BABIN André dit Le « grand Babin »

Par Guy Decamps et Madeleine Peytavin, Gérard Vandenhende, Jacques Defortescu

Né le 17 avril 1921 à Vanves (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 16 août 2015 à Oissel (Seine-Maritime) ; mécanicien de route ; secrétaire de secteur CGT des cheminots de Rouen (Seine-Maritime) de 1959 à 1971 ; membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots (1973-1976) ; responsable des retraités du secteur Normandie (1971-1983) ; militant communiste.

André Babin, départ à la retraite le 17 avril 1971
André Babin, départ à la retraite le 17 avril 1971

Né le 17 avril 1921 à Vanves (Hauts de Seine) chez sa tante ; mécanicien de route ; secrétaire du secteur fédéral CGT des cheminots de Rouen (Seine-Maritime) de 1959 à 1971 ; membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots (1973-1976) ; responsable des retraités du secteur Normandie (1971-1983) ; militant communiste.
Le père d’André Babin, Gédéon, né en 1895, agriculteur avant la Première Guerre mondiale, une fois démobilisé rentra aux « Chemins de fer de l’État » tout d’abord comme agent de la voie puis comme surveillant de travaux. Celui-ci était membre du Parti communiste, syndiqué à la CGTU, il mettait le domicile familial à Bois Hébert, entre Mantes et Evreux à la disposition des réunions syndicales. Mutée à Epannes dans les deux sèvres, sa mère (née en 1900) est devenue garde barrière.
Le chemin de fer allait marquer à jamais le jeune André, qui va alors à l’école à Niort, en train où il obtint son certificat d’études à quatorze ans. À la question rituelle de sa maitresse d’école « que veux-tu faire après le certificat ? » il répond : « conduire des trains ».
La famille arriva ensuite à Chaniers en Charente- Inférieure (Charente Maritime) près de Saintes. André Babin passa alors deux ans au lycée Fontaine, avant d’entrée à l’école d’apprentissage des chemins de fer. Il se classa 2e au concours de sortie, à dix-sept ans. De 17 à 18 ans, il dû patienter n’ayant pas l’âge légal, et passa d’atelier en atelier comme ajusteur, où il se familiarisa avec l’entretien des machines à vapeur.
André Babin accompagna son père dans les manifestations antifascistes et suivit de près les événements de 1936. Au cours d’une de ces manifestations, en 1937, le chef d’atelier, défilant aux côtés du père du jeune Babin, fut chargé de remettre la carte CGT à André.
Pendant la guerre, André Babin commença ses stages pratiques, qu’il débuta le 19 avril 1939, afin de devenir chauffeur, « à la butte » tout d’abord, puis des trains de manœuvres, avant de passer aux trains de voyageurs « omnibus, puis directs » et enfin il fit des stages de « mécaniciens de route » qu’il termina en novembre 1940.
Fin 1942, l’armée d’occupation arriva en zone libre. Les difficultés commencèrent pour André Babin. Les Allemands recherchant des jeunes, qui comme lui sont « jeunes communistes », ils arrêtent Drujan et Daubier en pleine nuit. Son chef de bureau, qui était responsable du réseau « Rail fer » chargé de la protection des jeunes communistes lui conseilla de se sauver et fit des papiers certifiant qu’André avait démissionné et n’appartenait plus aux chemins de fer. Quelques mois plus tard, André pris contact par l’intermédiaire de son père avec les FTP. Ce corps francs le « triangle 20 » était lié au noyau de résistance que constituait le « 142e régiment d’infanterie ». Le régiment comptait 159 officiers, 369 sous-officiers et 2305 soldats, soit 2833 hommes. Avec 119 de ses camarades, André y reçu les rudiments de la lutte armée, du maniement des armes et des manœuvres tactiques.
Il se retrouva dans la poche de La Rochelle, qui fut libéré par les troupes françaises. Il rejoignit l’armée du Maréchal de Lattre de Tassigny jusqu’au 21 octobre 1945.
Libéré, il reprit son travail aux chemins de fer en 1945.
Mécanicien de route, André Babin passa la plus grande partie de sa carrière « à la vapeur ». Il ne conduira des machines électriques que lors des cinq dernières années de son activité professionnelle, de 1966 à 1971.
Après les années de maquis, André Babin pris ses premières responsabilités lors des grèves de 1947.
Dès janvier 1948, il organisa une action CGT-CFTC pour la réintégration de cheminots révoqués : au bout de quatre jours, les onze révoqués furent réintégrés sans perte d’argent si bien que le reliquat de la collecte qui avait été organisée fut versé à l’orphelinat. Il exerça son premier mandat syndical au comité mixte.
L’activité ferroviaire connaissant des creux, les agents affectés à la Traction, « la route », étaient envoyés à l’atelier en fonction des besoins du service Matériel. Pour être nommé mécanicien de route, André Babin dut rejoindre Sotteville-lès-Rouen alors qu’il était sur le point d’épouser la fille d’un viticulteur. Son chef mécanicien, l’informa que des grosses machines diesel devait arriver à Saintes, s’il voulait devenir mécanicien vapeur, il ne pouvait pas rester. Il fut embauché à Sotteville le 2 mars 1951 et nommé avec effet rétroactif (janvier 1951).
Sur le plan syndical, il n’eut pas le temps de chômer, le secrétaire du syndicat d’alors, Roger Decocq, lui demandant de conduire la liste de la 33e catégorie. Il fut élu en 1954, la CGT étant très largement majoritaire dans ce dépôt. Les mandats d’élu se succédèrent ensuite : comité mixte, comité mixte professionnel régional, auprès du directeur de la Région Ouest.
En 1953, c’est la grande lutte contre les décrets Lainel. La grève dura du 3 au 26 août 1953. 700 grévistes au dépôt de Sotteville. Il suivit une formation syndicale d’une durée d’un mois à Paris en 1954. Il accéda au poste de secrétaire du secteur fédéral CGT des cheminots de Normandie en 1959 (il remplaça Roger Decocq) Il y militera jusqu’en 1971. Le Secteur Cheminots allait du Tréport à Alençon, englobait les cinq départements normands et comptait 49 syndicats CGT. Aux élections professionnelles de la même année, il fit partie des élus CGT au Comité Central des Activités Sociales.
Il se souvenait du congrès de 1961 à la Mutualité où il resta médusé à la tribune avec ses camarades Marcel Rivault (secrétaire du syndicat de Rouen) et Robert Resse (du Havre) : ils venaient de rafler les « deux coupes » de la campagne d’adhésion lancée à l’occasion du congrès.
Au Parti Communiste, il fut de son aveu même : « un simple militant ». Sa carrure et sa corpulence, l’amenèrent avec Pinot, Avenel et Chupin à servir de « gardes du corps » de Roland Leroy, alors député de la circonscription.
Mais ce fut surtout comme syndicaliste qu’André Babin s’illustra.
Sa dernière grande lutte en activité fut mai/juin 68. « On n’a jamais eu de problèmes avec les forces de l’ordre, car nos piquets de grève étaient costauds » dira-t-il mais plutôt avec les étudiants, il y a eu des altercations, car ils voulaient la paralysie totale du trafic… en mettant par terre les feux des machines. Nous, on restait a protéger le matériel jour et nuit ». Respecter l’outil de travail avait son importance pour « Le Grand » et ses compagnons.

