GENIN Roger

Par Valérie Giron, Pascale Quincy-Lefebvre

Né le 24 avril 1922 à Louroux-de-Bouble (Allier), mort le 25 avril 2008 à Teilhede (Puy-Dôme) ; fraiseur ; résistant, membre du secrétariat fédéral du Parti communiste du Puy-de-Dôme (1946-1950), militant actif au Mouvement de la paix (1948-1956).

Originaire de l’Allier, Roger Genin grandit dans une famille de quatre enfants. Seul garçon, il était le fils d’Eugène Genin, né en 1878, sabotier à Louroux-de-Bouble, et d’Amélie Besson, née le 8 octobre 1888 à Bellanaves (Allier), mère au foyer. Ancien soldat pendant la Première Guerre mondiale, son père ne fut pas un militant tout en étant un homme ayant des sympathies socialistes qu’il exprima en 1936 en votant pour le candidat du Front populaire.

Après avoir obtenu son certificat d’études primaires, pour pouvoir continuer des études, comme cela pouvait se faire alors, le jeune Genin fut admis gratuitement au petit séminaire d’Aubigny (Allier). Il devait y préparer le baccalauréat mais son athéisme revendiqué entraîna son renvoi durant l’année 1938.

À partir de l’été 1938, âgé de seize ans, Roger Genin entra dans la vie active. Quelques mois chasseur-liftier dans un grand hôtel de Vichy (Allier) fréquenté par une clientèle particulièrement aisée, il fut dès l’automne employé comme ouvrier-scieur de bois dans une scierie de la région. La rencontre avec la dureté de la condition ouvrière l’aména à vouloir s’engager contre l’exploitation des ouvriers. Après avoir été affecté au secteur de la galocherie de l’entreprise, il fut obligé de quitter celle-ci durant l’été 1939 alors que ses patrons étaient mobilisés. Il fut embauché par le directeur du sanatorium Marie-Mercier à Tronget (Allier) pendant quelques mois avant d’être employé au début de l’année 1940 dans un atelier de chargement d’obus installé à Moulins (Allier).

Après l’armistice, Roger Genin n’accepta pas la situation faite à la France. Encore mineur, il souhaita gagner les Forces françaises libres en Angleterre. Pour mener à bien son plan, il s’engagea dans la marine française au début de l’année 1941 avec l’espoir que son bateau se fasse arraisonner par la marine anglaise au large de Gibraltar. Ses espoirs et ceux de certains de ses camarades furent vite déçus. Débarqués à Alger, ils furent transportés par voie de chemin de fer à Casablanca. Le jeune soldat ne souhaita pas servir sous les ordres de Pétain et de Darlan. Il tira profit de sa minorité et obtint de son père une lettre comme quoi il s’était engagé contre sa volonté paternelle. La marine fut obligée de le libérer. Quelques mois plus tard, se trouvant à Clermont-Ferrand, il fut recruté par l’intendance militaire des chantiers de jeunesse. En 1943, grâce à l’aide d’un médecin de confession israélite qui se faisait alors appeler Moise (de son vrai nom Moïse), il obtint un certificat médical lui permettant d’échapper au STO. Il dut néanmoins entrer dans la clandestinité pour échapper à la Gestapo après avoir été dénoncé par une femme comme communiste. Si à l’époque, il éprouvait des sympathies pour le parti interdit, il n’en était pas alors un militant.

Avec l’aide de son beau-frère qui le mit en contact avec un convoyeur mais qui ne réussit pas à lui faire rencontrer les responsables locaux des FTP, il rejoignit le maquis de Prondines (Puy-de-Dôme) et prit le pseudonyme de Gaston. Le docteur Mabrut, frère du député socialiste Adrien Mabrut*, grande figure des MUR, était responsable du secteur. Une attaque allemande eut raison des maquisards de Prondines. En avril 1944, Roger Genin fut chargé, sous le pseudonyme de Charles Bogan, de conduire des groupes de volontaires par le train de Clermont à Ruines (Cantal) proche du Mont-Mouchet. Vers la même époque, il obtint de Robert Huguet*, responsable du Mont-Mouchet, l’autorisation de rejoindre Mabrut au maquis de Saint-Genest-Chamespe (Puy-de-Dôme). Sous sa direction, il participa à diverses opérations, comme des attaques de convois dans la région de Bourg-Lastic. Il garda également le souvenir du défilé organisé dans cette même commune pour le 14 juillet. Mais bientôt, non ravitaillés en armes par parachutages, les deux hommes n’eurent pas d’autre choix que de dissoudre le maquis. Pour Roger Genin, la vie clandestine dura jusqu’à la libération de la capitale auvergnate (août 1944).

