VIGNERTE Jean-Jacques

Par Notice revue et complétée par Jean Risacher

Né le 12 janvier 1806 à Pouzac (Hautes-Pyrénées), mort à Pouzac le 29 septembre 1870. Militant des sociétés secrètes républicaines sous la monarchie de Juillet ; communiste néo-babouviste.

Fils d’un percepteur qui était en outre un important propriétaire foncier de la région, Vignerte se rendit de Bagnères-de-Bigorre à Paris pour y faire des études universitaires. À la fois avocat et professeur de mathématiques, il se lia avec les républicains, les socialistes et les communistes du quartier Latin, en particulier avec Auguste Blanqui*, Armand Barbès*, Armand Marrast* et Godefroy Cavaignac*.
Membre de la Société des Amis du Peuple en 1830, il entra dès ses débuts dans la Société des droits de l’Homme et il y joua un rôle croissant. En 1832 et 1833, il fut l’un des principaux agents de recrutement de la Société dans la classe ouvrière. Il appartint à la direction publique de la Société, puis, après son interdiction et avant sa dissolution, à sa direction clandestine, notamment dans le Comité de propagande en compagnie, entre autres, de Napoléon Lebon*. Il remplit les missions les plus délicates pour le compte de la Société des droits de l’Homme, telles que les négociations avec les groupes voisins dans le but d’arriver soit à une entente, soit à une entrée de ces groupes dans la Société. Cette besogne lui fut rendue facile par son rang important dans la franc-maçonnerie. Il était en effet orateur de la loge des Amis de la Vérité, en 1832 et 1833, et y retrouva d’anciens carbonari, voire les continuateurs de la Charbonnerie de 1822, dont les compagnons de Philippe Buonarroti*. Une circulaire de la Société des Droits de l’homme et du citoyen datée de pluviôse, an 42 (janvier 1834), signée de son président Godefroy Cavaignac*, annonçait l’élection de Adrien Recurt* en remplacement de Fitot*, celle de François Delente* en remplacement de Guillaume Desjardins* et la démission de Jean-Jacques Vignerte.
Son activité de républicain partisan de la communauté des biens et de l’agitation en milieu ouvrier lui valut d’être arrêté en décembre 1833 et de comparaître plusieurs fois devant les juges pour des affaires distinctes. Le 8 décembre, le Comité de propagande de la SDH se réunit avec des animateurs de coalitions ouvrières et de grève, au 27, rue Saint-Jean-de-Beauvais (XIIe arr. ancien, maintenant rue Jean-de-Beauvais, Ve), où il demeurant avec N. Lebon, La police fit irruption et arrêta tous les participants. Il fut incarcéré avec N. Lebon à Sainte-Pélagie, accompagné d’une consigne très stricte du juge de l’empêcher à tout prix de communiquer avec Lebon. Il figura au nombre des inculpés lors du procès des Vingt-Sept (membres) de la SDH, accusés de la préparation d’émeutes pour l’anniversaire de Juillet, avec François-Vincent Raspail*, Théophile Kersausie*, etc. Le procès s’ouvrit devant les assises le 11 décembre et il fut transféré à la conciergerie le 12. Le procureur Delapalme, analysant les doctrines des prévenus, les accusa d’avoir demandé la loi agraire, provoquant des incidents. Vignerte se leva et s’écria : « Tu en as menti ! » À l’issue du procès, le jury « populaire » acquitta les accusés, mais les magistrats se vengèrent en infligeant, le 19 décembre, 3 ans de prison à Vignerte et suspendant les avocats, Dupont de Bussac* pour un an, Pinard et Michel de Bourges* pour 6 mois. Le procès qui lui fut intenté avec son éditeur Laurent Pagnerre*, le 22 février 1834 suite à la publication en août 1833 de la brochure Au rédacteur en chef du National pour provocation à détruire ou changer le gouvernement, excitation à la haine contre une classe de personnes, excitation à la guerre civile, etc., lui donna l’occasion, outre une « sortie » en dehors de La Force, de prononcer devant le tribunal une vibrante profession de foi néo-babouviste. Bien qu’incarcéré depuis décembre 1833, son dossier fut inclus dans l’instruction du procès des journées insurrectionnelles d’avril 1834 et il fit partie du Comité de défense de Paris qui désigna les défenseurs. Il comparut devant la Cour des pairs entre le 3 et le 9 mai réclamant en vain la défense de Legendre. Durant le procès, il participa à l’évasion collective du 12 juillet 1835 de Sainte-Pélagie, avec au mois 25 autres inculpés, dont Godefroy Cavaignac* et Armand Marrast*, passa en Angleterre où il participa à la fondation de la Société Démocratique Française (voir Camille-Louis Berrier-Fontaine*). De là il poursuivit en Amérique du Nord et du Sud. La Cour des pairs le condamna par contumace, le 23 janvier 1836, à la déportation. Au Brésil, où il demeura six ans, il fonda un journal français.
Lorsqu’il rentra en France en 1841, couvert par l’amnistie de 1840, celle de 1837 ne concernant pas les contumaces, Vignerte s’inscrivit au barreau de Tarbes. Il était toujours républicain et le montra en plaidant pour ses amis politiques, en continuant à faire de la propagande républicaine dans les Hautes-Pyrénées, avec Soubies et le docteur Costallat. Fait extraordinaire pour un militant républicain de sa trempe et qui témoigna de son exceptionnelle popularité, il fut, en avril 1848, après avoir administré les Hautes-Pyrénées en qualité de commissaire de Gouvernement provisoire, avec Dubarry et Soubies, le premier élu du département à l’Assemblée constituante, avec plus de 38 000 voix contre 30 000 au second élu, Dubarry, opposant dynastique de la veille et républicain du lendemain.
Il est vrai que dans sa profession de foi, il s’était surtout préoccupé de rallier le clergé au nouvel ordre des choses, qu’il y avait parlé du maintien de la propriété individuelle, d’une amnistie pour tous les partisans du régime déchu, se bornant d’autre part à réclamer une amélioration progressive et pacifique de l’état matériel, moral et intellectuel des travailleurs.
Vignerte siégea à la Montagne, repoussant les poursuites contre Louis Blanc* et Marc Caussidière*, votant l’abolition de la peine de mort, l’impôt progressif, la mise en accusation de Louis-Napoléon Bonaparte et de ses ministres. Battu aux élections de 1849, il s’efforça d’organiser, dans les Hautes-Pyrénées, la résistance au coup d’État du 2 décembre, échappa aux poursuites et passa à l’étranger.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38757, notice VIGNERTE Jean-Jacques par Notice revue et complétée par Jean Risacher , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 10 janvier 2018.

