WATRIPON Antonio [WATRIPON Antoine, Marie, dit Antonio], dit CHOUX Jules

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot.

Né en février 1822 à Beauvais, mort en juillet 1864à Paris. typographe, écrivain et journaliste. Compromis lors de l’affaire du 13 juin 1849.

Fils aîné d’un capitaine de l’Empire, Antoine Watripon reçut une bonne éducation. Désireux d’être indépendant, il apprit le métier de compositeur d’imprimerie et devint ouvrier typographe.
Correspondant à Beauvais du Journal du peuple sous la monarchie de Juillet, il tenta de lancer dans sa ville une feuille politique et sociale pour débattre des problèmes du prolétariat et du travail en la faisant imprimer à Paris. Rapidement, les difficultés accumulées et les mesures attentatoires à la liberté de la presse eurent raison de ses efforts.
Il écrivit ensuite dans Le Progressif de Senlis, puis dans la Revue de l’Oise. Appelé à la rédaction du Progrès de l’Oise de juillet 1843 à juillet 1844, il s’efforça d’en faire un journal républicain. Godefroy Cavaignac* le remarqua et le fit entrer dans la presse parisienne. Il travailla notamment en tant que journaliste à La Réforme aux côtés de Alexandre Ledru-Rollin*, Louis Blanc* et Ferdinand Flocon*. Il collabora également au Populaire de Étienne Cabet*, quoiqu’étant loin de partager les idées communistes réformistes de ce dernier.
En 1847, il fonda la Lanterne du Quartier Latin. À la tête de la jeunesse des Écoles, il participa à toutes les manifestations qui précédèrent la chute de Louis-Philippe. Il prit notamment une part active à l’organisation du banquet du XIIe arrondissement (ancien), qui fut à l’origine immédiate des événements de février 1848. Il fit partie d’un comité de dix jeunes gens qui examina, en liaison avec le comité Barrot, la manière dont les étudiants seraient représentés à ce banquet. Il fut décidé que les vingt cartes d’invitations qui leur revenaient seraient réparties à égalité entre ouvriers et étudiants. Le 3 février, Watripon manifesta à la tête de 3 000 étudiants contre l’interdiction d’enseigner qui venait d’être signifiée à Michelet, Quinet* et Mickiewicz. Un mandat d’amener fut même lancé contre lui le 21 février, mais la chute de la monarchie empêcha qu’il soit exécuté.
Avec Alfred Delvau*, il fut, après Février, l’un des rédacteurs fondateurs de L’Aimable faubourien, Journal de la canaille, qui avait pris pour devise ces deux vers de Barbier :
La grande populace et la sainte canaille
Se ruaient à l’immortalité.
Dans une langue pittoresque, il ne se lassait pas de répéter, sous toutes les formes, que « la révolution de Février, comme la révolution de Juillet, sa sœur, était une révolution escamotée ». Pour vivre, il travaillait dans les bureaux du ministère de l’Intérieur.
Auteur d’un Petit catéchisme républicain paru à Beauvais en avril 1848, il fut battu, dans l’Oise, aux élections du 23 avril à la Constituante et L’Aimable faubourien fut supprimé le 24 juin 1848, en raison de l’état de siège.
Entre temps, Watripon avait collaboré à La Révolution démocratique et sociale. Il y avait commencé la publication d’une « Histoire des Écoles », qui fut interrompue par la suppression du journal.
Il fut également, sous le pseudonyme de Jules Choux, un des rédacteurs du journal démocrate-socialiste le Père Duchêne de Thuillier* (35 numéros parus du 10 avril au 22 août, avec une suspension de près de deux mois suite à l’insurrection de juin), et à ce titre membre actif du Club de l’institut fondé en mars 1848. Il fut aussi, toujours sous le même pseudonyme, l’un des rédacteurs du journal de tendance montagnarde le Vieux Cordelier. Drapeau du peuple, dont 6 numéros parurent entre le 19 mai et le 1er juin. (Voir Lardet*)
