RONDEAU Adolphe, Charles, Augustin

Par Gauthier Langlois

Né le 3 mai 1821 à Limoges (Haute-Vienne), mort le 24 mai 1893 à Lorient (Morbihan) ; conducteur aux Ponts-et-chaussées ; franc-maçon ; maire et sous-préfet de Lorient sous la IIe République, il fut expulsé de France avec son ami Gustave Ratier suite au coup d’état du 2 décembre 1851 et se réfugia à Jersey, dans la communauté des proscrits animée par Victor Hugo. Après la proclamation de la IIIe République il fut à nouveau sous-préfet puis maire de Lorient.

Adolphe Rondeau photographié par Charles Hugo ou Auguste Vacquerie à Jersey entre 1853 et 1855
Adolphe Rondeau photographié par Charles Hugo ou Auguste Vacquerie à Jersey entre 1853 et 1855
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Asplet, fol. 36)

Il fut déclaré à l’État-civil fils de Augustin Louis François Rondeaux, âgé de quarante ans, garde du génie demeurant à la caserne place Sainte-Marie et de Périne Agnès Leteiller son épouse. Son nom de famille est parfois orthographié à tort Rondeaux.

Après avoir fait ses études au collège de Lorient, il servit, entre 1840 et 1848, dans l’administration des Pont-et-Chaussées en qualité de conducteur de travaux.

Il fut initié à la Franc-Maçonnerie le 28 décembre 1844 par la loge Nature et philanthropie, orient de Lorient, à laquelle appartenait aussi son ami l’avocat Gustave Ratier. Affichant ses convictions républicaines, il fut chargé, dès le lendemain de la proclamation de la Seconde République, des fonctions de sous-préfet de l’arrondissement de Pontivy (Morbihan). De là il fut muté, en septembre 1849, à Briey (Moselle) où il se distingua en organisant les secours pour les victimes du choléra.

Destitué par le Prince-président, il était à peine rentré à Lorient qu’il fut dénoncé par les bonapartistes et arrêté au lendemain du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Il comparut devant la Commission mixte du Morbihan, en avril 1852. Celle-ci lui signifia son expulsion du territoire français sous huit jours. Elle motiva sa décision par les attendus suivants : « Ancien conducteur des ponts et chaussées, sous commissaire puis sous-préfet à Pontivy. Homme intelligent mais paresseux. Il a toujours employé son influence à pervertir l’esprit des ouvriers. ».

Avec Gustave Ratier frappé de la même peine, il choisit de se réfugier en Belgique. Les deux amis furent conduits par la gendarmerie jusqu’à Lille où ils apprirent que la Belgique ne recevait plus de proscrits. Ils furent donc dirigés sur Dunkerque et embarqués à leurs frais vers l’Angleterre sur un paquebot britannique. Ne parlant pas anglais et ne trouvant pas de travail, les deux amis se replièrent, après quelques mois de séjour à Londres, sur Jersey. En effet au début de l’exil la présence de milliers de proscrits français rendait difficile l’accès d’un métier quelconque. Les proscrits qui exerçait un métier manuel parvenaient à vivre. Mais les avocats, les médecins, les professeurs n’arrivaient pas à gagner un peu de pain. Les travailleurs manuels gagnaient la vie pour tous. Si le travail n’était pas forcément plus facile à trouver à Jersey, l’emploi du français, alors parlé par presque toute la population, facilitait l’installation.

Les débuts furent difficiles mais il bénéficia de l’aide de ses camarades. Il avait adhéré à la loge la Césarée - orient de Jersey et à l’atelier maçonnique des « Amis de l’avenir » qui lui vota une somme de 300 F pour lui venir en aide. Il était également membre de la société La Fraternité qui venait en aide aux proscrits. À Saint-Hélier Rondeau se fit tour à tour ouvrier typographe, photographe, chimiste, rédacteur du journal La Chronique de Jersey et après avoir acquis une connaissance suffisante de la langue anglaise, il devint professeur de français. C’est durant son séjour à Jersey qu’il connut Victor Hugo, Auguste Vacquerie, et bien d’autres. Le soir on se réunissait chez Hugo qui lisait à ses compagnons d’exil les bonnes pages des Châtiments. Les exilés rêvaient de prendre leur revanche. C’est pourquoi certains furent facilement convaincu par un proscrit aidé par La Fraternité, Julien Hubert, de revenir en France participer à un attentat contre Napoléon III, prélude à une insurrection. Il s’agissait, outre Rondeau, de Félix Jarrassé, Jego, Arsène Hayes, Bertrand Gigoux, et Sylvain Fameau. Mais la couturière Mélanie Simon dénonça Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III. Rondeau fut alors chargé par La Fraternité —avec le député Félix Mathé et ses deux compatriotes de Lorient : l’avocat Gustave Ratier et le conducteur de travaux Étienne Henry— d’instruire l’enquête sur Julien Hubert. Au terme de cette enquête il participa, le 21 octobre 1853, à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey qui déclara Hubert. comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III.

