FAUCON Louis [FAUCON Eugène, Louis]

Par Bruno Poucet

Né le 7 décembre 1913 à Lyon, VIe arr. (Rhône), mort le 11 janvier 2003 à Chambon-sur-Voueize (Creuse) ; professeur agrégé de lettres classiques, puis inspecteur général de l’Instruction publique ; résistant ; membre du Parti socialiste SFIO, chef de cabinet de ministres socialistes à la Libération ; membre du Conseil d’État en service extraordinaire.

D’origine modeste, Louis Faucon naquit dans une famille de la région lyonnaise. Son père, Paul Faucon, né en 1883 à Lyon, y tenait un garage de mécanique automobile où il inventa un matériel de freinage. Il épousa une employée de maison, fille d’immigrée italienne, Lucie Bianciotto, née en 1884 à Frossasco, dans le Piémont italien, elle-même illettrée, dont les deux frères étaient agriculteurs dans la région. Son épouse allait rester au foyer où elle éleva ses sept enfants, n’apprenant à lire que sur le tard. Paul Faucon décida ensuite de faire des études de droit pour devenir conseiller juridique. Sympathisant communiste, il avait assisté au congrès de Tours et était président de la section lyonnaise de la Ligue des droits de l’Homme. On trouvait au domicile familial des brochures de littérature syndicale. Par ailleurs, l’effervescence du Front populaire, la mobilisation contre le fascisme, l’ouverture aux idées de gauche dans certains milieux intellectuels, s’ajoutant à la tradition familiale, peuvent expliquer comment Louis Faucon adhéra au Parti socialiste a une date qu’il est difficile d’établir.

Louis Faucon se situait au milieu de la fratrie. Grâce à une bourse de la ville de Lyon, mise en place par le maire Édouard Herriot, il put faire de très bonnes études au prestigieux lycée du Parc à Lyon. Après son baccalauréat ès lettres (latin-grec) obtenu en 1931, il fit ensuite ses études supérieures à la faculté des lettres de la ville de Lyon tout en étant surveillant d’internat au lycée de son adolescence afin de payer ses études universitaires. Entre 1932 et 1936, il obtint ses différents certificats de licence et le diplôme d’études supérieures de lettres classiques. Louis Faucon y fit ainsi la connaissance du professeur de philosophie Vladimir Jankélévitch qui restera pour lui un maître à penser. Il entretint un certain temps une correspondance avec lui et le soutint lors de sa révocation en 1940, en lui trouvant des activités d’enseignement dans un établissement privé et en publiant clandestinement Nocturne.

S’il n’appartint pas, semble-t-il, à une loge maçonnique, il était anticlérical par conviction laïque profondément ancrée en lui et n’avait pas fait baptiser ses enfants. Il avait des convictions et ne transigeait pas sur le respect de ses principes. Mais cela ne l’empêchait pas, pour autant, de respecter profondément les convictions religieuses des croyants, comme allait le montrer son attitude dans le dossier des négociations avec le Saint-Siège.

Louis Faucon commença à exercer son métier de professeur comme délégué dans les fonctions de professeur de lettres et de grammaire dans les classes de collèges en 1936 au lycée du Parc. Il obtint en 1939, après la troisième tentative, l’agrégation de lettres. Il fut nommé en 1940, à titre provisoire, dans ce même lycée en classe de Lettres supérieures, puis, en 1945-1946, en première supérieure au lycée de jeunes filles (futur lycée Édouard-Herriot), avant d’obtenir une mutation au lycée Michelet à Vanves en 1946-1948. De 1948-à 1958, il était « officiellement » en poste au lycée Louis-le-Grand à Paris en classe préparatoire à l’École nationale de la France d’Outre-Mer, il était également chargé de cours à la Sorbonne : en réalité, il exerça une partie de ces années des fonctions politiques importantes auprès des ministres des gouvernements successifs. Il est à noter que dès ses premières années d’enseignement, Louis Faucon apparut comme un professeur remarquable, véritablement fait pour l’enseignement, « brillant et solide ».