Par Notice revue et complétée par Jean Risacher

ŒUVRES : L’Étranger et le juste-milieu, Paris, Imp. de Herhan, s. d. [1833], in-8°, 4 p. — Société des droits de l’Homme et du Citoyen. Au rédacteur en chef du National (4 août 1833), Paris, Imp. de Herhan, s. d. [1833], in-8°, 4 p. — Procès des citoyens Vignerte et Pagnerre, membres de la Société des droits de l’Homme, Paris, imp. de Herhan, 1834, in-8, 20 p.

SOURCES : Arch. Dép. Paris (Seine), registres d’écrou DY/8 7-1024, DY/4 19-3321, DY/8 8-1171. — Tableau synoptique des accusés d’avril jugés par la cour des pairs établi par Marc Caussidière, Lyon, imprimerie de Boursy fils, 1837, Arch. Nat. BB 30/294, Bibl. Nat. in-4° Lb 51/24984. — Cour des pairs. Procès politiques, 1830-1835, Inventaire dressé par J. Charon-Bordas, Paris, Archives Nationales, 1983 CC 572 D 5 N° 174, CC 590 D 1 N° 37, CC 614, 615, 617. — Procès des Vingt-Sept ou de la Société des droits de l’Homme et du Citoyen et des élèves de l’École polytechnique, A. Rion, 1834, in 8°. — « Arrestation de la Rue Saint-Jean-de-Beauvais », La Tribune, 12 décembre 1833. — Procès des Accusés d’Avril, Paris, C. Maurier, 1835, 3 vol. in-8°. — Profils critiques et biographiques des 900 représentants du Peuple, par un vétéran de la presse, Paris, Garnier frères, 3e éd. 1848. — Robert, Bourloton et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français. — De Cardaillac, Fernand-François Soubies (1803-1869), Paris, 1911, in-8°, 139 pp. — L’Écho des Vallées (n° du 16 mars 1848) et La Sentinelle du Peuple (n° du 19 mars 1848) ; ces journaux ne se trouvent qu’à la Bibliothèque municipale de Tarbes. — Jacques Grandjonc, Communisme/ Kommunismus/ Communism. Origine et développement international de la terminologie communautaire prémarxiste des utopistes aux néo-babouvistes, Trier, Karl Marx Haus, 1989, p. 141, 149, 152, 155, 164, 166. — Note de J. Grandjonc.
Les registres d’état-civil de la commune de Pouzac donnent Vignarte au lieu de Vignerte, forme adoptée par la famille et qui est reproduite dans tous les autres documents.

ICONOGRAPHIE : Portrait de Vignerte, dans l’ouvrage consacré par M. de Cardaillac à Fernand-François Soubies (p. 73).

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