FOURNIER Émile, Ghislain, Julien, Joseph

Par Christian Lescureux

Né le 28 novembre 1922 à Marœuil (Pas-de-Calais) ; ouvrier métallurgiste ; militant communiste, puis en rupture, et syndicaliste CGT du Pas-de-Calais ; responsable départemental des FTP, déporté ; poète.

Émile Fournier était fils d’Émile Fournier, né à Marœuil en 1885, ouvrier maçon (mobilisé sur le front durant toute la guerre de 1914-1918, sergent décoré de la Croix de guerre et de la médaille militaire) et de Julienne née Choquet, née à Arras (Pas-de-Calais) en 1883, catholique pratiquante. Émile Fournier était le cinquième – et seul garçon – d’une famille de six enfants.

Bon élève, surtout en français, il quitta l’école communale de Marœuil avant le certificat d’études primaires pour aller travailler à treize ans. Embauché dans une usine métallurgique d’une soixantaine de salariés à Arras, il apprit sur le tas le métier de soudeur et se fit remarquer comme bon ouvrier. Il regrettait d’habiter trop loin de la ville pour pouvoir suivre les cours professionnels mais tenait à « savoir tout faire » dans son métier.

Syndiqué à la CGT dès son premier emploi, il se rendait aux réunions syndicales dans un café voisin de son entreprise.

En 1936, Émile Fournier, âgé de quatorze ans, fut marqué et vite enthousiasmé par les grèves et manifestations derrière le drapeau rouge à Arras mais aussi dans son village, où les socialistes étaient plus présents que les communistes.

En 1937, suite à une dispute avec son contremaître, il partit travailler comme soudeur de citernes dans une usine plus importante où il côtoya un ouvrier de son village plus âgé et communiste.

C’est à propos de la guerre d’Espagne qu’il se sentit plus proche des communistes, les trouvant plus combatifs. Il devint lecteur du journal communiste régional L’Enchaîné, qu’il achetait au siège du Parti communiste à Arras, et de La Vie ouvrière, organe de la CGT.

Émile Fournier était friand de lectures, surtout politiques, et était très lié à deux garçons de son village, plus instruits, dont il partageait les opinions et les lectures. Ensemble ils écrivirent à Jacques Duclos (qui leur répondit) pour leur faire part de leur désir d’adhérer au PCF. Il devint militant à Arras.

La guerre déclarée, il alla travailler dans un garage pour découvrir d’autres aspects de son métier, puis dans un tissage de velours de sa commune à l’entretien des métiers à tisser. L’usine ayant fermé, il travailla dans une serrurerie d’art.

Dès la fin 1940, Émile Fournier et ses deux jeunes amis rédigeaient des petits tracts anti-nazis qu’ils recopiaient en une dizaine d’exemplaires et allaient glisser la nuit dans les boîtes aux lettres de « personnalités » du village. Ils faisaient aussi des inscriptions au goudron sur les murs de quelques fermes (« Vive la libération nationale », « Vive Staline »). Mais le village était occupé et ils se rendirent compte qu’ils allaient être repérés. Ils entendirent assez vite parler de l’appel d’un général réfugié à Londres, sans savoir tout de suite son nom.

En 1941, Émile Fournier entra en contact avec la Résistance organisée, par l’intermédiaire d’un camarade communiste d’Arras qu’il connaissait déjà comme syndicaliste (Georges Lambert*, qui fut fusillé par la suite) Il distribua alors des tracts de la Résistance.

En 1941, il appartint au Front national mais eut aussi des contacts avec l’OCM, sans avoir une connaissance bien précise des divers mouvements de Résistance. Il eut progressivement le sentiment d’être repéré dans ses activités.

En 1943, Émile Fournier apprit par son patron qu’il était requis pour le STO. Il déchira la convocation et un responsable de l’OCM (Pierre Baudel, qui fut lui aussi fusillé), lui recommanda d’entrer dans la clandestinité. Il fut caché dans une ferme à une douzaine de kilomètres d’Arras, puis à Avion (en région minière) et dans d’autres planques.

Devenu responsable départemental des FTP, il accomplit différentes missions à travers le département : se procurer de la dynamite, fournir des armes, organiser des actions contre l’occupant.

Dénoncé par un camarade, responsable interdépartemental des FTP qui avait été pris par la Gestapo, Émile Fournier fut arrêté le 8 juillet 1943 en gare de Saint-Omer.

Emmené enchaîné d’abord à la prison de Loos-lez-Lille, il fut transféré à la prison d’Arras le 8 août pour y être, lui dirent ceux qui le convoyaient, fusillé. Après des interrogatoires d’une extrême brutalité où il découvrit que les autorités allemandes étaient renseignées sur toutes ses activités, il fut finalement ramené à Loos. Ensuite il fut transféré à Saint-Gilles, à Bruxelles, puis déporté à Essen, en Allemagne, en décembre 1943, à Esterwegen, à Börgermoor (là où fut composé le Chant des Marais), enfin dans un commando de la mort à Pozneck où il devait désamorcer des bombes non éclatées. De là il parvint à s’évader à la faveur d’un bombardement allié, avec un camarade, le 12 avril 1945. Le 15 avril, à Saafeld, ils rejoignirent les troupes américaines de Patton.

Le 16 mai 1945, Émile Fournier retrouva sa famille à Marœuil. Il lui fallut quelque temps pour recouvrer la santé, puis il reprit son travail à Arras chez son précédent employeur et des activités militantes de plus en plus intenses au Parti communiste. Il devint secrétaire d’une importante section rurale et fut parfois associé aux réunions de la direction fédérale du PCF dont il rencontrait les principaux dirigeants.

Émile Fournier se maria le 30 novembre 1946 avec Flore Elipot, couturière, et ils eurent quatre enfants nés en 1947, 1949, 1950 et 1955. Il attachait un grand prix à la vie de famille et désapprouvait les militants qui la négligeaient. Ouvrier soudeur hors-classe, il contribua à la mise en service d’une nouvelle entreprise de fabrication de tuyauterie d’Arras (60 salariés) où il travailla jusqu’à sa retraite en 1982. Il y fut aussi très longtemps le principal responsable CGT.

En 1953, Émile Fournier fut élu conseiller municipal de Marœuil et quitta ce poste quand, en 1955, il partit habiter Arras. Il continua à militer quelques années au PCF.

Après 1968, il cessa peu à peu puis définitivement ses activités politiques, contestant certaines prises de position jugées trop étroites du PCF et devenant de plus en plus critique à l’égard du régime soviétique.

Passionné d’histoire et de littérature, Émile Fournier consacra une bonne part de son activité à la lecture et à écrire des poèmes qui lui valurent une certaine notoriété. Il appartint à diverses sociétés littéraires régionales (notamment les Rosati) et nationales.

Émile Fournier donna aussi beaucoup de son temps aux organisations d’anciens résistants, et collabora à leurs revues. Il fut vice-président départemental de la FNDIRP à partir de 1993, membre de l’ANACR, et membre du jury départemental pour le concours national de la Résistance et de la déportation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49683, notice FOURNIER Émile, Ghislain, Julien, Joseph par Christian Lescureux, version mise en ligne le 1er avril 2009, dernière modification le 1er juillet 2009.

Par Christian Lescureux

SOURCES : Presse régionale. — Entretien avec Émile Fournier.

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