GUILLOT Marcelin, Antoine

Par Jean Lorcin

Né le 21 mars 1880 à Terrenoire (Loire) ; cheminot à Firminy (Loire) ; syndicaliste révoqué à la suite de la grève de 1920, secrétaire de la section stéphanoise du Parti socialiste SFIO.

Marcelin Guillot, dont le père, Michel, plusieurs fois candidat aux élections municipales avant 1895, fut un militant socialiste « bien connu » à Saint-Étienne (La Tribune républicaine, 25 et 26 juillet 1925), était mécanicien au PLM à Firminy où il épousa Virginie Fournel le 12 octobre 1901. Militant syndicaliste, Marcelin Guillot fut administrateur fédéral et délégué au congrès des cheminots de mai 1918. « Révoqué » à la suite de la grève des chemins de fer de 1920 qu’il avait dirigée à Firminy, il devint agent d’assurances à Saint-Étienne.

Membre du Parti socialiste unifié SFIO, Guillot avait été élu conseiller municipal de Firminy en 1919, avec 1 840 voix, sur la liste du maire sortant, le leader socialiste Ernest Lafont*. Après sa révocation, Guillot, qui passait pour avoir acquis une certaine aisance — on le surnommait « la grosse gonfle » à cause de son embonpoint de date récente —, milita au Parti socialiste SFIO (Le Mémorial de la Loire, 25 juillet 1925). Secrétaire adjoint de la section de Saint-Étienne, reconstituée par Staron* en 1923, Guillot fut délégué au congrès départemental de Roanne, le 28 juin 1925, où il s’opposa à un « soutien » permanent du gouvernement du Cartel des gauches, compte tenu de la politique financière de Caillaux qui semblait « ménager les fortunes acquises » et de l’affaire marocaine. Néanmoins, la Fédération de la Loire ayant opté pour la liberté d’action des sections, Guillot accepta d’être candidat du Cartel des gauches dans le canton Sud-ouest de Saint-Étienne où il avait son domicile, aux termes d’un accord avec le Bloc républicain et socialiste qui réservait à la SFIO le choix du candidat dans ce canton. Et Guillot d’apporter ouvertement son appui au ministre du Travail du gouvernement Painlevé, le député stéphanois Durafour, qu’il félicita de son action à Genève en faveur des huit heures.

La droite, qui lui opposa le candidat d’Union républicaine Sagnardon, voyait mal comment le « bolide » Guillot, cheminot révoqué qui se distinguait surtout par la « grossièreté » de son langage, pouvait valablement défendre les intérêts de la population du canton Sud-ouest contre la Compagnie PLM dont la tranchée coupait en deux le quartier. Les « socialistes » lui opposèrent également un candidat, Fontvieille, un ancien conseiller municipal de Saint-Étienne qui faisait partie, lui, de « la majorité de Monsieur Soulié » dont il représentait un des éléments les plus avancés, ce qui lui avait attiré l’hostilité des radicaux : les partisans de Fontvieille estimaient que son « socialisme » valait bien celui de Guillot et qu’en outre il avait pour lui » de connaître des intérêts du canton Sud-Ouest », à la différence de son adversaire (Mémorial, 25 juillet 1925).

Élu conseiller d’arrondissement, Guillot fut encore candidat aux élections législatives de 1928 dans la première circonscription de Saint-Étienne. La scission intervenue au sein de la Fédération SFIO de la Loire, depuis le retour à « la vieille maison » des socialistes-communistes, derrière Ferdinand Faure*, scission qui plaça la section stéphanoise dirigée par Staron* depuis 1920 et à laquelle appartenait Guillot en situation de dissidence, explique sans doute le faible « score » de ce dernier aux élections législatives de 1928. Il s’y heurta en effet de front à la concurrence de Ferdinand Faure*, dirigeant de la nouvelle section stéphanoise du Parti socialiste, et n’eut au premier tour que 327 voix sur 26 881 inscrits, 20 690 votants et 20 421 suffrages exprimés, devant l’anarchiste Reynard (2), un candidat attardé de l’Union socialiste-communiste, désormais désertée par la majorité de ses troupes, Jourjon (23), le républicain-socialiste Grange (132), mais moins que le socialiste indépendant Chauvine (438) et que le candidat de la Jeune République, Bruyère (811), loin derrière Ferdinand Faure* (2 771), le candidat du PC Le Griel (4 769), le radical-socialiste Vernay (5 086) et le républicain URD Sagnardon (5 068). Guillot, qui retira sa candidature avant le second tour, souffrit peut-être également de la « retentissante notoriété » qu’il avait acquise dans différents domaines depuis 1925 : en 1929, Marcelin Guillot était considéré par ses adversaires comme un « individu taré ». Rejeté par le Parti socialiste qui n’accepta d’envisager la fusion, à Saint-Étienne, entre la section « fauriste » et la section dissidente dirigée par Antoine Staron qu’à la condition expresse que Guillot fût exclu de cette dernière, rejeté par le conseil d’arrondissement dont il aurait « surpris la confiance », Guillot fut « repêché », au second tour des élections municipales de 1929 à Saint-Étienne, par le « réactionnaire » Taurines qui n’hésita pas à faire figurer cet ancien militant syndicaliste sur une liste de la dernière chance où se côtoyaient des transfuges de la gauche et des représentants des « cercles catholiques ». Cette « combinaison » qui évoquait, aux yeux des austères républicains de la Tribune, le précédent du « boulangisme », acheva de le discréditer aux yeux de la classe politique stéphanoise (Tribune, 12 mai 1929).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article4719, notice GUILLOT Marcelin, Antoine par Jean Lorcin, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 21 juin 2010.

Par Jean Lorcin

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 3 M 66, 3 M 70, 4 M 123, 6 M 53. — État civil de Terrenoire. — La Tribune républicaine, 1er juillet 1925 ; 11 juillet 1925 ; 19 juillet 1925 (« Le cas du citoyen Guillot ») ; 25 juillet 1925 (« Logique réactionnaire ») ; 26 juillet 1925 (« Une lettre du citoyen Guillot ») ; 10 mai 1929 (« Toute honte bue ») ; 12 mai 1929 (« Soulié tremble ! ») ; 13 mai 1929 (« Le sens du scrutin ») et 31 juillet 1929 (« M. Taurines contre la « Tribune »). — Le Mémorial de la Loire, 24 juillet 1925 (« Un oiseau de passage ») ; 25 juillet 1925.

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