FILLOZ Mathilde [née HÉRAT Charlotte, Mathilde]

Par Claude Cuenot

Née le 1er juillet 1912 à Scey-sur-Saône (Haute-Saône) ; contrôleuse des postes ; résistante ; militante communiste et syndicaliste CGT, secrétaire fédérale du PCF dans le Doubs et la Haute-Marne ; conseillère municipale de Besançon (Doubs) de 1947 à 1952.

Mathilde Filloz vendant <em>l’Humanité</em> à Saint-Dizier en 1961
Mathilde Filloz vendant l’Humanité à Saint-Dizier en 1961
[Coll. privée Jeannine Gaument]

Les parents de Mathilde Hérat étaient marchands-forains à Scey-sur-Saône (Haute-Saône). Son père André mourut au combat en août 1914 et sa fille unique fut adoptée par la Nation le 20 juin 1919. Sa mère Antonia, Victorine née Prantois, éleva sa fille seule, à l’écart de l’Église.

Mathilde Hérat obtint le certificat d’études primaires suivi de trois années au collège (brevet supérieur). À partir de 1930, elle travailla comme employée des Postes à Vesoul (Haute-Saône) et adhéra rapidement à la CGT puis au PCF en 1932. Après avoir travaillé comme assistante-receveuse dans cette ville jusqu’en 1939, elle rejoignit le bureau de poste de Clerval (Doubs), bourg de la vallée du Doubs peuplé de paysans et d’ouvriers métallurgistes.

Sous l’Occupation, Mathilde Filloz participa à la Résistance de manière continue de juin 1941 à septembre 1944. Elle collecta d’abord des fonds pour venir en aide aux résistants sans ressources à partir d’avril 1941 dans le cadre du Front national. En octobre 1942, elle surveilla la police et les troupes allemandes pour le groupe FTPF Pégeot de Viethorey (Doubs), constitué par Fabien (voir Pierre Georges*) quelques mois plus tôt. Elle sabota aussi les circuits postaux allemands et assura les liaisons téléphoniques durant la libération de Clerval en septembre 1944.

Mathilde Filloz était secrétaire de la cellule communiste de sa commune en 1945. Ancienne résistante, militante parmi les plus dynamiques du département, elle devint rapidement secrétaire fédérale adjointe aux côtés de Denis Bideaux et Louis Garnier l’année suivante, à un moment où le parti se réorganisait et rajeunissait ses instances comme dans nombre de régions. Avec Louis Garnier, Mathilde Filloz entreprit de recruter parmi les Jeunesses socialistes de Besançon et ils réussirent en particulier avec André Vagneron*. Elle influença aussi durablement l’institutrice Alice Mathiot*. Mathilde Filloz resta au bureau fédéral jusqu’en 1952, date de son déplacement d’office dans les postes à Langres (Haute-Marne). Ainsi au gré des sanctions disciplinaires qui la frappèrent ou de ses déménagements pour raisons familiales, Mathilde Filloz occupa souvent des responsabilités importantes au sein du Parti communiste dans plusieurs départements : membre du bureau fédéral de la Haute-Marne en 1952 puis du Vaucluse deux ans plus tard, membre du secrétariat de la section de La Plaine à Marseille, secrétaire fédérale à l’organisation à nouveau en Haute-Marne en 1958, membre du bureau de la section de Cimiez (Alpes-Maritimes) en 1960 et membre du secrétariat de la section d’Orange (Vaucluse) de 1965 à mai 1982. Elle fut déléguée aux Xe, XIe, XIIe, XIIIe et XIVe congrès du PCF. Candidate aux élections législatives dans le Doubs en 1946 avec Léon Nicod*, Raymond Bruder et Robert Charles, aux cantonales en 1951 à Langres (Haute-Marne) et aux municipales à Orange en 1971, Mathilde Filloz fut conseillère municipale de Besançon de 1947 à 1952.

Mathilde Filloz fut également une militante CGT de premier plan dans le Doubs et la Haute-Marne. Elle était secrétaire du syndicat du Doubs des agents de la fédération postale de 1947 à 1952, aidée par Pierre Lidoine à Besançon et par Paul Petit à Montbéliard, ce dernier étant également secrétaire de la section communiste. Elle tenta de resserrer les liens entre les syndiqués assez dispersés dans ce secteur où elle était assez populaire parmi les postiers et les agents des lignes. Mathilde Filloz fut la première femme membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT du Doubs en 1948 et elle siégea au bureau en 1950, poste qu’elle retrouva ensuite en Haute-Marne après sa mutation. Elle chercha à entraîner d’autres femmes à prendre des responsabilités syndicales, tout en restant cependant moins bien perçue que Robert Charles ou Michel Guillemin*, syndicalistes communistes plus souples qu’elle selon plusieurs témoignages.

Mathilde Filloz occupa aussi des fonctions dirigeantes au sein de l’Union des femmes françaises (UFF) dans le Doubs en 1945, à Marseille en 1958, à Nice en 1960 et au sein du Mouvement de la paix à Besançon en 1948.

Malgré ses multiples déménagements, Mathilde Filloz garda des liens privilégiés avec plusieurs résistants et militants communistes du Doubs dont André Vagneron* et Robert Charles. Elle cessa volontairement toute activité au sein du Parti communiste en 1982 et le quitta en 1988, peu après l’exclusion de ses camarades reconstructeurs de la fédération du Doubs.

Mariée avec un postier communiste qui lui donna trois enfants, Mathilde Filloz, devenue veuve et toujours domiciliée à Orange, écrivait poèmes et nouvelles et mena une bataille juridique pour obtenir la réintégration de son fils licencié abusivement par la municipalité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49823, notice FILLOZ Mathilde [née HÉRAT Charlotte, Mathilde] par Claude Cuenot, version mise en ligne le 9 avril 2009, dernière modification le 29 juin 2020.

Par Claude Cuenot

Mathilde Filloz vendant <em>l'Humanité</em> à Saint-Dizier en 1961
Mathilde Filloz vendant l’Humanité à Saint-Dizier en 1961
[Coll. privée Jeannine Gaument]

SOURCES : Attestation de services accomplis dans la Résistance, Office national des anciens combattants et victimes de guerre, 10 mars 1954. — Claude Cuenot, La CGT dans le Doubs : l’Union départementale de 1944 à 1950, mémoire de maîtrise, Besançon, 1990. — Thierry Bertrand, De la CFTC à la CFDT : l’évolution dans le Doubs de 1945 à 1964, mémoire de maîtrise, Besançon, 1993. — Les amis de la Maison du peuple, N°122, mai 2019. — Témoignages de Robert Charles, de Mathilde Filloz et d’André Vagneron.

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