GUILLÉ Germaine [née PINON Germaine, Augustine]

Par Jocelyne George

Née le 6 octobre 1906 à Saint-Bris-le-Vineux (Yonne), morte le 6 juillet 1997 à Saint-Bris-le-Vineux (Yonne) ; secrétaire de la Fédération de l’alimentation de 1950 à 1951, membre du bureau confédéral de la CGT de 1951 à 1969, responsable du secteur international de 1957 à 1969, membre du comité exécutif de la Fédération syndicale mondiale de 1957 à 1969, membre du conseil national du Mouvement de la paix de 1955 à 1969, membre du conseil mondial du Mouvement de la paix de 1958 à 1969.

Auguste Pinon, le père de Germaine Guillé était un ouvrier agricole qui avait subi l’exploitation des propriétaires vignerons de son village. Il figure comme vigneron sur l’acte de naissance de sa fille. Il fit pendant quatre ans une guerre qu’il abhorra dès le premier jour et fut blessé deux fois. Il légua à sa fille sa conscience de classe, son idéal laïque et son horreur de la guerre. Sa mère Lucrèce, Hermine Jussot, couturière à domicile, mourut quand elle avait seize ans. Après son certificat d’études, Germaine suivit à Auxerre des cours de sténodactylographie et travailla dans une étude de notaire. En 1927, elle partit se marier à Paris où l’attendait Paulin Guillé, un jeune homme de Saint-Bris venu y chercher du travail. Tous deux voulaient fuir l’étouffement villageois. Après diverses mansardes ils s’installèrent en 1932 dans un petit appartement du Montmartre populaire où ils passèrent l’essentiel de leur vie et où ils élevèrent leurs deux enfants, Jeanine et Claude.

Après avoir travaillé à La Soudure autogène, Germaine Guillé fut employée de bureau dans une société de pétrole. Lors de l’exode, la centaine de personnes que comptait l’entreprise, fut évacuée dans le Lot, puis licenciée sitôt l’armistice signé. De retour à Paris, Germaine Guillé fut heureuse de trouver à s’employer dans la fromagerie qui était dans sa rue ; un moyen aussi d’avoir un peu de lait pour ses enfants. Un livreur de la société Les Fermiers Réunis, syndiqué à la CGT, lui signala un emploi vacant dans les bureaux de la laiterie, peut-être au dépôt du boulevard Barbès proche de son habitation. C’est ainsi qu’elle participa en août 1944 à la reconstitution du syndicat CGT de l’entreprise. La même année elle fut élue membre de la commission exécutive du syndicat de l’industrie laitière de la région parisienne. Au 20e congrès de la fédération de l’alimentation du 23 au 25 mai 1948 elle fut désignée pour faire partie de la commission féminine de la fédération. Au congrès suivant du 21 au 24 mai 1950 elle devint une des six secrétaires permanents de la fédération et trésorière adjointe. Sa candidature fut ainsi présentée : « Puis une camarade, une femme, qui il y a deux ans s’est trouvée dans une situation difficile. Membre du bureau de son syndicat elle s’est trouvée seule après le départ précipité du secrétaire et du trésorier. Elle a fait preuve d’un grand courage pour remonter son syndicat. Il s’agit de Germaine Guillé, de l’industrie laitière ».

En juin 1951, au 28e congrès confédéral qui insista sur la promotion des femmes dans les syndicats, elle fut élue au bureau confédéral de la CGT. Il semble que ce fut Gaston Monmousseau qui l’ait distinguée. Elle faisait partie des non communistes du bureau confédéral élus sur la base d’une parité entre communistes et non communistes. Germaine Guillé adhéra plus tard au Parti communiste au moment des attentats de l’OAS. Dans l’intervention qu’elle fit lors de ce 28e congrès au nom de sa fédération elle critiqua « des méthodes trop bureaucratiques, trop mécaniques, trop rigides aussi. Une presse trop lourde et trop confuse. Des rapports entre notre fédération et nos organisations de base insuffisamment terre à terre. Un contrôle des tâches insuffisant ». Elle dit aussi que l’on sous-estimait la main d’œuvre féminine : « Dans trop de nos syndicats où la main d’œuvre est presque exclusivement féminine on discute encore à longueur de journée des revendications générales et on ne voit pas que dans l’atelier voisin 80 travailleuses sont entassées dans une chaleur insupportable, sans air, sans une goutte d’eau et subissent des cadences infernales pour arriver à sortir leur journée, comme c’est le cas à Levallois, chez Olida […] On ne voit pas davantage que chez Say, les doigts des femmes sont arrachées par les machines dont les cadences augmentent sans cesse. »

Dans un premier temps, de 1951 à 1957, lui échurent les questions sociales liées à la défense des femmes, des enfants, des jeunes, puis, de 1957 à 1969, elle eut la charge du département international de la CGT. Dans ces deux domaines elle donna la mesure de ses qualités : la fermeté sur les principes, un travail méthodique, la modestie. Elle laissa en partant seize cartons d’archives soigneusement classées par thème.

