FAVORITI Henri [pseudonyme dans la résistance : La Cuve]

Par Maurice Moissonnier

Né le 6 novembre 1910 à Oullins (Rhône), mort le 7 novembre 1979 à Lyon (Rhône) ; ouvrier du Bâtiment, électricien et cheminot ; syndicaliste et militant communiste de la région lyonnaise, souvent victime de la répression ; résistant déporté.

C’est dans le quartier cheminot oullinois de La Saulée, très fortement marqué par de solides traditions prolétariennes que naquit Henri Favoriti. Il était le deuxième enfant d’une famille de dix garçons et filles. Son père Antoine était d’origine italienne, de même que sa mère Alexandrine Bilancetti ; tous deux étaient venus d’Italie vers 1900 et le père avait trouvé d’abord un emploi dans une verrerie d’Oullins avant d’entrer à la société électrique « La Grenobloise ». Aidé par ses fils — car il ne savait ni lire ni écrire — Antoine Favoriti était devenu militant syndical, secrétaire de la section CGT de son entreprise ; il adhéra en 1934 au Parti communiste et devint diffuseur de la presse communiste (CDH comme on disait à l’époque). Dans ce milieu familial et dans ce quartier où les travailleurs pensaient couramment qu’il faut « toujours voter le plus possible à gauche », le jeune Henri fut tout naturellement orienté vers l’action militante. Dès le 7 novembre 1923, à l’âge de treize ans, il entra à la verrerie Sibert et Saumon et, un mois après, en décembre, il participa à une grève des enfants destinée à défendre leurs propres revendications que les travailleurs de l’usine avaient refusé de prendre en compte lors d’une grève précédente. De quinze à dix-neuf ans, il travailla ensuite dans le Bâtiment où il se syndiqua d’abord au Cartel autonome du Bâtiment (voir à ce propos Hildebert Chaintreuil et Gustave Eysséris*) puis au syndicat uni du Bâtiment (organisation de la CGT-SR). Pendant toute cette période, le milieu familial évoluait toujours plus « à gauche ». L’attitude religieuse du chef de famille (bon critère dans ce quartier de la Saulée où l’anticléricalisme était indice de pensée révolutionnaire) exprime parfaitement ce mouvement : les quatre premiers enfants (dont Henri) avaient fait leur première communion, les suivants furent laissés libres de choisir, les derniers furent d’autorité soustraits à la cérémonie...

Après son service militaire effectué à La Doua (Lyon) au 75e régiment d’artillerie, Henri Favoriti eut quelques difficultés à trouver du travail : on était en 1931 et la crise sévissait. Entre 1931 et 1934 il fit de nombreux métiers, au gré des possibilités d’embauche qui s’offraient et, en 1934, il resta au chômage toute l’année.

