HOFFMANN Robert

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 16 septembre 1924 à Bischheim (Bas-Rhin) ; ancien interné de Tambov ; cheminot dès 1945 ; membre du comité fédéral (1950-1953), puis du secrétariat fédéral en 1953, puis du bureau fédéral du PCF du Bas-Rhin.

Robert Hoffmann naquit dans une famille rouge. Son père, né le 13 octobre 1900 à Bischheim (Basse-Alsace), mort le 1er novembre 1958 à Bischheim (Bas-Rhin), était entré très jeune comme apprenti aux ateliers du chemin de fer allemand de Bischheim. Il avait fait la guerre dans la marine allemande et y avait rencontré des révolutionnaires. Sa mère, Madeleine Kaiser, née le 17 avril 1899 à Bischheim, morte le 12 février 1995 à Strasbourg, était ouvrière chez Ungemach, une usine de conserves alimentaires de Schiltigheim. Elle soutenait les opinions politiques de son mari. La famille avait deux enfants, une fille et un garçon.

Robert Hoffmann fit ses études primaires à l’école de son quartier. Ses parents n’étaient pas pratiquants, ce qui, dans le contexte concordataire de l’Alsace, mit les enfants au ban de l’école. Le père les retira de l’enseignement religieux (obligatoire) après que, grièvement blessé par la foudre qui était tombée dans la cour de l’école, Robert fut déclaré publiquement païen puni par Dieu.

Le père emmenait ses enfants aux fêtes, manifestations et discussions politiques. La Rothe Hilfe (Secours rouge) était très active. Les chômeurs faisaient des quêtes dans un grand drapeau rouge. Des films soviétiques passaient dans la salle de cinéma UT. Les sociétés de gymnastique étaient nombreuses et politisées. Les chorales aussi. Le maire de Bischheim, Émile Haag, était communiste, ainsi que le député Alfred Daul.

Robert Hoffmann fit un apprentissage d’ajusteur. En 1939, la famille fut évacuée en Dordogne, mais le père, syndicaliste, fut interné par les Français au Château-Sablou. La famille rentra à Bischheim en juillet 1940. Le père fut alors interné par les Allemands au camp de Schirmeck. La CGT et le parti essayèrent de reconstituer un embryon d’organisation à partir des ateliers de Bischheim. Georges Wodli faisait la liaison entre Paris et l’est de la France. Un va-et-vient de stencils, textes et papier était organisé entre Dettwiller, où résidaient les Ott, et la ronéo, cachée dans la cabane du jardin des Hoffmann. La sœur de Robert Hoffmann, qui avait été secrétaire de Georges Wodli, tapait les textes. Le transport des feuilles imprimées prit parfois des formes rocambolesques : par exemple une couronne mortuaire portée dans le tram par une famille en grand deuil. Mais dès que les Allemands mirent la main sur les premiers tracts, en Lorraine, la répression sévit immédiatement dans tous les centres ouvriers. En mai 1942, l’arrestation suivie du suicide de Louis Kieffer coupa net les filières.

En 1943, Robert Hoffmann fut enrôlé au service de travail obligatoire pour le Reich (le RAD), qui dura trois mois à Erlangen (Bavière). Il fut ensuite incorporé dans la Wehrmacht le 12 avril 1943. Envoyé sur le front russe, il déserta le 7 janvier 1944, une semaine après son arrivée. Son père fut alors à nouveau interné pendant six mois au camp de Schirmeck, en rétorsion de la désertion de son fils. Il ne fut libéré que parce que les Allemands, ayant perdu la trace de son unité, le crurent mort.

Robert Hoffmann fut envoyé par les Soviétiques au camp de Tambov en mai 1944. Allemands et Alsaciens, déserteurs ou prisonniers, y étaient regroupés. Les conditions de détention étaient très dures, la nourriture était rare, les Allemands ayant pratiqué alentour la politique de la terre brûlée. Les communistes alsaciens qui s’y étaient retrouvés écrivirent une lettre à Staline pour obtenir d’être versés dans l’unité Normandie-Niemen. Il semble que ce soit par la voix de Georges Bidault que la France n’ait pas été favorable à cette initiative, qui n’eut donc pas de prolongement.