Dans une intervention non datée adressée peut être à l’Union départementale de la Seine, Germaine Guillé évoqua le déroulement de son action dans le domaine social. « Dans les quelques mois qui ont précédé les vacances scolaires de 1951, un groupe de personnalités [dont entre autres Gustave Monod, le professeur Weill-Hallé, Paul Fraisse] justement émues de la situation de l’enfance et décidées à faire quelque chose pour obtenir des changements ont pris la décision de constituer un mouvement en faveur de l’enfance, décision prise devant l’incurie des pouvoirs publics et la misère des familles […] Bien que ne disposant d’aucune ressource, sauf la bonne volonté des uns et des autres, notre idée a fait son chemin et au bout de trois ans et demi de vie il est plus largement connu en premier lieu du gouvernement et des pouvoirs publics qui sont harcelés par nos délégations. En octobre 1951 nous tenions à la Sorbonne notre première conférence nationale à laquelle participaient 600 délégués venus de 53 départements, tous très différents les uns des autres quant aux milieux et conceptions politiques et philosophiques. Une charte de l’enfance fut adoptée à l’unanimité, un conseil permanent élu dans lequel j’ai eu l’honneur de représenter la CGT et nos organisations syndicales. Cette charte fut diffusée à des dizaines de milliers d’exemplaires et nous aida considérablement dans la création de comités départementaux ». Dans les archives de Germaine Guillé se trouvent les circulaires du ministre de la Santé qui demanda aux préfets de se méfier de ces comités et de signaler leurs adhérents et celle du préfet de la Seine qui s’empressa de mettre en garde les maires des communes suburbaines. Suivirent une délégation auprès de Vincent Auriol, président de la République, et l’envoi à Vienne où se tenait une conférence internationale de l’enfance d’une délégation de soixante personnes composée de scientifiques, de médecins, d’enseignants, de représentants d’organisations très diverses, de travailleurs, etc. À Vienne il y eut 558 délégués venus de 64 pays Germaine Guillé s’investit beaucoup dans la préparation de cette conférence à laquelle elle assista en avril 1952. C’est ce mouvement qui organisa les 29 et 30 mai 1954 des journées nationales d’études et d’action pour l’apprentissage et le travail des jeunes qui réunirent un nombre impressionnant d’organisations liées à la jeunesse. En mars 1955, Germaine Guillé organisa encore des assises nationales pour l’enfance à la Sorbonne.

Toutes ces années elle fut la présidente attentive de L’Avenir social, une œuvre de la CGT en faveur des enfants des syndicalistes victimes de la guerre, recueillis dans l’établissement de La Villette-aux-Aulnes. Lui revint aussi l’organisation de la solidarité. En février 1953 ce fut celle avec les Hollandais victimes des inondations ; le gouvernement français refusa l’acheminement de la collecte de la CGT forte de plusieurs millions de francs. La CGT organisa alors le séjour de 200 enfants pendant quinze jours. De 1954 à 1958 Germaine Guillé assuma la solidarité avec le peuple grec et la défense des libertés dans ce pays. En tant que dirigeante confédérale elle suivit aussi le déroulement des grèves d’août 1953 et celle d’avril 1954.

À ce même titre Germaine Guillé se préoccupa de la place des femmes dans le syndicat. En décembre 1951 elle organisa avec Olga Tournade une assemblée nationale pour la défense des travailleuses. De juin 1952 à juin 1955, elles présidèrent toutes deux le comité de rédaction de La Revue des travailleuses. Bien que son nom figurât en tant que membre du comité de direction jusqu’en 1970 dans l’ours du magazine Antoinette né en novembre 1955, Germaine Guillé n’intervint pas dans la destinée de celui-ci. En juillet 1955 elle perdit son fils âgé de vingt-deux ans, mais elle assuma dans les mois qui suivirent l’organisation de la première conférence internationale des travailleuses voulue par la Fédération syndicale mondiale qui se tint à Bucarest du 14 au 17 juin 1956. Ce fut elle qui présenta le rapport principal sur la lutte des travailleuses pour l’application effective du principe à travail égal salaire égal et contre toutes les formes de discrimination.

En avril 1955 elle fut élue au conseil national du Mouvement de la paix. Du 22 au 29 juin 1955 elle fut présente à l’assemblée mondiale de la paix à Helsinki. En novembre 1956, après les événements de Budapest, ville qu’elle avait quittée en juin dans l’euphorie de la rencontre internationale des femmes, elle vécut à un poste responsable les questionnements de la CGT et les déchirements du conseil national du Mouvement de la paix. En février 1957 elle fit partie, avec Madeleine Colin, de la délégation de la CGT invitée par le conseil central des syndicats libres hongrois, elle rendit compte de cette visite devant la commission administrative de la CGT.

