TROUVÉ-CHAUVEL Ariste, Jacques, TROUVÉ, dit

Par Michael Sibalis et Gauthier Langlois

Né le 17 brumaire an XIV (8 novembre 1805) à La Suze-sur-Sarthe (Sarthe), mort le 13 octobre 1883 à Paris (XVIIe arr.) ; républicain modéré et franc-maçon ; homme d’affaires, banquier, préfet, ministre, chef d’une insurrection populaire en 1851.

Trouvé-Chauvel, préfet de police
Trouvé-Chauvel, préfet de police
Source : Préfecture de police de Paris. Direction des services techniques. Section Photo-Cinéma

Fils de René Trouvé, un simple salarié qui devint riche grâce à une tannerie qu’il créa à La Suze, Trouvé-Chauvel fit des études de droit à Rennes et à Angers avant de travailler dans des maisons de commerce à Paris, au Havre, en Grande Bretagne et en Écosse. En 1833 il était marchand de tissus au Mans. Il y épousa, le 3 avril 1834, Justine-Louise Chauvel et dorénavant se fit appeler Trouvé-Chauvel.

En 1840 Trouvé-Chauvel fondait une banque au Mans, la Caisse de la Sarthe. Conseiller municipal du Mans (1833-1848) et même maire (1840-1843), il était un libéral opposé à la politique de la monarchie de Juillet. En 1843 il causa un scandale par un discours critique à l’égard du régime, qu’il prononça en présence du duc de Nemours en visite au Mans. Trouvé-Chauvel avait de fortes tendances républicaines, mais se méfiait de la classe ouvrière et du suffrage universel.

Le 28 février 1848, le gouvernement provisoire nomma Trouvé-Chauvel commissaire extraordinaire pour la Sarthe ; le 20 mars on lui donna aussi l’autorité dans le Maine-et-Loire et la Mayenne. Élu député de la Sarthe à l’Assemblée Constituante, le 23 avril 1848, le 1er sur 12, par 115 016 voix sur 124 212 votants. Dans une lettre à Ledru-Rollin, il s’était déclaré « républicain de Rome et de Sparte » ; il siégea néanmoins dans les rangs des républicains de la nuance la plus modérée.

Trouvé-Chauvel fut par la suite appelé à succéder à Caussidière comme préfet de police de Paris (17 mai-19 juillet 1848) et occupa ce poste pendant les journées de juin ; puis fut nommé préfet de la Seine (19 juillet-25 octobre) et enfin, le 25 octobre 1848, ministre des Finances dans le gouvernement du général Cavaignac, fonction qu’il garda jusqu’à l’expiration des pouvoirs du général Cavaignac.

À l’Assemblée il s’opposa au socialisme et également au bonapartisme, prônant, comme nécessaires au redressement économique du pays, l’ordre dans les rues et un budget équilibré. Il vota pour le rétablissement du cautionnement, pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière, contre l’abolition de la peine de mort, contre l’amendement Grévy, pour l’ordre du jour en l’honneur de Cavaignac.

Quand Louis-Napoléon Bonaparte devint président, Trouvé-Chauvel retourna au Mans et cessa de prendre part aux travaux parlementaires. Battu aux élections législatives de mai 1849, il n’eut plus, dès lors, aucun rôle politique. Ayant perdu la direction de sa banque en décembre 1850, il se retira à La Suze pour gérer la tannerie familiale avec son associé Jean-Michel Cutivel.

Au matin du 5 décembre 1851, Trouvé-Chauvel se mit à la tête de l’insurrection des tanneurs de La Suze contre le coup d’État du 2 décembre 1851. Ce fut un échec et il s’enfuit. C’est pourquoi, en janvier 1852, les autorités publièrent, par voie de presse et d’affiches, l’avis de recherche suivant :

« Le gouvernement vient de donner l’ordre de faire rechercher et arrêter partout où elles seront trouvées les personnes dont les noms suivent :
1. Trouvé Chauvel ex-banquier ex-ministre, âgé de 45 ans ;
2. Jean-Michel Cutivel, âgé de 40 ans ;
3. [Félix] Pierre, ex-greffier de justice de paix, âgé de 43 ans ;
4. [Constant] Veillard-Lebreton, ex-limonadier, âgé de 34 ans ;
5. Trouvé-Freslon tanneur, âgé de 47 ans ;
6. Édouard Trouvé, commis de banque ;
7. Silly, ex-rédacteur de journal ;
8. [Jean] Milliet, ex-capitaine de la garde nationale, âgé de 50 ans ;
9. Sylvain Parfait Fameau, avoué, âgé de 43 ans.
Des mandats d’amener ont été décernés contre ces neufs personnes, qui ont pris la fuite et qui sont inculpées d’être auteurs ou complices de l’insurrection qui a eu lieu à La Suze (Sarthe). »

Malgré les efforts des autorités Trouvé-Chauvel échappa à l’arrestation : il était parvenu à rejoindre Jersey, avec un autre proscrit, grâce à une barque de pêcheur. Aussi, la Commission mixte de la Sarthe, entérinant un état de fait, le condamna par contumace à la déportation en Algérie. Elle motiva sa décision par les considérants suivants :
« considérant que le Sr Trouvé-Chauvel a été le chef politique de l’insurrection de La Suze ; que c’est lui qui en a pris la direction morale ; que c’est sur les lettres reçues de lui de Paris que le mouvement a été décidé et que sa qualité d’ancien Ministre des Finances augmentait encore la gravité du mouvement lorsqu’il se présentait au milieu des ouvriers armé d’un fusil, est d’avis etc. ».

