FICHAUT André [Pseudonyme : Max]

Par Daniel Couret

Né en septembre 1927 à Brest (Finistère), mort le 29 juin 2009 ; ouvrier mécanicien, puis ouvrier dans le bâtiment, ajusteur-mécanicien dans la construction navale à Brest, puis ouvrier à l’EDF à Brest ; syndicaliste CGT et militant trotskiste, membre du MRJ, du PCI-SFQI puis de la LC et de la LCR.

Fils d’un agent de service aux lycées de Brest et de Quimper qui travailla ensuite comme artisan électricien dans le bâtiment, André Fichaut fréquenta le lycée jusqu’à l’âge de quatorze ans, mais il ne put continuer ses études en raison des difficultés financières de ses parents. Pour aider sa famille, il travailla tout d’abord comme garçon de ferme en 1941-1942 dans le Finistère, puis entra en apprentissage comme mécanicien dans un garage de Quimper en novembre 1942. Il continua à travailler dans la réparation mécanique après son apprentissage et se syndiqua à la CGT à l’âge de dix-sept ans en novembre 1944. Il retourna vivre à Brest chez ses parents en novembre 1945.

C’est à la fin de l’année 1945 qu’il commença à fréquenter le mouvement des Auberges de jeunesse, à Brest, où il entra en contact avec de jeunes militants trotskistes des Jeunesses communistes internationalistes (JCI). Sympathisant des JCI puis du PCI, il accepta de distribuer les tracts de ces deux organisations durant les premiers mois de l’année 1947, sans toutefois en devenir membre. Il accomplit son service militaire au Maroc, de juillet 1947 à juillet 1948, dans un régiment de blindés, le 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique, à Meknes, où il s’occupa essentiellement de mécanique, dans les ateliers de réparation des véhicules de son unité. De retour à Brest, durant l’été 1948, il reprit sa place dans le garage où il travaillait auparavant et parvint à y constituer une section syndicale CGT, qu’il représentait à la commission exécutive du syndicat des métaux de Brest. Ses activités syndicales lui valurent de se faire licencier de ce garage à la fin de l’année 1949.

André Fichaut commença à militer activement au sein du mouvement trotskiste en 1949.Il fut en effet contacté par ses anciens copains ajistes de la JCI qui lui proposèrent d’adhérer à la nouvelle organisation de jeunesse qu’ils venaient de constituer, le MRJ (Mouvement révolutionnaire de la jeunesse) qu’il rejoignit en mars 1949. Le MRJ eut une existence éphémère et disparut en septembre 1950. Max Fichaut milita ensuite au PCI-SFQI, qui comptait moins de 300 militants à l’époque, dont une dizaine à Brest. Au chômage depuis son licenciement, il parvint à retrouver du travail en 1950 dans la petite entreprise d’électricité en bâtiment que venaient de constituer son père et son frère. Il se maria en avril 1951 à Brest avec Annie Kerarvrant, une militante des Auberges de Jeunesse avec laquelle il eut deux enfants. C’est également en 1951 qu’il commença à travailler sur les chantiers de construction navale : d’abord aux Chantiers Dubigeon, d’où il se fit licencier pour y avoir animé une grève, puis aux Chantiers Penhoët, où il travailla de juin 1951 à décembre 1952 comme ajusteur-mécanicien. Il travailla également, d’octobre 1954 à décembre 1956, aux Chantiers de la Loire. Il devint un militant syndicaliste très connu sur les chantiers de la construction navale, où il constitua de nombreuses sections CGT durant ces années-là. Il devint secrétaire général adjoint du syndicat des métaux de Brest en 1954, puis secrétaire général adjoint de l’Union locale CGT de Brest en 1955.