Dans une lettre datée du 23 janvier 1958 elle indiqua : « Ce n’est plus moi qui m’occupe de l’apprentissage au bureau confédéral. Depuis le dernier congrès (le 31e du 16 au 21 juin 1957) d’autres tâches m’ont été fixées qui en raison de leur ampleur m’ont contrainte d’abandonner certaines des tâches qui m’avaient été antérieurement fixées. » Lors de ce 31e congrès elle présenta un rapport très documenté sur les questions internationales. C’est lors du 4e congrès de la FSM, du 4 au 15 octobre 1957, à Leipzig, que son nom apparut dans le comité exécutif de cette organisation. Il y figura jusqu’en octobre 1969. De 1957 à 1969 il y eut dix sept sessions de ce comité. Un partage des tâches sembla se faire entre les deux femmes du bureau confédéral, à Madeleine Colin le secteur de la main-d’œuvre féminine, à Germaine Guillé le secteur international. Commença alors pour cette dernière une vie de voyages.

Elle entretint les relations avec l’URSS, la RDA, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Yougoslavie. Elle assura la solidarité avec l’Algérie et l’Indochine ; en juin 1958 elle représenta la CGT dans le comité des 110 pour la paix en Algérie par la négociation, réuni à l’initiative du pasteur Voge à la salle Pleyel le 7 juin 1959. Ce comité sollicita et reçut l’aide financière de la CGT.

Du 16 au 27 juillet 1958 Germaine Guillé assista au congrès du Mouvement de la paix à Stockholm où elle fut élue membre du conseil mondial. Les 4 et 5 juillet 1959 elle fut présente à la conférence pour la détente et la sécurité en Europe qui se tint à Varsovie. Du 22 au 24 septembre 1961 elle fut à Berlin pour la conférence syndicale internationale organisée par la FSM pour un traité de paix avec l’Allemagne, la solution pacifique du problème de Berlin ouest, et contre la provocation à la guerre. En octobre il y eut une crise au Mouvement de la paix français : fallait-il condamner les expériences nucléaires soviétiques comme les américaines ? « Il ne faut pas confondre les effets et la cause » écrivit-elle dans le brouillon d’une intervention, lue le 7 ou le 8 octobre, la cause étant le réarmement allemand. Du 16 au 20 décembre elle assista au conseil mondial de la paix à Stockholm marqué par les dissensions avec les Chinois. En juin 1962 elle intervint au colloque national sur le désarmement général organisé par le Mouvement de la paix. En juillet elle fut déléguée au congrès mondial pour le désarmement et la paix à Moscou où elle intervint.

En mars 1963 elle mena avec la fédération CGT de l’éclairage, une action contre le détournement de la centrale nucléaire de Chinon à des fins militaires. Les 18 et 19 mai eurent lieu les états généraux du désarmement à l’initiative du Mouvement de la paix. Un grand rassemblement de 50 000 personnes se tint au stade de Saint-Ouen, il s’agissait de demander la ratification par la France du traité de Moscou signé en juillet 1962 qui interdisait les expériences nucléaires. Cela constitue un énorme dossier dans les archives de Germaine Guillé. À partir de septembre le Mouvement de la paix mena une campagne pour la ratification de ce traité couronnée par le grand succès d’une semaine de manifestations du 17 au 24 novembre. Lors de la semaine d’action contre la force de frappe et le désarmement général organisée par la FSM du 17 au 24 novembre 1963, elle mobilisa les Unions départementales.

Elle représenta la CGT dans le comité temporaire contre la force de frappe et pour le désarmement général qui organisa une grande manifestation à Paris le 26 avril 1964. Le 7 août Germaine Guillé prit la parole lors d’un meeting du Mouvement de la paix quand les États-Unis s’engagèrent au Nord-Vietnam. La même année elle fut déléguée à la conférence syndicale mondiale des travailleuses à Bucarest. En juillet 1965 elle fut présente au congrès mondial pour la paix à Helsinki.

Tombée malade de novembre 1965 à février 1966 elle dut réduire ses activités. En mai 1967 elle fut à la tribune des états généraux pour la paix au Viet-Nam organisés par le Mouvement de la paix. En 1968, lors de l’entrée des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, elle défendit la position de la CGT condamnant de fait l’intervention. À sa demande, en raison de son état de santé, elle quitta le bureau confédéral au 37e congrès, en novembre 1969, après dix-huit ans de présence. De 1969 à 1974, elle représenta la CGT au Conseil économique et social. Elle eut ensuite une retraite à la fois paisible et active, consacrée à sa famille et aux voyages.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49851, notice GUILLÉ Germaine [née PINON Germaine, Augustine] par Jocelyne George, version mise en ligne le 12 avril 2009, dernière modification le 4 février 2020.

Par Jocelyne George

SOURCES : Arch. Germaine Guillé, Institut CGT d’histoire sociale. — Arch. de la fédération de l’alimentation 46 J 5 et 6. — Notes de Slava Liszek. — Témoignages de Jeanine Guillé et de Raymond Barberis. — État civil.

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