Artilleur de la garde nationale, il alla rejoindre, le 23 juin, sa batterie, dont le capitaine lui dit qu’elle ne se réunirait pas. Il sortit alors sans uniforme et en armes, en compagnie du jeune Auguste Poulet-Malassis*, futur éditeur de Baudelaire, se rendit place de la Sorbonne, lieu ordinaire de réunion de cette batterie, et retrouva quelques gardes nationaux près de la rue des Poirées où l’on venait de tirer. Il aurait été retenu, rue des Maçons-Sorbonne, par les insurgés, puis aurait gagné le domicile de Poulet-Malassis, hôtel de Liège, rue du Cloître-Saint-Benoît, jusqu’au 24 au soir, quand les forces de l’ordre y pénétrèrent. Il s’échappa alors au bras d’une femme. Arrêté, le 27, pour s’être vanté d’avoir travaillé aux barricades, en rentrant à son domicile, 26, rue des Grands-Augustins, il n’expliqua pas son emploi du temps jusqu’au 25, mais fut néanmoins libéré. Poulet-Malassis ayant sans erreur possible participé à l’insurrection, son ami était gravement compromis et semble avoir dû à Ledru-Rollin sa libération. Ceci ne l’empêcha pas de reprendre rapidement ses activités militantes. Le 3 décembre 1848, il fut l’un des participants en vue du banquet socialiste des Écoles. Devant plus de 2 000 convives, il prononça un toast vibrant « À la tradition démocratique dans les Écoles, à la mission sociale de la jeunesse ! », appelant à l’union entre étudiants et ouvriers : « ... en désertant à jamais le camp des privilégiés, nous passons dans celui des prolétaires, et nous sommes à eux à la vie, à la mort. »
En mars et avril 1849, il fit paraître à Paris, toujours sous le pseudonyme de J. Choux, deux numéros restés sans suite, d’un journal de tendance démocratique avancée, la Chandelle démocratique et sociale. Les autres rédacteurs en étaient A. Dunan* et G.-D. Mousseux*. Dans le deuxième numéro, il prit la défense d’Auguste Blanqui* et de ses co-accusés du procès de Bourges.
À la suite du 13 juin 1849, il fut inculpé de complot. Il demeurait alors, 11, rue des Fossés Saint-Jacques. Il fut détenu, s’échappa, se réfugia à Londres où il attendit la fin du procès devant la Haute Cour de Versailles pour revenir.
Il fit alors paraître son Histoire politique des Écoles et des Étudiants depuis le Moyen Âge jusqu’en 1850 (1re partie : 1815-1830). Louis Blanc* écrivit une préface pour la 2e partie : 1830-1850, mais elle resta à l’état de manuscrit.
En juillet 1850, il fut l’un des collaborateurs de l’éphémère Jacques Bonhomme, journal des mansardes et des chaumières en compagnie, entre autres, de Paul Deflotte*, François Vidal*, Pierre Vinçard*, Dupoty* et George Sand*. En 1851, Antonio Watripon appartenait à la rédaction du journal La Révolution, dont son frère Léon était le gérant. Après le coup d’État, il renonça à la littérature politique. Il collabora au Mousquetaire, au Journal amusant, au Figaro. Il publia des articles de polémique littéraire et écrivit des romans, des poésies, des pièces de théâtre. Il avait néanmoins conservé de bonnes relations avec l’extrême gauche littéraire. Ainsi le jeune débutant Jules Vallès* lui marquait une particulière estime.
Au début des années 1860, alors qu’il était déjà en très mauvaise santé, il trouva à s’embaucher comme correcteur. Il mourut en 1864, rongé par la phtisie contractée au cours d’une existence trop souvent marquée par la misère.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article38941, notice WATRIPON Antonio [WATRIPON Antoine, Marie, dit Antonio], dit CHOUX Jules par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot., version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 27 juillet 2020.

Par Notice reprise et complétée par Michel Cordillot.

ŒUVRES : (collab.) Almanach du Père Duchêne pour 1849. – Petit catéchisme républicain ou politique élémentaire mise à la portée de tout le monde, Beauvais, Moisand, avril 1848, 16 p.

SOURCES : Arch. PPo., A a/428, et fichier alphabétique. — Arch. Min. Guerre, A 8289. — Les Murailles révolutionnaires de 1848, 17e éd., vol. I, p. 415-416. — Compte rendu du banquet démocratique et socialiste des Écoles de Paris, Bordeaux, impr. des ouvriers associés, sd [3 décembre 1848], in-4°, 4 p. — La Chandelle démocratique et sociale, passim. — Lucas, Les Clubs et les clubistes, op. cit. — R. Gossez, « Presse parisienne à destination des ouvriers, 1848-1851 », La Presse ouvrière, Bibliothèque de la Révolution de 1848, tome 23, 1966, p. 171. — Ronald Gosselin, Les Almanachs républicains, Paris, L’Harmattan, 1992. – Note de Guillaume Pot.

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