De 1971 à 1983, il fut responsable du secteur Retraités de Normandie et, à ce titre, il fut membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots de 1973 à 1976.
Marié, André Babin avait trois enfants.
Il décéda le 16 août 2015

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article362, notice BABIN André dit Le « grand Babin » par Guy Decamps et Madeleine Peytavin, Gérard Vandenhende, Jacques Defortescu, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 27 décembre 2018.

Par Guy Decamps et Madeleine Peytavin, Gérard Vandenhende, Jacques Defortescu

Cliché J. Desfortescu
André Babin, départ à la retraite le 17 avril 1971
André Babin, départ à la retraite le 17 avril 1971
Dans un congrès de la CGT cheminots en 1973
Bernard Thibault et André Babin
Bernard Thibault et André Babin

SOURCES : Notes de Sylvain Brière. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Notes de Jean-Pierre Bonnet et de Pierre Vincent. — Témoignage recueilli par Guy Decamps et Jean-Pierre Merrien le 18 octobre 1999 au siège du secteur fédéral CGT des cheminots de Normandie. — « Le Grand Babin » – Témoignage d’André, réalisé avec le concours de Gérard Vandenhende, été / automne 2012, édité par l’Institut d’histoire sociale de la fédération CGT des cheminots dans son cahier n° 53 (2e trimestre 2015). — Haute-Normandie, Pages d’Histoire Sociale, Témoignage de syndicalistes. Antoine Fiszlewicz - édité par L’IHS CGT 76 et le comité régional CGT de Normandie, 2009.

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