Sursitaire en 1937, pendant la drôle de guerre, Louis Faucon fit la campagne de France jusqu’à sa démobilisation en août 1940. Versé dans la réserve, puisqu’il était lieutenant d’artillerie, il reprit alors ses activités d’enseignant, organisa un groupe de propagande qui rédigeait et diffusait tracts et journaux contre la politique de Vichy et cachait des armes. Louis Faucon participa aux activités de la Résistance intérieure du début 1942 jusqu’en 1944 (MUR). Sa conduite lui valut plusieurs décorations. Il apporta sa collaboration à André Philip*, se rapprocha du mouvement Franc-tireur par l’intermédiaire d’un journaliste du Progrès de Lyon, Yves Farge. Cette entrée en résistance et son appartenance vraisemblable dès avant-guerre au Parti socialiste SFIO furent décisives pour l’orientation à venir de son existence. Elles le firent entrer dans l’univers politique et contribuèrent à le faire accéder à de hautes fonctions administratives, d’abord outre-mer, puis au cabinet de différents ministres, au moment où il fallut remplacer une partie du personnel de la IIIe République désormais discrédité.

Louis Faucon fut nommé directeur de la station Radio-Rhône-Alpes à la Libération et exerça cette fonction de septembre 1944 à septembre 1946. Il fit ainsi la connaissance d’Albert Camus et publia quelques articles dans Combat. En juin 1947, il fut chargé de mission en Inde par le chef de gouvernement (Ramadier) auprès du Pandit Nehru. Ce fut l’occasion de nombreuses rencontres. Il s’agissait à la fois d’une mission culturelle et d’une mission politique.

Collaborateur d’Édouard Depreux, chef adjoint à son cabinet, à l’Éducation nationale de février à juillet 1948, Louis Faucon occupa les mêmes fonctions auprès de Léon Blum, vice-président du Conseil en juillet 1948. Il fut l’un des promoteurs de la Sécurité sociale pour les étudiants en 1948. Il fut directeur de cabinet de Pierre-Olivier Lapie*, ministre de l’Éducation nationale. Chef du cabinet de Guy Mollet, ministre d’État chargé du Conseil de l’Europe le 12 juillet 1950, il fut par ailleurs représentant de la SFIO au groupe d’études sur l’unité européenne en mai 1951. Il fut le rapporteur du projet de réforme de l’enseignement de la SFIO à la Commission nationale d’études qui déboucha sur une proposition de loi déposée à l’Assemblée en 1955.

Homme de l’ombre, homme qui préparait les dossiers, homme des missions secrètes, pleinement homme d’action, Louis Faucon n’était guère fait pour exercer des fonctions électives. Aussi n’est-il guère étonnant que sa seule candidature se soldât par un échec. Ce fut à l’occasion des municipales du 19 février 1956 au Plessis-Robinson (Seine, Hauts-de-Seine), lieu de sa résidence parisienne. Membre par ailleurs du comité consultatif de la MNEF de 1948 à 1958, il fut désigné par l’UNEF comme personnalité pour siéger au conseil d’administration du CNOUS en 1956 ; il en fut écarté par le ministre de l’Éducation nationale en 1961.

Directeur adjoint du cabinet Guy Mollet du 1er février 1956 au 1er avril 1957, Louis Faucon resta chargé de mission à ce même cabinet jusqu’à la chute de ce dernier : c’est dans ce cadre qu’il fut chargé d’une mission secrète mais décisive concernant la question scolaire. Guy Mollet espérait imposer un choix novateur à sa propre majorité.

