VITOU Jules

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot.

Né en 1813, mort le 15 juin 1849 à Montpellier (Hérault). Militant ouvrier et socialiste de l’Hérault.

Après avoir reçu une instruction primaire, il voyagea pour se perfectionner dans son métier de serrurier. Il se trouvait à Paris en 1833, et c’est là qu’il commença à étudier les questions sociales et politiques. Devenu alors républicain parce que la République « était le seul genre de gouvernement qui offrît l’amélioration du sort des travailleurs », il ne devait plus changer d’opinion.
En 1838, son père lui confia la direction de son atelier. Désireux d’agrandir son affaire, Vitou se retrouva rapidement à la tête de 20 à 30 ouvriers. Mais il comprit que pour continuer, il lui faudrait tyranniser ses ouvriers. Il décida alors de se chercher une autre industrie, qui lui permettrait de subvenir aux besoins de sa famille nombreuse et de jouir d’une plus grande indépendance.
C’est alors qu’il s’établit comme serrurier-mécanicien et quincaillier à l’enseigne « Aux Forges des Cyclopes », 5, boulevard du Jeu-de-Paume, à Montpellier, Vitou jouissait, semble-t-il, d’une certaine aisance.
En 1844, il fut l’un des agents les plus actifs de l’Union ouvrière lancée par Flora Tristan*. Cette dernière le rencontra et le convainquit (malgré l’opposition de son épouse, qui écrivit à Flora pour lui demander de laisser son mari en dehors de son action, ce qui amena Vitou à s’excuser auprès de cette dernière).
À la même époque, il prit publiquement le parti des ouvriers serruriers de la ville qui avaient signé une pétition pour demander une réduction de la durée de la journée de travail. Après la condamnation des dirigeants du mouvement, Vitou fut l’un des organisateurs de la souscription destinée à venir en aide à leurs familles. Il engagea de plus les condamnés, une fois leur peine purgée, à s’associer et à créer un atelier commun. Il leur prêta des outils, leur livra des marchandises et leur procura divers travaux. Il fut encore à l’origine de diverses pétitions et protestations, et fut actif dans le mouvement des banquets de réforme. Il proposa à cette occasion un toast « Au citoyen Cabet* ... à la réalisation des principes communistes icariens, qui réaliseront la liberté, l’égalité et la fraternité », qui fut refusé par le comité d’organisation.
Candidat dans l’Hérault, sur la liste ouvrière, aux élections d’avril 1848, il obtint un nombre de voix dérisoire (323 voix, contre 61 655 au premier élu et 29 192 au dernier élu). Il était rédacteur-gérant responsable du Mécontent, appelé par la suite Le Tribun du Peuple (26 mars-16 avril 1848). Il occupait aussi la vice-présidence du club des Montagnards de Montpellier. (Voir Pierre Hippolyte *)
Il réfléchissait sur l’organisation du travail et la police découvrit, un jour, chez lui, un carnet rempli de ses pensées et de ses projets. Il faisait connaître autour de lui quelques-uns de ces derniers, notamment ses projets monétaires, et s’efforçait de les expérimenter.
Son enterrement fut suivi par 2.000 personnes, bien que le maire de Montpellier, invoquant des raisons de « salubrité » et « d’ordre public », eût fixé le convoi à 3 heures de l’après-midi, au lieu de 7 heures du soir. Bouchet-Doumenq* salua le « zélé pionnier de la vérité sociale », et Guillaume Plasen* souligna les « efforts continus » de Vitou « pour améliorer le sort des travailleurs ». Il déclara : « Le champion des réformes sociales, l’ami des réfugiés politiques, le croyant et l’apôtre du socialisme universel est descendu dans la tombe. » Et apostrophant le mort, il expliqua : « Les Bons d’échange ont rendu de grands services à l’ouvrier. Ta Banque populaire est le germe précieux qui permettra de développer tes projets sur une plus vaste échelle. »

En 1847 « Vitou père » et « Vitou fils » furent inculpés dans l’affaire des bombes incendiaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38864, notice VITOU Jules par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot., version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 6 mai 2017.

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot.

œUVRE : Ma profession de foi, dédiée et offerte à mes frères les travailleurs, petits industriels, petits propriétaires, considérés par moi comme des travailleurs, Montpellier, typo. de Boehm, sd [1848], in-8, 15 p.

SOURCES : Arch. Dép. Hérault, Cour d’assises. Dossier 7.062. — Collections du Mécontent (le Tribun du Peuple) et de L’Indépendant.Ma profession de foi, op. cit.La Révolution de 1848, n° 24 (1907-1908), p. 366 sq. — Stéphane Michaud, Flora Tristan, la paria et son rêve, Fontenay, ENS éditions, 1995.

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