REYNIER Joseph, François

Par Notice de Jean Maitron revue et complétée par M. Cordillot.

Né le 3 mai 1811 à Lyon,, mort le 13 février 1897 à Lyon. Ouvrier tisseur puis chef d’atelier de la soierie lyonnaise. Il joua un très grand rôle dans le mouvement fouriériste.

Ses parents étaient des paysans originaires des Basses-Alpes, venus à Lyon pour s’employer dans les tissages de soie. Ce fut l’une des figures les plus curieuses et les plus vivantes du monde ouvrier de la monarchie de Juillet. De bonne heure, il eut le désir de compléter une instruction rudimentaire. C’est alors que, peu avant la chute de Charles X, il se lia, pour reprendre sa propre expression, « aux saint-simoniens qui avaient dans leurs rangs toute la jeunesse intelligente et prêchaient tout un monde nouveau ». (Voir François Arlès-Dufour*.)
Il prit une part active à l’insurrection lyonnaise de 1831 et fit le coup de feu contre l’armée et les gardes nationaux bourgeois. (Voir Romand Jean-Claude*) Il suivit les saint-simoniens lyonnais qui passèrent au fouriérisme et fut l’un des premiers adhérents au groupe phalanstérien que créa Adrien Berbrugger*. (Voir Michel Derrion*.)
En 1837, lorsque se fonda un deuxième groupe rattaché aux dissidents de l’Union harmonienne et qui publia la Correspondance harmonienne (15 août 1837-1er septembre 1839), il en fut l’un des premiers membres. (Voir Edant Gabriel*, Mure Benoît*)
En 1835, il devait fonder, avec son ami Michel Derrion, la première maison « coopérative » : le Commerce véridique et social. Il engloutit près de 4 000 francs dans l’affaire, qui fut, en France, la première en date des expériences vraiment coopératives. Dans le milieu cultivé, intelligent des phalanstériens lyonnais, Reynier joua un rôle de tout premier ordre. En 1845, il fonda L’Écho de l’Industrie, puis, en 1846, L’Avenir. En 1840, il donna de nombreux articles à La Démocratie lyonnaise. Par la plume et par la parole, il répandit les idées économiques et morales du fouriérisme, préconisant le phalanstère et l’association sous toutes ses formes.
Lorsqu’en 1840, les phalanstériens lyonnais, entraînés par Derrion et Benoît Mure* envisagèrent de fonder au Palmétar (Brésil) une colonie sociétaire selon les principes de Fourier, Reynier participa avec enthousiasme à la préparation de l’entreprise. Il recruta, de 1840 à 1842, à Lyon, 75 personnes : hommes, femmes et enfants. Il devait partir avec le troisième convoi, mais celui-ci fut arrêté par la nouvelle du conflit qui divisait les colons déjà installés au Brésil.
En 1846, il demanda qu’une controverse doctrinale s’établisse entre Étienne Cabet* et Victor Considerant*, comme d’ailleurs le suggérait Cabet. La même année, il prêta les colonnes de L’Écho de l’Industrie aux protestations des icariens lyonnais persécutés par la police. Dans le même temps, il rejoignait la Société des Mutuellistes qui se reconstituait clandestinement. En 1847, il présenta à l’« atelier » dont il faisait partie un projet de fondation de magasins d’ustensiles pour la fabrique de la soie. Il proposait une entente avec des fournisseurs de tous genres auxquels la clientèle des mutuellistes aurait été assurée en échange d’un pourcentage de remise. « Par ce moyen, nous aurions les avantages de la coopérative, sans en avoir les inconvénients. » Avec les bénéfices ainsi réalisés, tant sur la ristourne consentie par les fournisseurs que dans les magasins vendant les ustensiles, il envisageait de constituer « un bureau d’indications, tant pour les ouvriers que pour les patrons ; d’aider aux premiers besoins de l’enfance ; de fournir des secours aux invalides du travail ; une garantie contre le chômage ; une retraite assurée pour les vieillards. »
Il resta à l’écart des événements de 1848. L’idéologie phalanstérienne, sa foi quasi religieuse de fusion des classes n’étaient plus acceptées par la masse des ouvriers. Elles ne correspondaient plus à la mentalité ouvrière, telle qu’elle s’était développée depuis Février. Aux élections à la Constituante, sa candidature ne fut pas acceptée parce qu’il avait affirmé n’être pas communiste. On lui préféra celle de Louis Greppo*.
Encore actif dans les milieux socialistes phalanstériens au lendemain de la Révolution de février, J. Reynier abandonna toute activité politique publique à partir du coup d’État du 2 décembre. Opposé à l’action révolutionnaire comme beaucoup de fouriéristes, il demeura républicain sous l’Empire, mais se borna à souhaiter le retour pacifique d’un régime de liberté. Membre de la Ruche, un cercle républicain, il était également orateur d’une loge maçonnique et membre de la Chambre syndicale des tisseurs.
Début 1871, il fit paraître une brochure dans laquelle il exprimait ses inquiétudes concernant la situation résultant de la défaite et résumait la philosophie sociale de toute sa vie. Ce texte se concluait ainsi : « ... la science, les arts et l’industrie (...) par leurs travaux amèneront l’accord entre le travailleur, le commerçant, l’homme de science, et résoudront le problème de l’association du travail, du capital et du talent ; là seulement est le salut, car nous n’aurons plus le règne tyrannique des partis, mais le règne progressif du socialisme. Peuple ouvre les yeux, tout est là. »
Il habitait alors à Lyon, 59, Grande-Côte.
Il mourut à l’âge de 86 ans, le 13 février 1897.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article36996, notice REYNIER Joseph, François par Notice de Jean Maitron revue et complétée par M. Cordillot., version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

Par Notice de Jean Maitron revue et complétée par M. Cordillot.

ŒUVRES : Peuple, Papes et Rois, dédié aux aveugles et aux esclaves de tous les partis, Lyon, chez l’auteur et les principaux libraires, 1871, grand in-8°, 46 p. — Mémoires, Lyon, 1898. (Il s’agit d’un texte édulcoré, voire falsifié. J. Gaumont a pu consulter le manuscrit original chez les héritiers de Reynier). — Articles dans les journaux : L’Écho de l’Industrie (1845), L’Avenir (1846), La Démocratie lyonnaise.

SOURCES : J. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I. — M. Buffenoir, « Le fouriérisme à Lyon » (Revue d’Histoire de Lyon, 1913).

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