FRANCQ Roger

Par Michel Dreyfus

Né en 1880 à Sèvres (Seine-et-Oise) ; ingénieur aux Chemins de fer du Nord ; fondateur de l’Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture (USTICA).

Roger Francq était le fils de Léon Francq, ingénieur civil des mines, constructeur exploitant de chemins de fer et tramways, originaire de Maubeuge. Il sortit de l’École centrale en 1903 et fut ingénieur aux Chemins de fer du Nord. Puis il dirigea les tramways de l’agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing et ensuite une société fabriquant le carbure de calcium et effectuant des travaux de soudure autogène, en Russie. Il fut également administrateur de la Société de force électrique de Bakou.

Il fit d’abord la Première Guerre mondiale comme lieutenant d’artillerie. Après un an au front, il fut demandé par le gouvernement russe qui lui confia la direction des fabrications de guerre. De retour en France il fut, selon le journal La Vague (14 avril 1921) « l’un des premiers » à dire « la vérité sur la Révolution russe ».

Au début de l’année 1919 il créa l’Union syndicale des techniciens de l’industrie, du commerce et de l’agriculture (USTICA) qui, dès 1921, comptait des sections à Paris mais aussi à Lille, Lyon, Amiens, Nantes, Bordeaux, Marseille, Aix et dans l’Est. En mai 1921, Roger Francq appartenait au « Parti socialiste SFIC » comme il s’appelait encore jusqu’à cette date, puisque ce ne fut qu’alors qu’il se rebaptisa Parti communiste. L’USTICA elle, indépendante, n’était subordonnée à aucun parti. Selon une présentation de cette organisation par elle-même, l’USTICA n’appartenait pas à la CGT, tout en ayant avec cette organisation « des rapports amicaux ». L’USTICA se donnait pour « but de resserrer les liens de solidarité entre les techniciens et de les réunir pour assurer :
« 1) La défense de leurs intérêts collectifs et individuels, moraux et matériels. 2) L’étude des questions techniques dans leurs rapports avec l’organisation économique et sociale. 3) La représentation officielle de la technique générale dans les organismes gouvernementaux et auprès des syndicats ouvriers et patronaux » (Article 2 des statuts de l’USTICA).

À partir de 1921, cette organisation commença à publier un journal USTICA dans lequel Roger Francq écrivit très régulièrement de nombreux articles. Il signa également comme « secrétaire général de l’USTICA » des articles dans d’autres journaux comme Le Cri du Peuple et participa activement à la vie de l’association dont il fut l’un des dirigeants, jusqu’à la fin des années 1920 au moins. À cette date il n’appartenait certainement plus au Parti communiste. Roger Francq fut membre du Conseil national économique de 1925 à 1931, au titre du « Travail salarié - techniciens », comme délégué de la Confédération des travailleurs intellectuels. Il semble avoir été président de l’USTICA en 1927 et secrétaire général de l’Union des syndicats d’ingénieurs en 1929.

Alexandre Piquemal le convainquit de signer comme Autonome, en novembre 1930, l’appel des 22 pour l’unité syndicale (voir B. Bour* et M. Chambelland*). Il intervint en son nom personnel à la conférence pour l’unité tenue le 11 janvier 1931 à la Bourse du Travail de Paris mais rompit assez vite avec les 22. Secrétaire de la commission économique du Cercle de la Russie neuve en 1932, il fut remplacé par Joseph Dubois en 1933 (voir H. Wallon*).

Un rédacteur de la Révolution prolétarienne put écrire en janvier 1979 : « Il ne fut jamais parmi nous qu’un intrus dont les constructions purement intellectuelles heurtaient l’élémentaire conscience de classe. En fait, la tentative des vingt-deux lui paraissait comme une première étape vers la formation d’une nouvelle centrale syndicale animée peut-être par les techniciens et les fonctionnaires autonomes, bâtie sur un programme de révolution dans l’abstrait. Il rejetait « en principe » toute réforme, toute compromission toute collaboration avec l’État bourgeois mais il participait au Conseil supérieur économique, aux côtés des représentants du patronat et des fédérations réformistes. La violence de la propagande stalinienne, le langage radicalisant de la CGTU devaient sans nul doute heurter sa respectabilité bourgeoise. Mais l’URSS lui apparaissait comme la terre d’un socialisme technocratique. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article3997, notice FRANCQ Roger par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Michel Dreyfus

ŒUVRE : Le travail au pouvoir. Préface de Maxime Leroy, Paris, Éditions de la Sirène, 1920, 198 p. — L’économie rationnelle, Paris, Gallimard, 1929, 256 p. (Les Documents bleus). — L’URSS et la crise mondiale. Conférence faite à la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté, Lyon, 28 février 1931, Poitiers, Société française d’impressions, 30 p. (Cahiers bleus). — En collaboration avec André Ripert : Pour reconstruire l’Europe, Paris, Le Progrès civique, 1922, 103 p. — Collaboration aux journaux cités dans la biographie.

SOURCES : La Vague, 14 avril 1921. — USTICA : L’organisation des techniciens, Paris, USTICA, 1921, 46 p. — Le Prolétaire (Nord), 27 mai 1922. — Le Cri des Jeunes, novembre 1923 et mars 1924. — Le Cri du Peuple, 14 janvier 1931. — Roger Hagnauer : « À contre-courant pendant un demi-siècle. Le mouvement dit des vingt-deux », La Révolution Prolétarienne, janvier 1979. — Notes de Claude Pennetier.

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