LAGRANGE Henri

Par Jean-Pierre Besse, Michel Thébault mise à jour par Marie-Cécile Bouju

Né le 26 décembre 1917 à Linards (Haute-Vienne), mort le 9 février 1943 en prison des suites des mauvais traitements à Saint-Étienne (Loire) ; dessinateur graveur ; militant communiste de Haute-Vienne ; résistant.

Billet rédigé par Robert Marchadier, membre du tri de direction de la fraction communiste au sein de la prison de Saint-Etienne, à l’attention des contacts extérieurs et signalant la mort de trois détenus en raison de la dégradation de leurs conditions.

Le père d’Henri Lagrange, Léonard était à sa naissance ajusteur aux chemins de fer d’Orléans (il était en 1944 en fonction au dépôt SNCF de Limoges), sa mère Marie Louise Lagrange, née Branland, était couturière. La famille s’installa à Limoges en 1921. Henri Lagrange fut d’abord élève à l’école de La Monnaie puis fut admis en 1931 à l’École nationale professionnelle de Limoges (ENP) dont il suivit les cours jusqu’en 1934. Il en sortit diplômé d’un brevet. Très doué pour le dessin et la gravure, il travailla d’abord dans une entreprise de transport avant de devenir graveur. Avant guerre, il continuait sa formation en suivant des cours à l’École des beaux arts de Limoges.
Il adhéra aux Jeunesses Communistes (JC) en 1937. Réformé en 1938 en raison de sa santé fragile (il était hémophile), il devint en juin 1940 le secrétaire régional des Jeunesses communistes. Après la défaite, dès août 1940, Alphonse Denis, membre du parti communiste réunit autour de lui les premiers volontaires dont Georges Guingouin, prêts à s’engager contre le régime de Vichy. Henri Lagrange devenu membre de la section Limoges-ville du PC clandestin, organisa dès le mois de septembre un groupe de jeunes dans le quartier de la gare. Entré en contact avec Georges Guingouin, il devint responsable de l’imprimerie clandestine du parti. Un duplicateur fabriqué par son père, servait clandestinement à imprimer des tracts, des « papillons » appelant à manifester, des faux cachets… Ayant pris contact par le biais du Secours Rouge, auquel il participait, avec les internés du camp de Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne), il imprima sur des feuilles de papier à cigarettes des bons de solidarité à 1 F. pour l’aide aux familles des militants internés. Mais l’imprudence à Saint-Junien d’un colleur de tracts mit la police de Vichy sur les traces d’Henri Lagrange et de ses camarades. Il s’en suivit une série d’arrestations. Arrêté le 9 janvier 1941 par la gendarmerie, Henri Lagrange demeura à la prison de Limoges jusqu’en mars 1941 puis fut remis à la justice militaire et transféré au camp de Sauveboeuf en Dordogne. En raison de sa santé précaire, il fut soigné à Périgueux puis à Bergerac.
Ses parents qui avaient été arrêtés le 30 juin 1941 furent relaxés par le tribunal militaire de Périgueux le 23 septembre 1941. Lui fut traduit devant la section spéciale du tribunal militaire de Périgueux, le 2 septembre 1941, avec Roger Artigaud, Hubert Mouveroux, André Leboucher (qui fut ultérieurement déporté), Roger Lavaux et Emile Mignot (qui fut également déporté et ne revint pas). Considéré comme le principal responsable et reconnu comme le plus âgé, il reçut, malgré la défense courageuse de son avocat Gaston Charlet, la peine maximum : une condamnation à 20 ans de travaux forcés et 20 ans d’interdiction de séjour pour « menées antinationales, propagande antifrançaise et incitation à la Résistance ». Le jugement précisait : "Lagrange commentait les émissions de Radio Moscou et distribuait à ses camarades, en vue de les diffuser, des papillons subversifs nettement outrageants pour l’armée et le maréchal Pétain". A l’énoncé du verdict il entonna suivi de ses camarades La Marseillaise.
Incarcéré à la prison de Pau le 8 septembre 1941, il fut transféré à celle de Saint-Étienne le 1er octobre 1941.Soumis à un régime carcéral renforcé, réservé aux « terroristes » les plus dangereux, son état de santé se dégrada constamment. Conduit trop tard à l’hôpital de Saint-Étienne, il y mourut à l’hôpital de cette ville le 9 février 1943. La famille rapatria clandestinement le corps à Limoges et l’inhuma à Linards le 13 février 1943. Son enterrement suivi par une foule nombreuse donna lieu dans l’assemblée à des manifestations patriotiques. Le 14 juillet 1943, le Responsable du Parti communiste pour la Région fut adressée à ses parents pour rendre hommage à leur fils et dire quel courage il avait montré en prison où malgré sa faiblesse physique, il refusa de renier son idéal, ce qui lui aurait sans doute permis de sortir et d’éviter la mort. On leur apprend aussi que les geôliers ont refusé que ses camarades viennent lui rendre un dernier hommage après sa mort.
En août 1943, un groupe de résistants FTPF de la Haute-Vienne, prit le nom d’« Henri Lagrange ». Le 14 juillet 1945, Georges Guingouin, élu maire de Limoges, fit apposer une plaque à l’entrée de la rue où il avait habité. Une rue de Limoges porte également son nom.
Il obtint la mention Mort pour la France en 1947 et son nom figure sur le monument commémoratif du Jardin d’Orsay à Limoges. Il fut décoré de la Croix de guerre à titre posthume en 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49592, notice LAGRANGE Henri par Jean-Pierre Besse, Michel Thébault mise à jour par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 22 mars 2009, dernière modification le 16 août 2019.

Par Jean-Pierre Besse, Michel Thébault mise à jour par Marie-Cécile Bouju

Billet rédigé par Robert Marchadier, membre du tri de direction de la fraction communiste au sein de la prison de Saint-Etienne, à l’attention des contacts extérieurs et signalant la mort de trois détenus en raison de la dégradation de leurs conditions.

SOURCES : IP 1308 07954 (titre IR refusé). - SHD GR 16 P 330798.— Archives de la justice militaire au Blanc. — Arch. Dép. Haute-Vienne 11 J 1 — ADIRP 87 — Dossier CVR 87 (demande rejetée) — SHD GR 16P 330798 — SHD Caen AC 21P 62696 — Notes sur la situation à la prison de Saint-Etienne. Archives Robert Marchadier .— Lettre du responsable régional du PCF aux parents d’Henri Lagrange, 14 février 1943. photocopie conservée dans les archives Robert Marchadier, conservées par Eric Panthou .— Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, Hachette, 1974 (pages 28 - 31). — Paul Chauvet. La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Seconde Guerre mondiale. Paris : à compte d’auteur, 1979, p. 297-298. - Bulletin des Amis du musée de la Résistance du département de la Haute-Vienne, n°22, 2ème trimestre 1993 —François Adeline Haute-Vienne La guerre secrète 1940-1944 Hors-série édité par Le Populaire du Centre décembre 2006 — Mémorial genweb — État civil.

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