GAYTE Jean-Louis [GAYTE André, Jean-Louis]

Par Paulette Cavailler

Né le 23 mars 1885 à Noirétable-en-Forez (Loire), mort le 27 septembre 1971 à Saint-Cloud (Yvelines) ; professeur ; syndicaliste CGT et militant socialiste de Seine-et-Marne.

Petit montagnard né à 1 000 mètres d’altitude dans les « Bois Noirs » du Forez, Jean-Louis Gayte était fils du propriétaire d’une petite scierie. Un accident de travail emporta son père à vingt-sept ans ; il laissait deux enfants. Sa femme dut quitter le hameau de Vérines et confier ses enfants à ses parents pour descendre à Saint-Étienne puis à Lyon comme bonne d’enfants. Sa patronne de Lyon la décida à faire venir son aîné et paya la moitié de la pension à la manécanterie de Saint-Jean. C’est là que Jean-Louis Gayte fit ses études secondaires. À peine bachelier, il donna des leçons, fit deci-delà des préceptorats, amassa précieusement quelque argent et, brusquement, partit pour Paris. Il voulait apprendre, suivre les cours de la Sorbonne. Mais il fallait d’abord manger. Il fut porteur à la gare de Lyon, vendit des diabolos place Clichy, fit le garçon de café, le photographe ambulant et dut de nouveau accepter des préceptorats en province. Dans l’un d’eux il rencontra sa femme, se maria le 20 août 1909 dans le Berry à Cuzion (Indre) avec Marie, Antonia Bret puis revint à Paris. Ils eurent un enfant. La chance lui sourit ; il fut le nègre d’un érudit qui publiait une bibliographie de la Révolution française. Cependant, il préparait sa licence (lettres classiques) à la Sorbonne qu’il obtint en 1909. Nommé professeur au collège d’Ajaccio (Corse) en janvier 1913 et chargé d’un cours de littérature au cours secondaire de jeunes filles, il obtint un poste au collège de Romorantin (Loir-et-Cher) en octobre 1913. Non mobilisé, titulaire d’un diplôme d’études supérieures (1915), Jean-Louis Gayte enseigna ensuite à Coulommiers (Seine-et-Marne) à partir de décembre 1919, puis à Issoudun (Indre) à partir d’octobre 1921. Il échoua à l’agrégation des Lettres en 1924. C’est alors qu’il commença à s’intéresser activement à la politique et au syndicalisme. Il s’affilia à l’Amicale des professeurs de collèges et à la CGT dans la section des enseignants dirigée par Ludovic Zoretti. Il milita dans l’Amicale pour qu’elle se transforme en syndicat et adhère à la CGT.

Nommé au collège Jacques Amyot de Melun (Seine-et-Marne) en octobre 1924 où il enseigna jusqu’à sa retraite en 1945, ses qualités pédagogiques étaient notées par les inspecteurs. Il prit aussitôt contact avec les organisations syndicales locales alors peu influentes car elles avaient été bouleversées par la scission de 1921. Il rencontra Alfred Lepart et Ziller*, tous deux ouvriers du Livre à un congrès de la CGT où ils représentaient seuls le département de Seine-et-Marne.

Jean-Louis Gayte adhéra à la SFIO pour intensifier son action syndicale et y milita dès 1926. Le 23 janvier 1930, il écrivit à Jean Zyromski, animateur de la tendance « La Bataille socialiste », pour lui annoncer les « bons résultats » du congrès fédéral de Seine-et-Marne : 318 voix contre la participation des socialistes au gouvernement, 287 pour ; « d’autre part tous les postes de direction de la fédération de Seine-et-Marne qui étaient aux mains des participationnistes inspirés par Henry Hauck de La Vie socialiste sont maintenant occupés par des antiparticipationnistes. Edouard Racine n’est plus secrétaire fédéral » (Arch. J. Zyromski, B I 2 f. 40).

En même temps il commença à jouer un rôle dans l’Union départementale des syndicats ouvriers confédérés de Seine-et-Marne (UDSOC) : il fut élu à la commission administrative et délégué à la propagande mais il refusa deux fois les fonctions de secrétaire général. Il était, en effet, très occupé par la constitution de la Fédération de l’Enseignement des 2e et 3e degrés, par sa propagande pour les Assurances sociales et par l’organisation de la Bourse du Travail de Melun.

Nommé secrétaire à la propagande de l’UD (SOC), il réussit à recruter de nombreux adhérents grâce aux conditions sociales et grâce aussi aux positions gauchistes de la CGTU qui affirmait le droit pour le Parti communiste de diriger les syndicats ouvriers.

