REYNAUD Jean, Ernest

Par Notice de Jean Maitron revue et complétée par Ph. Régnier

Né le 14 février 1806 à Lyon, mort le 28 juin 1863 à Paris ; ingénieur, homme de lettres et homme politique saint-simonien et républicain.

Issu d’une famille de négociants, neveu et pupille du Conventionnel montagnard puis thermidorien Merlin (de Thionville), Jean Reynaud fit ses études au collège de Thionville, puis au collège de Metz. Il fut reçu à l’École polytechnique en 1824.

C’est lui qui, la même année, conduisit la délégation d’élèves qui allèrent demander à Prosper Enfantin* d’organiser une souscription en faveurs de l’insurrection nationale des Grecs contre la domination ottomane. Sorti 1er de Polytechnique, il acheva ensuite sa formation à l’École des Mines.

Fréquentant Michel Chevalier* et sans doute aussi Ernest Cazeaux* et Transon*, lié d’amitié avec Hippolyte Carnot* et Édouard Charton*, Jean Reynaud assista à l’exposition de la doctrine saint-simonienne au début de 1829 et s’y rallia dès lors ouvertement. Membre du « deuxième degré », il fit un peu de prosélytisme à Thionville, Metz et Lyon avant de rejoindre son premier poste d’ingénieur, en Corse. Mis en disponibilité à sa demande en avril 1831, il prit alors effectivement place au sein de la direction du mouvement saint-simonien, devenant aussitôt l’un des six prédicateurs en titre. Sous la responsabilité de Claire Bazard*, il eut d’abord pour tâche d’enseigner les ouvriers. Puis, envoyé en mission à Lyon en compagnie de Pierre Leroux* et de Paul Laurent*, Reynaud y prononça de mai à juin des discours retentissants, que reproduisirent L’Organisateur et Le Globe. Le succès fut tel que d’aucuns, lors de l’insurrection des canuts qui se déclencha au mois de novembre suivant, en imputèrent la responsabilité directe à cette « mission ». Mais quelque peu ébranlé par de vives discussions avec les républicains de Grenoble, Reynaud, de retour à Paris en août, y trouva le groupe dirigeant en pleine crise. Nommé membre du « collège » le 13 septembre, il hésite jusqu’au bout entre Saint-Amand Bazard* et Prosper Enfantin*, finissant par se retirer, le 28 novembre, en profond désaccord avec les thèses morales de ce dernier.

Fin 1831-début 1832, Jean Reynaud s’intégra à une poignée de « dissidents », réunis avec H. Carnot et Pierre Leroux, autour de la Revue encyclopédique, un titre opportunément racheté par ces deux opposants républicains à Enfantin. Il y donna ses premiers articles, traitant notamment « de la nécessité d’une représentation spéciale pour les prolétaires ». Collaborateur anonyme du Magasin pittoresque de Charton, Reynaud fut aussi l’un des principaux contributeurs de l’Encyclopédie nouvelle, ou Dictionnaire philosophique, scientifique, littéraire et industriel offrant le tableau des connaissances humaines au XIXe siècle...(huit volumes in-4° parus de 1836 à 1841 « sous la direction de MM. P. Leroux et J. Reynaud »). Les signatures de maintes personnalités issues de la constellation saint-simonienne se rencontrent dans les colonnes de ce dictionnaire inachevé, dont Claude-Henri de Saint-Simon* lui-même avait indiqué qu’il était urgent de l’entreprendre, afin de doter le siècle d’un instrument qui aurait pour lui la même valeur que l’Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert pour le XVIIIe. Reynaud y fit preuve d’une productivité, d’une érudition, d’une pertinence de jugement et d’une profondeur de pensée qui n’échappèrent pas à l’attention de ses contemporains.

Avec Leroux, Jean Reynaud s’était rapproché des rescapés de la Société des droits de l’Homme démantelée après les journées insurrectionnelles d’avril 1834. En avril 1835, il fut l’un des défenseurs choisis par les accusés républicains du « Procès d’avril » et, impliqué à l’occasion du procès des défenseurs dans une polémique contre la Chambre des pairs. Appelé à comparaître lors de l’audience du 29 mai, il refusa de répondre pour se justifier et purgea lui-même une peine d’emprisonnement d’un mois à Sainte-Pelagie.

Sous la Seconde République, H. Carnot, ministre du Gouvernement provisoire, l’appela à ses côtés comme sous-secrétaire d’État à l’Instruction publique et lui confia la présidence de la « Commission des Hautes Études scientifiques et littéraires », chargée d’étudier les réformes à opérer dans l’Instruction publique. Elu de la Moselle à l’Assemblée constituante, Reynaud jeta alors les bases d’une Ecole d’administration destinée à former les principaux fonctionnaires de l’État. Son souci de tirer l’économie politique de l’ornière libérale le conduisit par ailleurs à supprimer la chaire de Michel Chevalier au Collège de France, non sans soulever de vives protestations.

Écarté du pouvoir en juillet 1848, en même temps que Carnot, par la vague réactionnaire consécutive aux journées de Juin, battu aux élections à l’Assemblée législative en 1849, rayé des cadres du Corps des Mines après le coup d’État de 1851, Reynaud consacra sa retraite forcée à faire la synthèse de ses idées dans un essai de « philosophie religieuse » intitulé Terre et Ciel, paru en 1854 et six fois réédité jusqu’en 1875. Il s’y efforçait de démontrer au clergé catholique que le spiritualisme pouvait se concilier avec les idées révolutionnaires et les tendances démocratiques. Dans la lignée de Saint-Simon, il proposait en somme une rénovation du christianisme. L’ouvrage fut condamné par un concile d’évêques français réuni à Périgueux (1857). La même année, Reynaud fut battu aux élections en Moselle par le candidat officiel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article36995, notice REYNAUD Jean, Ernest par Notice de Jean Maitron revue et complétée par Ph. Régnier , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 3 mars 2010.

Par Notice de Jean Maitron revue et complétée par Ph. Régnier

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/8 8-1915. — Bibl. Nat, Fonds A.. Pereire. — Bibl. Arsenal, Fonds Enfantin — Gazette des Tribunaux, 25 mai-5 juin 1835. — Profils critiques et biographiques des 900 représentants du Peuple, par un vétéran de la presse, Paris, Garnier frères, 3e éd. 1848. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — P.-Félix Thomas, Pierre Leroux, sa vie, son œuvre, sa doctrine, Contribution à l’Histoire des Idées au XIXe siècle, Paris, 1904. — D.-A. Griffiths, Jean Reynaud, encyclopédiste de l’époque romantique d’après sa correspondance inédite, Paris, 1965.

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