À deux reprises, Louis Faucon eut à traiter la question des rapports de l’enseignement privé et de l’enseignement public, même si la seconde fois, la question était beaucoup plus vaste. Il fut d’abord membre de la commission Boncour en 1950-1951, où il intervint au titre des laïques, remplaçant le représentant de la Ligue de l’enseignement qui n’avait pas voulu siéger. La commission avait pour tâche de « dégager des solutions qui apparaissent à tous une synthèse satisfaisante ». Ensuite, la représentation nationale aurait à connaître ces propositions afin de les transformer en lois, si nécessaire : il s’agissait en effet de préparer une loi organique de l’enseignement qui concernerait aussi bien l’enseignement public que l’enseignement privé, même si, dans les faits, ses travaux portèrent essentiellement sur la question du privé. Certes, après de longues discussions et l’écoute de nombreux rapports – dont un de Louis Faucon –, un tableau d’ensemble des solutions possibles avait été proposé par Henri-Irénée Marrou*. Il concluait que l’État ne pouvait se passer, pour des raisons matérielles, de l’enseignement privé et que ce dernier n’avait plus guère les moyens financiers d’assurer sa survie. Il fallait donc un compromis. Celui-ci se présentait sous forme d’un projet de loi comportant quatre grands types de solutions possibles : liberté totale ou liberté d’entreprise en matière éducative ; intégration totale dans le giron de l’école publique ; intégration seule des personnels, l’investissement restant à la charge du propriétaire privé ; intégration de certaines classes, le tout dans le cadre d’une carte scolaire d’ensemble afin d’éviter toute concurrence, mais avec subvention de la puissance publique. On en resta là : les élections législatives perturbèrent la fin des travaux et la nouvelle majorité, à dominante MRP poussa les feux et fit voter les lois Marie-Barangé au mois de septembre 1951. La riposte du Parti socialiste fut immédiate : le comité directeur invita tous les membres socialistes de la commission, dont Louis Faucon, à démissionner. La commission ne fut jamais officiellement dissoute, mais ses travaux, de fait, prirent fin. Aucun rapport ne fut jamais rendu, aucun projet de loi ne put résulter de ses travaux. Ce fut un tel échec que Guy Mollet, quelques années plus tard, chargea Louis Faucon d’une nouvelle mission, beaucoup plus large et entièrement secrète, cette fois.

Dès sa nomination à la présidence du Conseil, Guy Mollet chargea Louis Faucon fut de suivre en son nom les négociations entre le gouvernement français et le Saint-Siège et de les faire entrer désormais dans une phase officielle et active. Ces négociations étaient anciennes. Elles avaient commencé, en effet, à l’initiative conjointe des partis SFIO et MRP, à l’orée des années 1950. Toutefois, elles n’avaient pas encore dépassé le niveau de pourparlers très discrets et officieux entre quelques responsables de partis de bonne volonté (Maurice Deixonne, Guy Mollet, Robert Lecourt*, Alfred Michelin*) et des représentants de l’épiscopat à Rome (Mgr Tardini) ou en France (Mgr Villot ou Mgr Liénart, l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Wladimir d’Ormesson). En tant que représentant personnel de Guy Mollet, Louis Faucon négocia tant auprès des représentants du MRP et de l’épiscopat en France que du Saint-Siège à Rome. Il fut parfois aidé dans sa tâche de rédaction de textes juridiques par le président du groupe socialiste Maurice Deixonne et par François Méjan*, à titre de conseiller technique. Il présenta ainsi un accord bilatéral et trois textes législatifs (régime des cultes, des congrégations, convention scolaire). La négociation se déroula en trois phases : une phase initiale à Paris – propositions du gouvernement français (septembre 1956), une deuxième phase de contre-propositions du Saint-Siège (novembre 1956) sous forme d’un cahier imprimé dit « Cahier gris », une troisième phase d’amendements entre Paris et le Saint-Siège jusqu’à la chute du gouvernement. Une quatrième phase se poursuivit après le départ de Louis Faucon. Cette mission constitua un moment important et intense de l’existence politico-administrative de ce dernier.

Contrairement à d’autres acteurs de la négociation, Louis Faucon devait garder jusqu’à sa mort le secret absolu. Il se sentait lié par la promesse faite à Guy Mollet de n’en parler à quiconque et refusa en définitive d’accéder au désir de François Méjan* qui souhaitait publier un ouvrage documentaire, sur le modèle de celui qu’avait publié Robert Lecourt*, Entre l’Église et l’État. Concorde sans concordat, 1952-1957 (Paris, Hachette, 1978). Il était, comme il l’écrivait encore en 1999, engagé par une « totale discrétion à l’égard des non initiés. J’ai observé avec rigueur ce principe de conduite pendant et après mes séjours à Rome. Je ne m’en suis pas départi depuis la disparition de celui qui m’avait mandaté. Je n’envisage donc pas de m’en affranchir, même en faveur d’historiens ou de politologues, tant que je vivrai » (lettre du 9 novembre 1999 à B. Poucet). Louis Faucon resta toujours persuadé qu’il avait été près de réussir et d’avoir été très proche d’une occasion historique (lettre à R. Haby du 22 juin 1978).

