VINCENT Guillaume, Anthelme

Né à Lyon le 11 juillet 1807, mort à Lyon le 14 novembre 1877. Teneur de livres et militant socialiste.

Vincent prit part au mouvement insurrectionnel de novembre 1831, puis, à l’occasion de l’émeute d’avril 1834, fut poursuivi devant la Chambre des pairs. (Voir Girard* et Jean-Claude Romand*)
À partir de 1840, il fut l’un des chefs de la Société des droits de l’Homme qui, jusqu’en 1848, fit de nombreux prosélytes. En 1848, il en était encore l’un des chefs avec Barret*, Bernard*, Louis Castel* et André Murat*. (Voir Camille Gerry*) En 1846, alors qu’il était signalé comme chef des Mutuellistes et de la Société des droits de l’Homme, il fonda avec Bernard et Barret, chefs des mêmes organisations, la société secrète des Voraces, dont les membres, comme ceux des droits de l’Homme, portaient un œillet et un ruban rouge et vert. (Voir Louis Aumont*)
Au moment de la révolution de Février, à la Croix-Rousse, les Voraces apparurent comme une milice ouvrière, véhémente et pittoresque, mais foncièrement honnête et qui ne commit nullement les déprédations et les pillages dont la légende l’accusa plus tard. Elle se chargea elle-même de la police de la ville et veilla à la sécurité locale par ses patrouilles et, au début du moins, par l’occupation des forts de l’enceinte qu’elle considérait assez justement comme des menaces contre la révolution populaire. Au moment de la réaction qui suivit les Journées parisiennes de Juin, la police présenta les Voraces comme une société secrète des plus dangereuses, ayant des ramifications dans tout le département du Rhône, surtout à Givors, et aussi dans l’Ain et dans l’Isère. Ses membres, recrutés souvent parmi les mutuellistes, voire au sein de la Société des droits de l’Homme, auraient tous été des hommes de main, des mendiants, des gens sans aveu, des condamnés libérés, « socialistes ou plutôt communistes », mettant tous leurs espoirs dans le pillage, le vol, le viol, l’incendie.
Au contraire, d’après La Sentinelle du 6 avril 1848, « les Voraces viennent des entrailles de la classe ouvrière qu’ils honorent et qu’ils sont prêts à défendre ». « Ce sont de simples ouvriers laborieux, patriotes zélés, républicains dévoués, amis de l’ordre, soldats de la France et soutiens du bien public... ». « Voilà ce que veulent les Voraces : la justice et le bon droit. Ils ne veulent pas que le boulanger les fraude sur la quantité qu’ils achètent pour vivre. Ils ne veulent pas que le négociant spécule sur leur misère pour s’enrichir. Ils ne veulent pas que les débitants leur donnent du vin frelaté. Ils ne veulent pas en même temps que leur liberté soit mise sous le flambeau (sic) et leurs droits méconnus... » Cette profession de foi envisageait surtout les intérêts des consommateurs. Les Voraces furent, si l’on en croit la police, environ 8 000. Ceci explique peut-être pourquoi, à Lyon, on vit éclore spontanément tant d’associations de consommateurs.
Vincent fut condamné, en 1850, par la Commission mixte du Rhône, à un an de prison, puis, deux ans plus tard, à l’internement (2 mars 1852). Il fut gracié le 2 février 1853. Voir Pierre Léculier*

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38830, notice VINCENT Guillaume, Anthelme, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCES : Arch. Nat., BB 18/1473. — Arch. Dép. Rhône, série M., Victimes du Deux Décembre. — Jean Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, t. I, pp. 354-355.

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