PICQUET

Par Gauthier Langlois

Né à la Charité-sur-Loire (Nièvre) ; propriétaire et tourneur en bois ; marié, un enfant. Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851 il se réfugia à Londres puis à Jersey où il provoqua un incident. Il fut soupçonné de participer à un complot visant à assassiner Napoléon III.

Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851 il fut poursuivi et condamné à la déportation en Algérie. La commission mixte du Cher justifia cette décision par le commentaire suivant :

« Propriétaire aux environs de la Charité. Démagogue exalté. Exerçant son influence funeste sur les paysans. Affilié aux sociétés secrètes. Se trouvant avec le Représentant Rochut à des réunions de la société secrète mais plus particulièrement homme d’action. Après le mouvement de Précy, il courut à Nevers pour obtenir du comité insurrectionnel de cette ville le signal d’une prise d’armes générale et immédiate. Il paraît que le comité ne voulut pas se départir de la décision qui ajournait au 18 octobre toute délibération à cet égard. Piquet, furieux, se rendit dans le Val. Pendant l’insurrection de Beffes, il parcourait le pays, essayant de soulever la masse des ouvriers mineurs de Torteron. Il était en cabriolet avec deux autres et armé. Après la déroute, s’est réfugié à Londres d’où il a écrit aux démocrates de la Nièvre une lettre qu’on a saisie dans laquelle il reproche au comité de Nevers sa timidité. J’en ai parlé, dit-il, à tous nos amis de Paris et de Londres et ils disent tous que l’insurrection du Val pouvait être le signal attendu du bout du monde à l’autre si on avait profité de l’événement. Depuis cette lettre, il en a écrit une autre toute de menace au général Pellion. Il regrette de ne pas se trouver en France pour frapper les premiers coups ».

De Londres il passa à Jersey. Le 9 avril 1853, il prononça, aux obsèques de Louis Hélain-Dutaillis à Saint-Hélier, un discours vengeur contre l’Empire mais aussi contre les Républicains « du lendemain ». Victor Hugo, qui avait promis de parler, offensé, estima que l’union entre les proscrits, qu’il n’avait de cesse de prôner, était bafouée. Il se retira sans avoir prononcé le discours attendu par nombre d’exilés. Cet incident fit scandale, entraîna une plainte du vice-consul français auprès des autorités locales qui décidèrent d’interdire toute inhumation de proscrit à Saint-Hélier. La proscription choisit alors le cimetière de Saint-Jean dans le centre de l’île (aujourd’hui cimetière Macpela, à Sion).

Selon un rapport du vice-consul français, soixante-seize démocrates se seraient réunis, en août 1853, pour tirer au sort celui d’entre-eux qui frapperait le tyran Napoléon III. Parmi ces hommes dangereux étaient cités : Auguste Le Maout, pharmacien de Saint-Malo, Benjamin Colin du Morbihan, Picquet de la Nièvre, Seigneuret de Fontainebleau et enfin Édouard Bonnet-Duverdier, l’un des amis des Hugo. L’attentat devait être commis aux Tuileries avant la fin du mois. La seule victime — bien réelle — du complot fut un polonais, Charles-Michel Funck, qui, en août 1853, s’était risqué à passer en France avec un faux passeport jersiais et se fit prendre.

Picquet partit pour Londres en 1855 suite au « Coup d’État de Jersey ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article36219, notice PICQUET par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 août 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCE : Pierre Angrand, Victor Hugo raconté par les papiers d’État, Paris, 1961. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008. — Guy Lavrat, Au temps du fer et des républicains rouges, A à Z patrimoine, 2008, p. 229, 252, 285-286, 294. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Piquet ou Piget », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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