À force de travail et de persévérance Rondeau parvint à se créer à Jersey une situation honorable. De plus il y rencontra une jeune fille, Charlotte Maria Louisa du Vernet (née le 11 octobre 1843 à Southampton, Hampshire). C’était la fille d’un officier britannique en garnison dans l’île. Il l’épousa en octobre 1864 à Londres, en la paroisse de Westminster St Margaret.

Depuis l’amnistie Rondeau venait de temps à autre en France. Mais il ne se fixa à Lorient que vers 1868. Suite à la proclamation de la IIIe République, le 4 septembre 1870, le Gouvernement de la Défense nationale lui proposa la préfecture des Basses-Alpes. Mais il refusa, estimant que Digne était une ville trop éloignée de la lutte. Il demanda à retrouver la sous-préfecture de Lorient et insista pour faire nommer son ami Ratier comme préfet du Morbihan. À Lorient il participa à la défense en organisant un bataillon de gardes mobiles et des batteries d’artillerie. Malgré l’arrivée au pouvoir de la « Réaction », il fut maintenu à son poste jusqu’en 1873, puis muté à Rochefort et enfin à Grasse jusqu’en janvier 1874, date à laquelle il fut remercié.

Rentré à Lorient Rondeau se retira dans sa maison de campagne, loin de la politique. En 1878, après la victoire des républicains, on lui proposa une préfecture mais il refusa. En 1881, élu au conseil municipal, il fut nommé maire de Lorient. Mais en 1883 il donna sa démission, suite à un conflit avec le préfet. Il fut élu maire de Lorient le 15 mai 1892 et conseiller général en août suivant. Il resta en fonction jusqu’à son décès l’année suivante, suite à une longue maladie.

Ses obsèques civiles furent suivies par près de 2000 personnes. Le préfet Poirson, le député Paul Guieysse, l’orateur de la loge Nature et Philanthrope Talvas, le premier adjoint Édouard Broni, le conseiller municipal Jules Dejean pour son compagnon d’exil Eugène Pégot-Ogier, prononcèrent son éloge funèbre. Le directeur de L’Avenir du Morbihan, son ami Bertrand Le Beau, lui consacra dans son hebdomadaire un hommage de deux pages qui commençait ainsi : « La ville de Lorient vient de perdre son maire, le parti républicain perd un de ses représentants les plus sincères et les plus écoutés ; la République perd un serviteur loyal, fidèle, qui jamais ne trahit le drapeau. »

Suite à la loi de réparation des victimes du Coup d’État du 2 décembre 1851, il avait obtenu, en 1882, une pension de 1000 francs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article37261, notice RONDEAU Adolphe, Charles, Augustin par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 janvier 2021.

Par Gauthier Langlois

Adolphe Rondeau photographié par Charles Hugo ou Auguste Vacquerie à Jersey entre 1853 et 1855
Adolphe Rondeau photographié par Charles Hugo ou Auguste Vacquerie à Jersey entre 1853 et 1855
(Source : Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Asplet, fol. 36)

SOURCE : Archives de la Haute-Vienne, Acte de naissance. — Archives départementales du Morbihan, Acte de décès. — Maison de Victor Hugo - Hauteville House à Guernesey, Album Philippe Asplet. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Rondeau - Adolphe Charles Augustin », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Le Phare de la Loire, 3 octobre 1882. — Le Télégramme, 27 mai 1893. — L’Avenir du Morbihan, 28 mai 1893. — André Combes, « Des Origines du Rite de Memphis à la Grande Loge des Philadelphes, 1838-1870 » Chroniques d’histoire maçonnique, n°34, 1985. — Bnf, Fichier Bossu. — Notes de Michel Cordillot.

Version imprimable Signaler un complément