme d’éducation socialiste constituant un outrage à la morale, à la religion, à la famille... et à la propriété.
Il est à noter, également, que dans ce programme des instituteurs socialistes, tout le monde devait être fonctionnaire. Pérot et ses compagnons avaient, en effet, pour « l’esprit fonctionnaire », une certaine admiration. Il est vrai que dans la cité nouvelle dont ils rêvaient le fonctionnaire devait être animé d’un véritable esprit civique.
En 1850, Pérot collaborait à La Feuille du Village, de Pierre Joigneaux*. Voir Deroin Jeanne*.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article36002, notice PÉROT, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 17 décembre 2019.

ŒUVRES : G. Lefrançais, Pauline Roland, Pérot : « Aux Instituteurs » ; l’Association des instituteurs, institutrices et professeurs socialistes. Paris, imprimerie de Schneider, 1849, in-4°, tract, 1 p. (Bibl. Nat., 4° Lb 55/3082). — G. Lefrançais, Pauline Roland, Pérot, Association fraternelle des instituteurs, institutrices et professeurs socialistes. « Programme d’éducation », au siège de l’Association, à Paris, chez le citoyen Pérot, 21, rue Bréda, 1849, 12 pp. et un tableau synoptique. (Bibl. Nat., Lb 55/3083).

SOURCES : G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire. — G. Duveau, La Pensée ouvrière sur l’éducation.

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