RABAN Louis, Thomas [RIBAN]

Par Jean Risacher

Né le 2 novembre 1790 à Versailles (Seine-et-Oise). Graveur à Paris. Membre de sociétés secrètes. Républicain. Militant révolutionnaire.

Louis Raban était fils d’un boucher. Nous n’avons guère d’indications sur la première partie de sa vie. Nouguès* parle de lui comme d’« un vieux soldat du libéralisme, agitateur réformiste, disciple de Félicité Lamennais* mal converti à l’action révolutionnaire ». On peut penser que c’est de lui qu’il s’agit dans une lettre attribuée à Victor Crevat et destinée à Hubin de Guer, détenu à Sainte-Pélagie et saisie le 13 septembre 1835, faisant un peu le point sur les restes de la Société des droits de l’Homme en vue de créer une nouvelle Société, en l’occurrence les Familles. Il aurait été présenté aux Saisons par Alexandre Raisant* qui avait 20 ans de moins. « Homme étourdit et impérieux », il était graveur et demeurait au Palais-Royal, rue Neuve des Bons-Enfants Royal (IIe arr. ancien, maintenant rue Radziwill Ier), avec ou chez ou non loin de son ami Raisant. Il fut le premier trésorier d’une caisse de solidarité pour les prisonniers politiques et fut remplacé par Jean Charles*. La mise en route de la société des Saisons n’était pas très facile en l’absence de Armand Barbès* et de Auguste Blanqui*. Une rivalité s’établit entre Raisant et Eugène Lamieussens*, soupçonné d’être un mouchard. À la demande du premier, le second fut écarté. Peu après, une descente de police chez Raban, le 26 juillet 1838, fit découvrir un atelier de fabrication de poudre et de munitions ou il fut pris en flagrant délit avec Lardon*, Raisant et Dubosc*. Lamieussens fut considéré comme l’instigateur de cette opération. Raban fut condamné en première instance, le 18 octobre, à 2 ans de prison, par le tribunal correctionnel de la Seine, sa peine fut confirmée en appel le 28 novembre 1838.
A Doullens en 1839, les documents de la centrale montrent que Raban fit preuve d’une inébranlable fermeté, tant sur le plan de l’agitation avec son ami Raisant, que sur celui de la solidarité. Avec Marcellin Dussoubs* et Raisant ils chantaient et interpellaient leurs camarades nouvellement arrivés aux cris de « La République ou la mort ! ». Ils étaient au pain et à l’eau. Silence soudain le 30 juillet. Raisant étant puni à la casemate en août, il menaça de recommencer à chanter, avec Dussoubs et Lardon* pour obtenir la libération de son compagnon. Malade en septembre, il profita d’un séjour à l’infirmerie pour soulever les détenus dont il n’avait pas de contact habituel. N’ayant pas toujours la force de poumons nécessaire, il exhortait les autres à chanter. Toujours à l’infirmerie avec Annat* et Lardon, il était considéré comme l’instigateur de toutes les révoltes, « le plus dangereux par ses conseils » et inquiétait par ses relations continuelles avec Bianchi, d’Amiens, dont on parlait beaucoup à Doullens et que nous n’avons pu identifier malgré une présence fréquente, ne s’agissant probablement pas d’Alphonse Bianchi*, de Lille. Il était en contact avec l’entourage des détenus et s’arrangeait pour faire introduire dans la prison les journaux comme Le Journal du Peuple, notamment par l’intermédiaire des femmes de détenus, comme Mme Raban. Tout au long de l’année 1840, il passait des chants protestataires, notamment avec Aloysius Huber*, criant également à tue tête que « toutes les autorités supérieures et le Préfet sont des argousins », aux lettres de protestations, à la direction, voire au préfet, contre les régimes imposés à ses camarades et aux punitions comme les fers et les longues périodes d’isolement, qui ne modifièrent pas son comportement. Il restait le « provocateur né. C’est un chef de parti, très dangereux ». Nous ne savons pas exactement quand il quitta Doullens, sa peine devant finir vers la fin de l’année 1840, bien qu’il ne semble pas avoir fait parler de lui après mai. Il serait intéressant d’en savoir plus sur ce personnage qui ne semble pas s’identifier avec Raban* de la Seine-Inférieure.

Le Musée de l’art occidental et oriental d’Odessa (Ukraine) nous signale qu’il possède une estampe du graveur Louis-François Raban. Ils savent qu’il a été condamné à deux ans de prison pour la fabrication des cartouches,

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article36705, notice RABAN Louis, Thomas [RIBAN] par Jean Risacher, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 27 août 2018.

Par Jean Risacher

SOURCES : Arch. Dép. Somme, Yb15. — Cour des pairs, Affaire des 12 et 13 mai 1839. Rapport fait à la Cour par M. Mérilhou, Imprimerie royale, 1839-1840. — L. Nouguès, Une condamnation de mai 39, Paris, Dry aîné, 1850. — M. Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848. Premiers combats et premières prisons, Paris, Mouton, 1969. — L.-A. Blanqui, œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes présentés par D. Le Nuz, Nancy, Presses Universitaires, 1993. — Gazette des Tribunaux, 30 août 1838, p. 1087, 3e col. ; 13 octobre 1838, p. 1246 ; 18 octobre 183.8, p. 1262, 1ère col. — – Document Taschereau. — Notice dans le Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du XIXe siècle, Ecole nationale des chartes.— Gazette des Tribunaux, 22 octobre 1836, p. 1146, col. 2 et 3 ;

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément