FERTRÉ André, Louis

Par Gérard Boëldieu

Né le 26 février 1912 au Mans (Sarthe), mort le 8 octobre 1995 au Mans ; instituteur ; syndicaliste (SNI) de la Sarthe.

« André fils d’“André” (avec des guillemets) », ainsi aimait se présenter André Louis Fertré après que son père eut acquis localement une renommée comme poète, artiste peintre et xylographe autodidacte. Prénommé à l’état civil de La Flèche Louis Émile Céleste, ce dernier garda le prénom d’André que lui attribuèrent dès sa naissance, le 9 mai 1886, les amis de son père, en rapport avec l’ancien prieuré Saint-André, bâtisse datant du XIIe siècle, logis de la famille. Fils aîné d’un cantonnier qui eut cinq enfants, Louis, Émile Fertré, pour aider à élever ses frères et sœurs plus jeunes, dut quitter l’école primaire supérieure de La Flèche à l’âge de quatorze ans. Il fut marqué par un professeur de l’EPS qui l’aida, tandis qu’il était petit commis au service des hypothèques puis employé au Service vicinal, à obtenir le brevet élémentaire à quinze ans, nécessaire pour réussir au concours d’agent voyer vicinal, préparé par correspondance. Il termina sa carrière comme chef de bureau de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de la Sarthe. Paul d’Estournelles de Constant, prix Nobel de la paix en 1909, après avoir lu ses premiers poèmes dans Le Journal fléchois, lui proposa de lui servir de secrétaire pendant son séjour estival au château de Créans. Là, il put beaucoup lire et se lia d’amitié avec le fils aîné de d’Estournelles, Arnaud, qui « le guida à Paris, d’expositions en musées et en spectacles ». Réformé, le 4 août 1909, il épousa à La Flèche Louise Marie Boutreux, une amie d’enfance, qui attendit d’être majeure pour se marier car sa mère, catholique très croyante, nationaliste, antisémite et antidreyfusarde, ne voulait pas d’un gendre qui fréquentait des gens aux opinions opposées aux siennes. Une fille naquit à La Flèche en 1910. Puis naissait André Louis, au Mans où son père venait d’être muté.

De 1915 à juin 1919, le temps de la mobilisation du père, la mère et ses deux enfants s’installèrent à La Flèche auprès de la grand-mère Boutreux devenue veuve. Au Mans, le jeune Fertré s’intéressa aux conversations des artistes locaux reçus par son père. Au cours complémentaire du quartier Saint-Pavin du Mans, il prépara le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de la Sarthe qu’il réussit à une seconde tentative en 1930, au moment où, dans le même département, sa sœur débutait sa carrière d’institutrice brutalement interrompue le 14 janvier 1936 par son décès en couches.

La première année d’enseignement de Fertré (1933-1934), à Marigné-Laillé, fut écourtée par l’appel sous les drapeaux. Au cours de son service militaire, comme météorologiste, il se maria à l’église de la Chapelle-Saint-Rémy (canton de Tuffé), le 26 décembre 1934, avec l’institutrice de la localité, Marguerite Grandin, née le 19 avril 1912 à Saint-Ouen-en-Belin (Sarthe). Le couple eut deux filles, nées en 1936 et 1942. Les premiers postes doubles furent Verneil-le-Chétif (canton de Mayet) de 1935 à 1937, Brains-sur-Gée (canton de Loué), de 1937 à 1939. Mobilisé en août 1939, il combattit dans les Ardennes. Dès son retour dans la Sarthe en juillet 1940, il obtint un nouveau poste double à Domfront-en-Champagne (canton de Conlie) où, avec son épouse, il enseigna pendant l’Occupation qui se termina par des bombardements de la voie ferrée Paris-Brest traversant la commune. Résistant passif, il utilisa au secrétariat de mairie ses talents de xylographe pour confectionner de faux papiers. De la rentrée de 1945 à 1953, avec sa femme pour adjointe, il dirigea l’école de garçons de Conlie, où la concurrence scolaire était vive, tout en exerçant les fonctions de conseiller pédagogique itinérant. Il termina sa carrière d’instituteur au Mans, à l’école annexe de l’école normale de garçons, d’abord en tant qu’adjoint, de 1953 à 1966, puis comme directeur, succédant à René Busson, de 1966 à 1969. Son épouse termina également sa carrière au Mans, institutrice-adjointe dans trois écoles successives.

De tempérament anarchisant, André Fertré se définissait « penseur libre », ce qui lui valut des inimitiés. À la Libération, dans la section sarthoise du Syndicat national des instituteurs, en voie de reconstitution, il fut un des rares militants au courant de l’École Émancipée. Partisan des méthodes Freinet, il contribua à la création du groupe sarthois de l’École moderne, qui, au sein de cette section, fonctionna jusqu’en 1977, et dont il fut le premier trésorier de 1946 à 1952. Au début de 1948, dans le contexte de la scission de la CGT, sollicité par les partisans de l’autonomie syndicale, les plus nombreux, il accepta, sans enthousiasme, de succéder au poste de secrétaire général de la section départementale du SNI à André Péan* démissionnaire. Auteur d’un appel aux instituteurs de la Sarthe pour qu’ils rejoignent la CGT-FO, ce dernier entendait surtout se consacrer à la section de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale. Une de ses premières actions en tant que secrétaire général fut d’écrire au maire gaulliste du Mans pour exiger que dans les cantines municipales fréquentées à la fois par des élèves d’écoles publiques et des élèves d’écoles privées, ces derniers soient placés sous la surveillance des maîtres laïques et non « relégués ». Délégué aux réunions du conseil national du SNI en 1949 et en 1950, André Fertré demanda le 27 décembre 1949 une révision de la carte scolaire nationale ; le 17 juillet 1950, il intervint à nouveau dans le débat sur la carte scolaire initié par Denis Forestier pour évoquer la situation des enseignants du primaire dans la Sarthe. Sur la question laïque, André Fertré, selon ses propres termes, « regrettait l’hostilité entre le Comité de vigilance laïque d’obédience politique et les comités de défense laïque soutenus par le SNI », comme par exemple en Bretagne. Rallié au courant « Autonome », il récusait à l’avance « un homme de parti » et un membre de « la CGT à direction communiste » pour le remplacer au secrétariat général de la section sarthoise du SNI. L’élection de Robert Dernelle*, du courant autonome et « apolitique », à ce poste en octobre 1950 combla ses vœux.

Reconduit régulièrement au bureau syndical de la section de la Sarthe du SNI jusque dans les années 1960, Fertré y présida continûment la commission des affaires sociales, en relation avec la Fédération des œuvres laïques, et celle des questions pédagogiques. À ce titre, il fut l’auteur d’un article sur « La classe unique » dans l’organe de la section en décembre 1957. A partir de 1948, il siégea au Conseil départemental de l’enseignement primaire, et de 1948 à 1958, à la commission administrative paritaire départementale. Pour pouvoir accepter de « nouvelles tâches » à la MGEN, il ne sollicita pas le renouvellement de ce dernier mandat.

Laïque convaincu, Fertré eut des mots très durs à l’encontre de la CFTC ; contre la loi Debré il préconisa des actions de masse puis se prononça pour la participation du SNI à la délivrance des certificats d’aptitude pédagogique des maîtres de l’enseignement privé. Il fut de ceux qui s’opposèrent énergiquement à la création d’un syndicat des directeurs d’école. Pacifiste, pendant la guerre d’Algérie, il eut envers le Mouvement de la paix une attitude moins distante que Dernelle. En mars 1958, au lendemain de « l’Appel des cent-dix », il représenta la section du SNI aux assises départementales du Mouvement pour y exposer les positions de son syndicat. Après le discours de de Gaulle sur l’autodétermination (septembre 1959), il fut, avec ses collègues de l’école annexe, parmi les rares instituteurs de la Sarthe signataires de l’appel du Mouvement de la paix pour la cessation immédiate des combats.Fertré, élu membre du conseil d’administration de la section sarthoise de la MGEN dès la seconde assemblée générale, en mars 1948, le resta jusqu’en 1981, accédant au poste de premier vice-président dans les années 1970. En 1962, il assista au congrès national de la MGEN à Toulouse. De décembre 1962 à novembre 1967, il siégea, au titre d’employeur indépendant, au conseil d’administration de la caisse primaire sarthoise de la Sécurité sociale. Il retrouva ses camarades du SNI élus depuis 1947, René Busson, élu sur la liste CGT, et Suzanne Bouteloup, élue sur la liste CGT-FO.

Artiste autodidacte depuis sa jeunesse, comme son père, André Fertré consacra sa retraite à la peinture au couteau et surtout à la gravure sur bois. Il s’employa à perpétuer le souvenir du poète-rémouleur Isaac Moiré.

Ses obsèques civiles eurent lieu au Mans dans la plus stricte intimité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49908, notice FERTRÉ André, Louis par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 23 avril 2009, dernière modification le 23 avril 2009.

Par Gérard Boëldieu

ŒUVRE : « Souvenirs d’André Fertré, fils d’“André” Fertré », Cahier fléchois, n° 8, 1987, p. 41-65.

SOURCES : Arch. de l’École normale d’instituteurs de la Sarthe. — Arch. de la caisse primaire de Sécurité sociale de la Sarthe, composition du conseil d’administration. — Arch. d’Henry Lelièvre, secrétaire du Conseil sarthois de la paix de 1958 aux années 1970. — Arch. comité national du PCF. — Bulletin de l’Enseignement primaire de la Sarthe. — L’Instituteur syndicaliste, organe de la section sarthoise du Syndicat national des instituteurs. — Section sarthoise de la MGEN, 50 ans de solidarité 1947-1997. — Sarthe-Information, bulletin de la section sarthoise de la Mutuelle générale de l’éducation nationale. — Ouest-France, 23 juin 1990, 12 mars 1992, 12 octobre 1992. — La Vie mancelle et sarthoise, novembre-décembre 1996. — Maine-Découvertes, n° 36, avril-mai 2003. — Notes de Jacques Girault. — Informations communiquées par Mme Chrétienneau, fille aînée de Fertré.

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