Sur le plan politique, il était demeuré membre du PCI minoritaire animé par Pierre Frank et Michel Pablo*, après la scission que connut cette organisation en juillet 1952. Il demeura durant de nombreuses années un des rares militants trotskistes en Bretagne. C’est à cette époque qu’il se lia à André Calvès*, également membre du PCI, dont il allait demeurer l’ami le restant de sa vie. André Fichaut devint membre du comité central du PCI en 1954 et demeura membre de cette instance de direction les années suivantes, y représentant la « région bretonne » sous le pseudonyme de Max. Selon lui, le PCI ne dépassa jamais, durant cette période, la soixantaine de militants, sur le plan national, dont un tiers était membre du comité central. C’est sur consigne de la direction du PCI qu’il adhéra au PCF, en septembre 1956, avec d’autres militants trotskistes brestois, pour y faire de l’entrisme, selon la politique en vigueur au sein de la IVe internationale, politique dite de l’entrisme sui generis. Il demeura militant de base du PCF, à Brest, durant treize années, jusqu’en 1969, tout en continuant à militer de façon confidentielle au PCI. Très actif durant la guerre d’Algérie, il participa au mouvement « Jeune Résistance » et vint en aide aux militants algériens du FLN, par le biais de l’Union locale CGT de Brest dont il fut le secrétaire général de 1960 à 1962, permanent durant près d’une année. Ses activités militantes lui valurent de ne plus être admis à travailler à l’Arsenal de Brest, en 1957, sur la base d’un rapport de la gendarmerie maritime. Ayant perdu son travail à l’Arsenal, il parvint, en mars 1958, à se faire embaucher à l’EDF comme conducteur de chaudières à haute pression. Il demeura employé à l’EDF jusqu’à sa retraite.

À partir de 1963, il milita avec des opposants locaux du PCF, liés au courant « Unir pour le socialisme », un courant oppositionnel très minoritaire et clandestin dans le PCF. Il publia avec eux, à partir de 1964, un petit journal, Brocéliande, diffusé confidentiellement aux membres du parti sur l’ensemble de la Bretagne. Ce bulletin connut une dizaine de numéros jusqu’en 1967. En 1963, il fut élu membre du secrétariat de l’Union départementale CGT du Finistère. Il fut également le secrétaire du syndicat CGT de l’EDF à Brest de 1967 jusqu’à sa retraite en 1982. C’est en tant que membre clandestin du comité central du PCI qu’il participa au congrès de fondation de la Ligue communiste (LC), à Mannheim, en Allemagne, en avril 1969. Il fut élu au comité central de la nouvelle organisation et demeura membre du comité central de la LC puis de la LCR durant de nombreuses années. Il fut pressenti par les dirigeants de la LC pour être candidat à l’élection présidentielle de juin 1969 ; il refusa car il était encore membre du PCF à cette époque, y continuant son travail entriste sur décision du comité central. Ce fut donc Alain Krivine* qui se présenta. C’est suite à cette anecdote qu’il choisit de quitter le Parti communiste après treize années d’entrisme en son sein. Il démissionna du PCF en mai 1969, mais fut officiellement exclu du parti par sa cellule.

À partir de cette date, André Fichaut fut la cheville ouvrière de la construction de la LC à Brest ainsi que dans toute la région bretonne, de nombreux jeunes rejoignant les rangs de la nouvelle organisation trotskiste en cette période de l’après Mai 68. Il dirigea une grève au centre EDF de Brest durant trois semaines, en octobre-novembre 1972. Cette grève se déroulant contre l’avis de la Fédération CGT de l’Énergie, il fit élire un comité de grève qui dirigea la lutte de bout en bout. Il fut pour la première fois de sa vie candidat à une élection en se présentant aux élections législatives à Brest, en mars 1973, comme candidat de la LC. Il se représenta dans la même circonscription, en mars 1978, comme candidat de la LCR, et obtint 0,50 % des voix. Il fut également tête de liste lors des élections municipales à Brest, en mars 1983, sur une liste présentée en commun par la LCR et le PSU. Ayant pris sa retraite de l’EDF en septembre 1982, à l’âge de cinquante-cinq ans, il continua à s’occuper du syndicat des retraités CGT les années suivantes et prit le contrôle de l’UL-CGT avec des rénovateurs du PCF. Il était toujours membre de la LCR en 2008, simple militant de base.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49827, notice FICHAUT André [Pseudonyme : Max] par Daniel Couret, version mise en ligne le 9 avril 2009, dernière modification le 12 septembre 2016.

Par Daniel Couret

SOURCES et ŒUVRE : La Grève de l’EDF à Brest, brochure de la LC non signée, 1973. — Sur le pont. Souvenirs d’un ouvrier trotskyste breton, Paris, Syllepse, 2003. — État civil de Brest (extrait d’acte de naissance).

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