Trouvé-Chauvel choisit, avec ses compatriotes Jean-Michel Cutivel, Veillard-Lebreton, Sylvain Fameau, Louis Lair et Philippe Faure, de se réfugier à Jersey où il se trouvait en janvier 1851. De là il passa en Angleterre puis à Bruxelles où il retrouva un autre exilé illustre, Victor Hugo, ainsi que l’éditeur Hetzel : ils envisagèrent tous les trois de lancer une publication périodique qui aurait accueilli toutes les célébrités libérales de l’Europe, mais faute de moyens le projet n’eut pas de suite. Son frère Trouvé-Freslon, chargé de ses affaires en France, vint lui rendre visite en juin 1852.

Il gagna ensuite Constantinople où il créa une maison de banque et de commerce à son nom, puis proposa en 1853, au gouvernement ottoman de fonder une banque centrale sous la dénomination de Banque nationale de Turquie. Son projet, non retenu, servira néanmoins de base à la création de la première Banque ottomane trois ans plus tard.

Il avait bénéficié, le 2 août 1854, d’une grâce personnelle accordée par l’Empereur. Mais on ignore quand il rentra en France. Cependant, vers 1858-1860, il était à Paris le mandataire d’importants banquiers anglais engagés dans des spéculations ferroviaires françaises. Il évoluait donc dans des milieux d’affaires très proches du pouvoir et semblait avoir mis de côté ses convictions républicaines.

Il vécut les dernières années de sa vie, oublié et complètement ruiné, aux crochets de sa femme qui avait pu conserver sa fortune. Ses obsèques eurent lieu en l’église Saint-François-de-Sales, le 17 octobre 1883. Selon Le Figaro, « très peu de monde aux obsèques, une dizaine de personnes étaient venues rendre les derniers devoirs à ce vieux républicain (...), aucune notabilité politique, aucune députation, le gouvernement ne s’était même pas fait représenter. Les républicains actuels ne pouvaient avouer plus franchement qu’ils n’ont rien de commun avec ce républicain honnête et désintéressé (...) Le deuil était conduit par M. Alphonse Gasselin, neveu du défunt. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38440, notice TROUVÉ-CHAUVEL Ariste, Jacques, TROUVÉ, dit par Michael Sibalis et Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 28 novembre 2020.

Par Michael Sibalis et Gauthier Langlois

Trouvé-Chauvel, préfet de police
Trouvé-Chauvel, préfet de police
Source : Préfecture de police de Paris. Direction des services techniques. Section Photo-Cinéma

SOURCES : Archives de la Sarthe, Acte de naissance. — Arch. Nat., F1/b I 174/13, dossier Trouvé-Chauvel. — Arch. PPo., dossier E/a 164/3. — Pascal Duprat, Les tables de proscription de Louis Bonaparte et de ses complices, Liège, Redouté imprimeur-libraire, 1852, p. 302-303. — Bnf, Notice autorité. — Notice Wikipedia. — Mémoires du comte Horace de Viel Castel sur le règne de Napoléon III : 1851-1864, Paris 1883-1884. — La civilisation. Revue des améliorations pacifiques, 6 juillet 1851.— Frédéric Lemeunier, A.J. Trouvé-Chauvel, banquier et maire du Mans, ministre des finances de la deuxième République (1805-1883). Le Mans, 1953. — Robert, Bourloton et Cougny, « Jacques, Ariste Trouvé Chauvel », Dictionnaire des Parlementaires français. — J. Dautry, 1848 et la Seconde République, Paris, 1957. — Jean Letessier, « Ariste-Jacques Trouvé-Chauvel et Victor Hugo », Revue historique et archéologique du Maine, 1976-1981, série 3, t. 1, p. 33-40. — André Autheman, La banque impériale ottomane, Paris, Institut de la gestion publique et du développement économique, 1996, chapitre 1. — Guy Antonetti, Fabien Cardoni, Matthieu de Oliveira, « Trouvé-Chauvel (Ariste-Jacques) », Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire (III) : Dictionnaire biographique 1848-1870, [en ligne]. Vincennes : Institut de la gestion publique et du développement économique, 2007. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Trouvé-Chauvel - Ariste Jacques », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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