FAILEVIC Maurice

Par Isabelle Coutant

Né le 14 août 1933 à Paris (IVe arr.), mort dans la nuit du 27 ou 28 décembre 2016 ; ancien élève de l’IDHEC, réalisateur de télévision à partir de 1962, directeur du département réalisation de la FEMIS (1986-1995) ; militant communiste et membre du Syndicat national des réalisateurs de télévision.

Le père de Maurice Failevic était un petit commerçant du Marais, à Paris, spécialisé dans la confection. Il était socialisant sans pratique militante. Juif de Lituanie, il avait émigré en France après la guerre de 1914 pour des raisons économiques. Il rencontra sa femme quinze ans plus tard lors d’un voyage en Lituanie. Dès 1939, il s’engagea dans l’armée française. Maurice Failevic fut placé dans une famille à la campagne. En 1942, ses parents échappèrent de justesse à la Rafle du Vel’d’Hiv’.

Peu après la Libération, Maurice Failevic fut en contact avec l’un de ses cousins, « Gérard Moreno » qui avait été l’un des responsables FTP à Lyon. Il fut influencé par ce « premier héros » qui aimait le théâtre et récitait des poèmes de Louis Aragon en séances publiques. Par la suite, de retour à Paris, Maurice Failevic participa à une organisation de jeunesse juive rattachée au Bund (le Skif). Il y reçut sa première formation politique et y apprit notamment l’Internationale. Sa mère mourut en 1947 des suites de blessures causées par des bombardements.

En 1947-1948, alors scolarisé au lycée Charlemagne, Maurice Failevic fréquenta le fils d’André Wurmser*, grand éditorialiste de l’Humanité ; il était reçu dans la famille. Avec quelques autres, ils formèrent un petit groupe dans le cadre des « Vaillants ». Pendant ces années d’adolescence, Maurice Failevic jouissait d’une relative liberté, son père travaillant beaucoup pour élever seul ses deux enfants.

Après son baccalauréat, en 1951, Maurice Failevic s’inscrivit en droit. Il était déjà intéressé par le cinéma mais la scolarité à l’IDHEC était alors suspendue et son père voyait cette aspiration d’un mauvais œil. Il fréquentait assidûment le ciné-club universitaire. Les dirigeants étant pour la plupart communistes, il fut sensibilisé à leur cause et participa aux manifestations de soutien aux époux Rosenberg. Par l’intermédiaire de ses amis du ciné-club, il rencontra Serge Magnien*, responsable étudiant communiste, et fut intégré en 1953 à la délégation du cinéma pour le festival de la jeunesse de Bucarest, « moment clé de rencontres » qui le marqua profondément. Il rencontra notamment un jeune poète roumain avec qui il resta en relation, Pál Bodor. Maurice Failevic fut par ailleurs l’un des personnages du documentaire que Robert Ménégoz, cinéaste engagé, réalisa sur le festival. De retour à Paris, il adhéra rapidement au Parti communiste dans la cellule du 3è arrondissement.

L’année scolaire 1953-1954 fut à la fois celle de son entrée au lycée Voltaire dans le cadre d’une préparation à l’IDHEC et de ses premiers pas de militant. « Militant de base »,Maurice Failevic découvrit son quartier à travers le porte-à-porte. Au cours de cette période, il fut arrêté et fiché.

Il ne prit pas de responsabilités au sein du Parti mais devint l’un des responsables de la Fédération des ciné-clubs universitaires. Il poursuivit cette activité jusqu’à sa sortie de l’IDHEC (major) en 1957.

Lors de l’été 1957, Maurice Failevic participa comme stagiaire à un film de Louis Daquin, Les Chardons du Baragan, tourné en Roumanie. L’équipe technique partagea la vie des figurants et des professionnels roumains associés au film. Les discussions lui firent apparaître certaines choses comme « injustes et révoltantes ». La Roumanie paraissait toutefois à l’époque un pays assez riche, et son ami Pál Bodor n’énonçait alors aucune plainte sur la situation.

À la fin de l’année 1957, Maurice Failevic commença à militer activement contre la guerre d’Algérie. Très inquiet à l’idée de devoir partir, il souffrit du décalage entre ses angoisses et les préoccupations du Parti (plus absorbé alors par le débat sur le contrôle des naissances). Il fut appelé en 1958. Il réussit à repousser son départ quelque temps. En octobre 1959, Maurice Failevic épousa Micheline Muc, comédienne (ultérieurement assistante de mise en scène au théâtre de Gennevilliers) et militante communiste. Les gendarmes vinrent le chercher au début de l’année 1960. Il craignait d’être envoyé, comme d’autres communistes avant lui, dans des commandos en première ligne. Il réussit toutefois à négocier sur place, dans un régiment à la frontière franco-tunisienne, une fonction de photographe qui lui évita d’avoir à se battre. Au total, Maurice Failevic resta mobilisé vingt-huit mois dont onze en Algérie. En 1961, de retour à Paris, il fut secrétaire de la cellule du cinéma : il y créa avec d’anciens compagnons de l’IDHEC le Comité d’action pour la paix en Algérie. Ils recueillirent des centaines de noms de professionnels du cinéma.