Louis Faucon fut nommé, le 1er avril 1957, directeur de l’Enseignement et de la Jeunesse de la France d’Outre-mer pour l’application de la loi cadre au ministère de la France d’Outre-mer par le cabinet Defferre jusqu’en 1959, date de la suppression de ce ministère. À partir de cette date, il cessa de faire partie des cabinets ministériels pour se consacrer à ses seules fonctions d’inspecteur général de l’Instruction publique, fonction dans laquelle il avait été définitivement nommé le 8 janvier 1958.

Louis Faucon ne se reconnut pas dans le nouveau Parti socialiste et n’y adhéra pas en 1969. Il tint un discours très critique par rapport à ses options, en particulier sa position sur la laïcité. Il rejoignit ainsi les sentiments de Maurice Deixonne qui devait également quitter le PS dans les années 1980.

En 1971, Louis Faucon fut nommé doyen de l’Inspection générale de l’Instruction publique, du groupe des lettres. A ce dernier titre, il participa à de nombreuses commissions de réforme de l’enseignement et en particulier à la mise en place de la réforme de l’enseignement du français dans le second degré. Il dirigea les travaux de l’Inspection générale des lettres qui aboutirent à trois publications dont il assura la direction : « Nomenclature grammaticale pour l’enseignement du français dans le second degré « (CNDP, 1975), « Enseignement de l’orthographe dans les collèges et les lycées » (CNDP, 1977), « Objectifs, programmes, instructions pour l’enseignement du français et l’enseignement des langues anciennes dans les collèges » (CNDP, 1979). Il eut à traiter la question délicate du refus d’inspection que défendaient un certain nombre de professeurs.

Louis Faucon prit sa retraite de l’Inspection générale de l’Éducation nationale le 8 juin 1980, alors même qu’il avait été nommé conseiller d’État en service extraordinaire de 1979 à 1983, affecté à la section des finances. Doyen honoraire de l’Inspection générale des Lettres, président de 1968 à 1980, puis président d’honneur de l’Association amicale des Inspecteurs généraux de l’Instruction publique jusqu’à son décès, il y consacra une bonne part de ses activités. Il était par ailleurs membre de nombreuses sociétés savantes.

Louis Faucon était titulaire de nombreuses décorations : commandeur de la Légion d’honneur (1977), Croix de guerre au titre de la Résistance (1957), commandeur des Palmes académiques (1958), Croix du combattant (1955), commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres (1957) – il avait été membre son conseil de l‘ordre de 1957 à 1960.

Louis Faucon s’était marié une première fois en 1937 à Lyon avec Marie-Alice Chauvin et eut deux enfants. Divorcé en 1949, il se remaria à Vincennes le 26 juillet de la même année avec Monique Polack, elle-même divorcée et mère d’une enfant. Trois enfants naquirent de cette union. Louis Faucon éleva donc au total six enfants. Sa seconde femme était la fille du proviseur du lycée du Parc de Lyon où il enseignait. Ce dernier, parce que d’origine juive, s’était vu interdire d’exercer ses fonctions pendant la durée de la Seconde Guerre mondiale

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49634, notice FAUCON Louis [FAUCON Eugène, Louis] par Bruno Poucet, version mise en ligne le 28 mars 2009, dernière modification le 23 octobre 2015.

Par Bruno Poucet

ŒUVRE : Albert Camus, Gallimard, col. « La Pléiade », 1re éd. — Albert Camus, Œuvres choisies, Hachette. — Albert Camus, La Peste, Larousse. — Léon Blum, Œuvres littéraires, Albin Michel, 2 vol.

SOURCES : Arch. privées et témoignage oral de Lise Faucon. — Arch. Nat., CAC, 19840400/251, dossier de carrière de Louis Faucon ; 20070034 : inspection générale de lettres ; OURS, AGM 133. — Arch. Nat., CHAN, 424 AP 43. — Journal officiel, 17-18 février 1956. — Profession de foi aux municipales de 1956. Arch. IHR Lille, lettre d’A. Michelin du 20 octobre 1953. — Arch privées. B. Poucet, lettre de Louis Faucon à B. Poucet du 9 novembre 1999. — Bulletin Intérieur, n° 60. — Roland Drago et alii, Dictionnaire biographique des membres du conseil d’État, Fayard, 2004. — Bruno Poucet, L’École, l’Église et l’État en France, les dessous de l’Histoire (à paraître). — Notes de travail de Gilles Morin. — État civil de Chambon sur Voueize.

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