Le 7 juillet 1944, Robert Hoffmann fit partie des 1 500 Alsaciens libérés du camp, sous la conduite du général Petit. Ils furent dirigés d’abord sur Téhéran, puis sur Tel-Aviv, puis sur l’Italie. Ils finirent par débarquer à Alger le 7 septembre 1944. Leur état de délabrement physique fit que la plupart ne furent plus versés dans une unité combattante. Selon l’avis personnel de Robert Hoffmann l’attitude de certains Alsaciens à Alger, qui s’en prirent une nuit à l’ambassade soviétique et tentèrent de la sacager, poussa les Soviétiques à refuser toute nouvelle libération de prisonniers alsaciens de Tambov. Robert Hoffmann rentra en France par le sud de l’Italie, comme mécanicien dans le 11e génie. Il fut démobilisé en août 1945.

Robert Hoffmann entra alors à la SNCF, adhéra à la CGT et au Parti communiste. Il fut élu responsable des jeunes au secrétariat de l’Union des syndicats de cheminots CGT d’Alsace et de Lorraine en 1949, puis responsable du dépôt d’Hausbergen. Le parti était à reconstituer, il fallait former des cadres. La première école à laquelle participa Robert Hoffmann eut lieu à Saverne, en 1946, avec la participation de Maurice Thorez.

En octobre-novembre 1950, il prit un congé sans solde et participa à la délégation française conduite par le général Petit, qui se rendit à Tambov et Moscou pour faire le point sur les Alsaciens disparus du camp. Il apprit que 58 d’entre eux étaient mariés ou remariés et ne voulaient ni rentrer ni donner leur nom.

En 1950 il fut élu au comité fédéral. En 1953 il fut pendant quelques mois membre du secrétariat fédéral. C’était l’époque du procès de Bordeaux, qui devait statuer sur la responsabilité des Alsaciens ayant participé au massacre d’Oradour-sur-Glane. Les Anciens de Tambov et l’association des Malgré-nous, relayés par la droite, alimentèrent une formidable propagande anticommuniste. Robert Hoffmann témoigna dans le journal du parti l’Humanité d’Alsace et de Lorraine. Il se retira du secrétariat fédéral à la suite de l’affaire Albert Erb, troublé par les aveux de ce dernier.

Sa fonction de responsable à la sécurité à la SNCF lui permit ensuite de faire passer clandestinement vers l’Allemagne de l’est des membres du FLN blessés. De la même façon, les contacts avec le Kommunistische Partei Deutschlands (KPD) interdit purent être maintenus grâce aux déplacements des cheminots. Robert Hoffmann allait poster des tracts en Allemagne, entre deux convois. Il fut plusieurs fois candidat dans la région de Saverne, sans illusion sur ses chances de succès. Sa verve et son franc-parler étaient redoutés lors des débats contradictoires.

Il participa pendant de nombreuses années à l’installation du stand de l’Alsace à la Fête de l’Humanité de Paris. Il prenait, comme les autres camarades, sur ses jours de vacances pour monter et démonter les tréteaux, servait les repas, très fier de la bonne renommée de la choucroute et de l’orchestre. Il fit plusieurs voyages en URSS, en RDA, en Tchécoslovaquie, et participa au train de l’Amitié à Moscou, en 1983. Il fut un des membres fondateurs de l’association France-Biélorussie après l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

À sa retraite, il se retira à Saverne et continua ses activités de vétéran. La disparition du communisme lui apparut comme un grand coup porté à l’idéal qu’il défendait.

Marié le 24 décembre 1946 à Marguerite Schnepff, père de quatre enfants (deux filles, deux garçons), Robert Hoffmann se remaria le 27 avril 1963 à Jeanne Meyer, née le 18 août 1921 à Hochstatt (Haut-Rhin).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article4960, notice HOFFMANN Robert par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 6 septembre 2010.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Le Cheminot, 1er juin 1949. — L’Humanité d’Alsace et de Lorraine, 8 février 1953. — L’été 36 en Alsace, Claude Keiflin, interview. — Contribution du mouvement ouvrier dans l’Alsace annexée ; supplément du Bulletin du Centre régional Alsace de l’Institut CGT d’histoire sociale ; entretien avec B. Revollon. — Léon Tinelli, L’Alsace résistante, Strasbourg, 2002, p. 145. — Entretiens avec Robert Hoffmann, 9 février 1998, 11 février 1999, 4 avril 2001.

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