En 1962, Maurice Failevic entra à la télévision. Comme nombre de réalisateurs de l’époque, il pensait que la télévision était un équivalent « démultiplié » du théâtre populaire. Il adhéra à la CGT et devint rapidement secrétaire de la cellule de la télévision (cellule Jacques Decour), fonction qu’il occupa plusieurs années. Convaincus de l’importance fondamentale de la télévision pour démocratiser la culture, les réalisateurs ne comprenaient pas que cet outil soit sous-estimé par le Parti. Ce fut l’objet de la réunion organisée à la Fédération de Paris, en accord avec le comité central, le 23 novembre 1963 (réunion qu’il introduisit). En 1964 et 1965, les appels des réalisateurs envers la direction du Parti se firent plus pressants, du fait de la remise en cause de leur statut, mais ils ne se sentirent guère soutenus face à la direction de l’ORTF. Un numéro d’Économie et Politique – revue de la section du comité central consacrée à l’économie – fut issu des réflexions de la cellule (n° 151, février 1967).

Durant toute cette période, Maurice Failevic fut, entre autres, l’assistant de Jacques Krier*. Il passa réalisateur en 1967 et adhéra alors au SNRT. De mai 1968, il conserve le souvenir d’un « combat difficile », en raison notamment des tensions avec les gauchistes. Maurice Failevic était « très dans la ligne » à cette époque. Il fut choqué par le « procès » que fit Daniel Cohn-Bendit à Jean-Louis Barrault à l’Odéon. La cellule organisa peu de temps après une collecte de fonds et de matériel dans le cadre d’une action baptisée « un bateau pour le Vietnam » : caméras et pellicules furent ainsi envoyées aux cinéastes vietnamiens.

Maurice Failevic réalisa de nombreux documentaires de 1967 à 1970 mais il estimait qu’ils ne lui permettaient pas « de tout dire de la réalité ». Comme Jacques Krier, il évolua vers la fiction, sur des sujets contemporains à connotation sociale. En 1970, il réalisa La Belle ouvrage, film sur l’élite ouvrière, qui rencontra un grand succès et reçut le prix de la critique. Le film fut présenté dans des comités d’entreprise et suscita de nombreuses discussions. Il réalisa ensuite environ un film par an jusqu’en 1986. Le fait d’être communiste et syndicaliste lui facilita souvent les tournages.

En 1981, Maurice Failevic fut nommé membre de la Commission Moinot, constituée pour élaborer une nouvelle télévision de service public. La seule proposition retenue fut la création d’une Haute autorité audiovisuelle. De 1986 à 1995, il fut directeur du département réalisation de la Femis. Au cours de cette période il tourna seulement deux documentaires et un film sur la guerre d’Algérie. Après 1995, Maurice Failevic réalisa quatre films dont un sur le thème de la drogue en banlieue, à Aubervilliers. Ses contacts avec Jack Ralite* facilitèrent le tournage. La carrière de Maurice Failevic fut couronnée par le Prix télévision de la SACD en 2001 et par le Grand Prix de la SACD en 2005. Dans Jusqu’au bout, diffusé en 2005, il s’inspire du conflit Cellatex et recrute d’anciens ouvriers de l’entreprise comme figurants pour réaliser une fiction considérée par la critique comme un film référence sur les conflits sociaux.

Toujours membre du Parti communiste, Maurice Failevic militait dans une cellule locale du XIXe arrondissement avec Jacques Krier et Raoul Sangla* depuis la disparition de la cellule de la SFP au début des années 1990.

Maurice Failevic est marié depuis le 29 octobre 1959 à Micheline Muc. Il a eu deux filles : Jeanne née le 15 octobre 1965 et Juliette née le 16 septembre 1969.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49798, notice FAILEVIC Maurice par Isabelle Coutant, version mise en ligne le 8 avril 2009, dernière modification le 9 février 2017.

Par Isabelle Coutant

ŒUVRE (filmographie sélective) : 1967-1970 : documentaires. — 1970 : De la belle ouvrage, Prix de la Critique 1971. — 1972 : L’Engrenage. — 1974 : Gouverneurs de la rosée, Prix de la critique 1975. —1976 : Journal d’un prêtre ouvrier. — 1976 : Le Franc tireur (co-scénariste Jean-Claude Carrière), Prix de la Fondation de France, Prix de la SACD. — 1980 : Les Saltimbanques (co-scénariste Jean-Louis Commolli). — 1982 : Sur un même bateau, Prix de la Presse Internationale à Prague. — 1983 : L’Héritage, 3 nominations aux 7 d’Or — 1984 : Le Ravi (co-scénariste Jean-Louis Commolli). — 1985 : L’Écho, grand Prix au Festival de Trente. — 1992 : C’était la guerre (co-scénaristes Jean-Claude Carrière et le Commandant Si Azzedine), FIPA d’Or au Festival de Cannes 1993. — 1996 : Le Premier qui dit non (co-scénariste Didier Daeninckx). — 2004 : Jusqu’au bout, FIPA d’argent 2005.

SOURCES : Arch. privées de M. Failevic. — Jacqueline Beaulieu, La Télévision des réalisateurs, INA-La Documentation française, 1984. — Christian Bosséno, « 200 téléastes français », CinémAction, hors série, Corlet-Télérama, 1989. — Jérôme Bourdon, « Les réalisateurs de télévision : le déclin d’un groupe professionnel », Sociologie du travail, avril 1993. — Jérôme Bourdon et alii (dir.), La Grande aventure du petit écran. La télévision française, 1935-1975, Musée d’Histoire contemporaine, BDIC, 1997. — Isabelle Coutant, « Les réalisateurs communistes à la télévision. L’engagement politique : ressource ou stigmate ? », Sociétés et représentations, CREDHESS, février 2001. — Entretiens avec M. Failevic (29 mai 1998 et 20 septembre 2006).

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