En 1932, il adhéra au comité Amsterdam-Pleyel, très actif à Oullins (voir Ernest Bouhatier, Delorme) ; en 1934, en même temps que son père il adhéra au Parti communiste où il milita en compagnie de Julien Airoldi, Victor Escure* et Louis Aulagne*. Il se maria en novembre 1935 et un enfant ne tarda pas à naître. Le 17 janvier 1936, il était parvenu à entrer à l’usine Berliet comme ajusteur... juste à temps pour participer au mouvement qui, dans la grande usine lyonnaise, préluda à la vague des grèves de juin 1936. La direction lock-outa les 4 500 métallurgistes de Vénissieux et il fit partie de la charrette des 250 licenciés imposés au moment de la reprise du travail ; réintégré après juin dans les services de l’entretien, il quitta définitivement cette entreprise à la suite de son refus de travailler 48 heures par semaine comme le voulait la direction de Berliet. Ce n’était pas la première fois qu’il faisait connaissance avec la répression ; déjà, en 1935, arrêté au cours d’une manifestation, il avait été condamné à une amende. À sa sortie de chez Berliet, il se fit embaucher aux ateliers du chemin de fer à Oullins comme aide ouvrier électricien et il y milita au sein de la cellule communiste, en particulier en tant que diffuseur de la presse et à la CGT où, dans les conseils syndicaux il intervenait souvent en faveur du soutien aux républicains espagnols. Le 30 novembre 1938, jour de la grève générale contre les décrets-lois, réprimée par le gouvernement Daladier, il fit partie des cinquante irréductibles qui refusaient de reprendre le travail et il ne rejoignit le service électrique des ateliers-voitures où il était alors affecté, que le dernier, sur ordre de son secrétaire de cellule, au moment où il allait être arrêté par la police présente à l’entrée des ateliers. Une telle détermination avait contribué à le faire remarquer et à en faire un militant soumis à une discrète surveillance. Lorsque le 25 août 1939 parut le décret qui interdisait les journaux communistes, il participa à la confection, dans la nuit du samedi 26 août au dimanche 27, d’un numéro spécial du « Cri de la Saulée », bulletin communiste local, qu’il distribua publiquement le 27 au matin. Immédiatement dénoncé, il fut arrêté dans la rue et conduit à la prison Saint-Paul à Lyon. Le 4 octobre, il fut condamné à un an de prison avec sursis, tandis que son compagnon Joseph Lacruze qui avait nié les faits jusqu’au bout écopait de six mois ferme. À sa sortie du tribunal, on le conduisit à la caserne de la Doua pour y être mobilisé. Mis à l’index pour « propagande révolutionnaire », il fut d’abord isolé à Issoire, puis constamment changé d’affectation. À Château-Thierry où il apprit qu’il était licencié du chemin de fer, son capitaine le faisait passer pour un voleur. Étroitement surveillé, il fut envoyé dans une unité qui stationnait dans les Ardennes : il était le seul servant de sa pièce d’artillerie à n’être pas armé, même lorsqu’on l’envoyait au ravitaillement en première ligne. Au moment de la débâcle il réclama, vainement, qu’on l’envoie enfin se battre. Le 26 juillet 1940, il fut démobilisé et regagna Oullins où il entra dans le « triangle » de direction du Parti communiste clandestin et où, au sein de l’organisation spéciale (OS), il dirigea la distribution de tracts (en particulier l’appel de Maurice Thorez* et Jacques Duclos du 10 juillet) à Oullins, Chaponost, Irigny, Pierre-Bénite et Beaunant.