C’est dans le contexte de la Libération, sur le conseil du « commandant Nolly », de son vrai nom Fada, que le jeune résistant adhéra au Parti communiste. Il fit la connaissance de Jean Minard, alors secrétaire de la fédération du Puy-de-Dôme. Cet homme, qui avait dirigé le parti durant une année de clandestinité, affecta Roger Genin à la cellule La Colombe, dans le quartier clermontois de Fontgiève où il habitait. Dés 1945, il devint secrétaire de la cellule. Il était chargé de réorganiser la section-nord de la ville. Celle-ci devint suffisamment puissante et environ 60 délégués siégèrent bientôt à la conférence de la section.

Entré en 1945 dans l’entreprise de caoutchouc Bergougnan, Roger Genin démissionna dès 1946 pour pouvoir se consacrer entièrement à ses nouvelles responsabilités politiques. Il fut élu au comité fédéral lors de la 2nde conférence annuelle du 2-3 août 1946. Puis, avec le statut de permanent du parti, il devint cette même année secrétaire adjoint de la fédération auprès du député Pierre Besset. Il occupa cette fonction jusqu’à la grande réorganisation de 1950 et l’éviction de Robert Marchadier* du comité central. Il resta membre du comité fédéral jusqu’en 1954. En 1949, il avait participé pendant quatre mois à un stage à l’école centrale du PC en région parisienne. Il y suivit des cours en sciences politiques et reçut un enseignement en économie. La rencontre avec l’un des principaux fondateurs du PCF, Marcel Cachin, alors venu présenter une conférence sur Balzac, le marqua profondément. Durant ces mêmes années, il poursuivit une forte activité militante. La surprise créée par la condamnation de Tito en 1948 ne le détourna pas de ses responsabilités alors que l’affaire des époux Rosenberg l’amena à multiplier les interventions auprès des autorités religieuses et communales de la ville.

En 1950, n’étant plus permanent, Roger Genin se devait de trouver un emploi salarié. La tâche était particulièrement difficile. Il fut obligé de changer souvent d’employeurs en raison de son engagement politique connu. Vers 1952-1953, il rentra aux Assurances Soleil-Aigle. Il était démarcheur pour le département de la Nièvre. En 1954, il était chargé de mission pour la branche maladie aux Assurances générales en Haute-Loire et en Lozère. En 1955, il fut nommé « chef d’organisation » par cette même maison dans l’Allier. La situation qu’il avait acquise lui permit de faire embaucher Robert Marchadier* qui, la même année, avait été contraint d’abandonner le poste de secrétaire général de l’UD-CGT du Puy-de-Dôme.

Au début des années 1950, Roger Genin rencontra Jacqueline Tauzin, professeure agrégée au lycée Jeanne-d’Arc à Clermont-Ferrand, qu’il épousa le 11 avril 1953. Celle-ci partageait ses convictions politiques et adhéra au Parti communiste en 1955. De 1963 à 1979, elle fut secrétaire de la section du PCF à la faculté des lettres de Clermont-Ferrand, membre du Comité fédéral de 1954 à 1964. Ils eurent un fils, né en 1961, devenu, commerçant. Le couple se sépara en 1979.

À cette époque, tous les deux militaient au Mouvement de la paix. Roger Genin avait en charge l’organisation au plan départemental de 1948 à 1956 de l’association. Parmi les actions auxquelles il se consacra, figura l’aménagement en 1953 avec Robert Mandrou d’un débat contre le traité de Paris alors que la polémique autour du projet de CED faisait rage. La rencontre eut lieu dans une salle de la Chambre de commerce et d’industrie de la ville et réunit des opposants au traité, qu’ils furent gaullistes ou communistes. Ses obligations professionnelles le conduisirent à restreindre ses activités militantes. N’assistant plus aux réunions du comité fédéral, il en fut exclu vers 1954. En 1956, il fut embauché par le groupe d’assurances Drouot grâce à Paul Lacure (un architecte-expert, que Roger Genin avait fait élire président départemental du Mouvement de la paix). La tâche était prenante.

Les réactions de Maurice Thorez à la publication du rapport Khrouchtchev en 1956 amenèrent Roger Genin à développer une attitude critique vis-à-vis des dirigeants du PCF auxquels il reprochait leur stalinisme persistant. En 1965, un voyage à titre privé en Bulgarie le convainquit une nouvelle fois des dérives du stalinisme. Il prit ses distances avec l’organisation tout en restant profondément communiste. En 1999, il était toujours adhérent du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49914, notice GENIN Roger par Valérie Giron, Pascale Quincy-Lefebvre, version mise en ligne le 23 avril 2009, dernière modification le 21 novembre 2020.

Par Valérie Giron, Pascale Quincy-Lefebvre

SOURCES : Deux entretiens en avril 1999 et un entretien en juillet 1999 avec Roger Genin. — Carte de combattant volontaire de la résistance. — Carte du combattant. — La Voix du Peuple, 10 août 1946. — État civil.

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