En 1930, il devint secrétaire général de l’UD (SOC) ; l’année suivante il reconstitua l’Union locale confédérée des syndicats de Melun dont il fut élu secrétaire adjoint. Il fut également un des animateurs du journal Le Travail de l’UL (Union locale) de Melun jusqu’en 1935 date de la fusion des deux Centrales syndicales.

Chargé de préparer la fusion des deux UD de Seine-et-Marne, ce qui se réalisa facilement, il resta secrétaire adjoint de la nouvelle Union locale et secrétaire général de la nouvelle UD.

Jean-Louis Gayte organisa les grèves de 1936 et discuta aux côtés des camarades ouvriers les contrats collectifs qu’il prépara dans son petit bureau de la Bourse du Travail de Melun sans pour cela manquer une seule heure de cours.

Les usines furent occupées pacifiquement jusqu’à la signature des contrats. La victoire fut totale, toutes les revendications acceptées, les salaires presque doublés. Plus de cinquante contrats furent réalisés dont quelques-uns à Paris où il fut le délégué des ouvriers. Cette réussite eut pour conséquence une adhésion massive aux syndicats des ouvriers non syndiqués jusqu’alors : les effectifs décuplèrent. Seule l’organisation des ouvriers agricoles s’avéra difficile car leurs patrons réagirent vigoureusement.

Jean-Louis Gayte continua son action à l’UD jusqu’en 1938. À cette date, les communistes avaient réussi à dominer les organisations syndicales et étaient devenus majoritaires au congrès de Coulomniers le 19 juin 1938 : la commission administrative, élargie, comprenait 21 membres presque tous communistes. La nouvelle majorité lui demanda cependant de garder le secrétariat.

Léon Jouhaux, consulté, lui conseilla de ne pas refuser le poste : il était trop tard et le 3 juillet, ce fut le candidat communiste, Louis Clavel, qui fut élu secrétaire. Mais le 21 octobre 1938, Gayte fut réélu secrétaire adjoint de l’UL de Melun.

En 1940, ceux qui acceptaient le Pacte germano-soviétique furent exclus de la CGT. L’UD, dirigée par Clavel, entra en sommeil. Gayte et ses camarades de la minorité ne purent s’accommoder de cette situation et organisèrent le « Centre de liaison et d’indépendance syndicales ». Lorsque Clavel, emprisonné, fit une déclaration dans laquelle il répudiait le Pacte germano-soviétique et renonçait à toute activité syndicale, le centre de liaison et d’indépendance syndicales fut dissous et l’Union départementale reformée dans le cadre des décisions de la CGT.

C’est le 24 décembre 1940 que fut reconstituée à Paris, au siège de la CGT, rue Lafayette, l’Union départementale des syndicats ouvriers confédérés de Seine-et-Marne (UD-SOC). L’assemblée était présidée par Georges Buisson, secrétaire confédéral. Étaient présents une cinquantaine de délégués représentant 52 syndicats. Furent élus à la commission administrative : Jean Diélaine (Cheminots), Louis Vereecken (Éclairage), Joseph Taché (Enseignement), Cavot (Bâtiment), Christ (Métaux), André (Métaux), Clerc (Bâtiment), Cornuchet (Livre), Garnier (Pharmacie), Mercier (Fonctionnaires), Brévinion (Bijoux), Batellier (Livre), Gayte (Enseignement).

Les syndicats des cheminots de Vaires, des cantonniers et du Trésor devaient désigner plus tard chacun un membre. La commission administrative choisit son bureau : secrétaire général : Gayte  ; secrétaires adjoints : Taché et André ; trésorier général : Diélaine ; trésorier adjoint : Louis Vereecken.

Pendant l’Occupation, l’UD entretint comme elle put la vie syndicale mais fut mise en accusation à la Libération. C’est après la constitution de la CGT-FO, lors du congrès tenu le 7 mai 1950, qu’il fut reconnu que Gayte et André n’avaient « jamais démérité de la cause syndicale ».

En 1964, Gayte, professeur honoraire, faisait partie de la CA de l’UD des syndicats ouvriers de Seine-et-Marne.
Franc-maçon, il fut le parrain de Fred Zeller.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49419, notice GAYTE Jean-Louis [GAYTE André, Jean-Louis] par Paulette Cavailler, version mise en ligne le 13 mars 2009, dernière modification le 2 mai 2021.

Par Paulette Cavailler

SOURCES : Arch. Nat., F17/25130. — Le Travail de Seine-et-Marne. — Le Peuple de la Brie, 1940. — Interview d’André Gayte. — État civil de Noirétable-en-Forez.— Notes de Jacques Girault.

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