Le 17 novembre 1940, à la veille de la visite du maréchal Pétain à Lyon, il fut arrêté avec de nombreux autres militants du Parti communiste et interné à Fort-Barraux (Isère). Libéré le 8 mai 1941, de retour à Oullins, il s’embaucha sur les chantiers de réparation du barrage de La Mulatière. Avec une équipe de militants communistes, il cherchait à multiplier les actes spectaculaires capables d’affirmer la présence du parti : inscriptions de soutien à l’Armée Rouge, dépôt d’une gerbe au monument aux morts d’Oullins en mars 1942 après l’exécution de Pierre Semard. Le 1er mai 1942 avec J. Lacruze, un autre militant nommé Chazot et un immigré italien du nom de Scapaticci, il parvint à fixer un drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau sur le câble du bac qui traversait le Rhône, mais au mois de juin suivant Chazot, arrêté et torturé donnait les noms de ses compagnons. Favoriti, qui était à la veille d’entrer dans la clandestinité, se réfugia dans une ferme à Dolomieu (Isère) où il fut, pendant de longs mois complètement coupé du Parti communiste. Ayant renoué les contacts, il s’engagea dans les Francs-Tireurs et Partisans français (FTPF) et opéra d’abord en Savoie et Haute-Savoie dans le secteur d’Argentine. Au mois de mai 1943, sous le pseudonyme de La Cuve il fut chargé de reconstituer dans le département de la Loire les FTP. Nommé commissaire régional aux opérations militaires, il fit partie de la direction chargée d’organiser une spectaculaire évasion de 31 résistants de la prison stéphanoise de Bellevue le 25 septembre 1943. A Saint-Étienne, l’évasion n’aurait pu avoir lieu sans les liens que Giovanni Sosso s’était efforcé d’établir avec d’autres mouvements de Résistance bien avant son arrestation. En prison, il organise la préparation matérielle avec le concours du gardien Marcel Chaussende tandis qu’à l’extérieur d’autres groupes s’occupent des liaisons et préparent la logistique. Favoriti qui, prenant ses fonctions fin mai se trouve confronté à la réorganisation des FTP locaux durement touchés par les arrestations, n’aurait pu en moins de trois mois construire ex nihilo les coopérations et les relations de confiance nécessaires pour mener à bien l’opération.
Il participa à une opération semblable au Puy le 1er octobre 1943, libérant cette fois 80 ou 83 prisonniers, selon que l’on prend en compte ou non deux détenus de droit commun qui se rendent quelques heures plus tard et le gardien Chapelle. Au Puy, l’organisation intérieure de l’évasion est du ressort d’Augustin Ollier. Là encore, elle n’aurait pu être réalisées sans la complicité active du gardien Albert Chapelle, résistant socialiste
Il fut alors nommé Inter A, c’est-à-dire commissaire aux opérations interrégionales (Loire, Haute-Loire, Cantal, Puy-de-Dôme et Allier), jusqu’à la fin de 1943, organisant les sabotages dans les mines, sur les voies ferrées, la destruction des pylônes et des transformateurs, la récupération des armes. En 1944, au mois de janvier, il devint Inter G (commissaire pour la Drôme, le Gard, l’Ardèche, le Vaucluse et la Lozère) et il dirigea le 4 février l’évasion de 24 prisonniers de la Centrale de Nîmes (parmi lesquels Christino Garcia, de la main-d’œuvre immigrée — MOI — futur combattant antifranquiste fusillé en Espagne), les sabotages de la mine de Rochebelle (Gard), la destruction de 23 pièces semblables dans 23 locomotives du dépôt d’Avignon en l’honneur de la journée Pierre Semard, le 7 mars 1944, plusieurs destructions du pont de Tournon. Avec un détachement de FTP il monta enfin, au lieu-dit « Le Robinet », entre Valence et Montélimar l’attaque d’un train de permissionnaires allemands.

De tels succès le firent nommer, en avril, adjoint de Périnetti, alias colonel Brun, qui dirigeait toute la zone sud de l’organisation FTP. Le 13 mai, il échappa à l’arrestation par le groupe de la Gestapo lyonnaise dirigé par Klaus Barbie, de l’état-major FTP mais, le 16, il fut arrêté à Villeurbanne sous le nom de Rodon dans une « souricière » qui n’avait pas été préparée pour lui. Conduit au siège de la Gestapo, à l’école de santé militaire de Lyon, torturé, il fut enfermé à la prison Saint-Luc, envoyé à la fin de juin 1944 au camp de Compiègne et déporté, au début de juillet à Neuengamme puis Bremen-Farge où, irréductible, il devint responsable d’un groupe clandestin. Libéré par l’armée anglaise, il fut rapatrié le 12 juin 1945, gravement atteint de tuberculose.

Après trois ans passés en sanatorium, il reprit ses activités en 1948. Réintégré à la SNCF, il assura en 1949 la direction de la section communiste d’Oullins. Il devint secrétaire puis président du Secours populaire du Rhône. Il appartint également au comité national de cette organisation.

Henri Favoriti, homologué au grade de capitaine était chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre avec palmes.

Son frère Pierre Favoriti fut tué au combat dans le Vercors en 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article3749, notice FAVORITI Henri [pseudonyme dans la résistance : La Cuve] par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 26 avril 2021.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : SHD Caen, dossier AC 21 P 644151 (non consulté) .— Questionnaire et interviews. — Procès-verbaux du syndicat CGT des cheminots d’Oullins déposés à la Région Rhône-Alpes CGT. — Mail d’Henri Destour à Eric Panthou, le 27 avril 2020 concernant les évasions de Saint-Etienne et Le Puy-en-Velay.

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