VINCENT Jean, Ferdinand, dit Condom

Né en 1818. Ouvrier charpentier à Paris, secrétaire, en 1845, des compagnons passants du Devoir du Tour de France.

Vincent fut arrêté en 1845 avec plusieurs autres compagnons chez « la Mère » à la Petite-Villette, comme principal organisateur de la grande grève des charpentiers, longtemps célèbre dans la corporation sous le nom de « Grève du 9 juin », qui dura plus de trois mois. Vincent et d’autres avaient rédigé, en mai, un cahier de revendications qu’un membre de la Chambre syndicale patronale, Saint-Salvy, dont les chantiers avaient déjà été mis en interdit en 1832, résumait ainsi : « Plus de traité de gré à gré ; le prix de 5 francs pour tous les ouvriers ; un engagement pour dix ans, et l’abolition du marchandage. » Présenté par diverses délégations aux dirigeants de la Chambre syndicale patronale dans le courant et à la fin de mai, cette espèce de contrat collectif se heurta à un refus. Pas d’engagement, disaient les patrons, qui semblaient consentir une hausse assez générale des salaires quotidiens de quatre à cinq francs, mais qui, en invoquant leur droit de payer le travail ouvrier selon sa qualité, n’admettaient pas de salaire minimum garanti.
Le travail aurait été entièrement interrompu sur les chantiers parisiens, si l’armée n’avait mis à la disposition de certains entrepreneurs, surtout de ceux qui travaillaient dans la ceinture des forts en construction autour de Paris, des ouvriers de la profession qui étaient en train de faire leur service militaire.
La police redoutait surtout l’existence d’une commission d’entente entre les compagnons du Devoir du Tour de France et les compagnons du Devoir de Liberté. Le fait que l’on trouve des compagnons des deux Devoirs parmi les prévenus de coalition et l’extrême sévérité des peines paraissent bien indiquer que cette crainte, que confirme encore la durée exceptionnelle de la grève, était fondée, et qu’il y eut, en quelque sorte, un comité de grève commun aux deux organisations.
La presse « radicale », en particulier La Réforme et La Démocratie pacifique, organe des fouriéristes, organe des fouriéristes, fit montre de sympathie envers les grévistes, lesquels furent défendus par des avocats républicains, notamment les fouriéristes Charles Dain* et Victor Hennequin*, ainsi que par le célèbre avocat légitimiste Berryer, dont on disait communément qu’il était le plus républicain des légitimistes.
Tout cela n’empêcha pas que Vincent fut condamné à trois ans de prison, son second Dublé à deux ans, que quatre responsables de la coalition, inculpés en outre de violences, furent frappés de quatre mois de prison et sept autres de trois mois de prison, sans qu’on retînt contre eux d’autre charge que la coalition. (Gazette des Tribunaux, à partir du 11 juin 1845, mais surtout du 21 au 27 août 1845.) Voir Jean-Baptiste Blanchard*, Maximilien Blondeau*, Claude Daussois*, Jean-Pierre Dublé*, Dumoulin, dit Beaujolais*, Suzette*. Voir aussi, pour la suite des grèves des charpentiers parisiens : Guérin* (1824), John Albouisse* et Benoît David, dit Nantais* (1832) et Jacques Batant* (1833), Langevin dit la Belle-Prestance* (1837), Devaux, dit Saintonge* (1843), Pierre Drouillet* et Jean-Baptiste Morin* (1846).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38836, notice VINCENT Jean, Ferdinand, dit Condom , version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 20 février 2009.

SOURCE : Julien Blanc, La Grève des charpentiers en 1845. Épisode de la crise sociale de l’époque, Paris, Librairie sociétaire, 1845, in-16, XVI-270 p. — Notes de M. Cordillot.

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