SANDREY Robert [SANDRÉ, Robert, Édouard dit]

Par Marie-Ange Rauch

Né le 17 février 1920 à Bordeaux (Gironde), mort le 26 mars 2008 à Bordeaux ; artiste interprète dramatique, lyrique et cinématographique ; président de l’Union des Artistes ; syndicaliste à la CGT : délégué général, président du Syndicat français des artistes interprètes (SFA).

Né dans un milieu modeste (son père est employé du gaz et sa mère est couturière), Robert Sandrey s’intéressa au théâtre grâce à un professeur de français. Élève du Conservatoire de Bordeaux, il envisagea un moment de devenir instituteur puis choisit le métier d’artiste interprète. Arrivé à Paris en 1943, il fut employé aux Chemins de Fer, et intègra L’Équipe, la troupe amateur créée par un cheminot, Henri Demay, en 1941, pour apporter aux cheminots et à leur famille l’ouverture la plus large possible sur le théâtre. Il s’est inscrit aussi au cours de Charles Dullin et décrocha un premier emploi au Théâtre de la Porte Saint-Martin en 1944 : il joua Luchaire dans la pièce La Victoire de Paris de Paul Nivois. À la fin des années 1940, R. Sandrey rencontra les milieux de l’opérette. D’abord fantaisiste, il devint premier comique.

À l’époque, il est habituel d’adhérer au syndicat en recevant sa première fiche de paie. Parrainé par Marcel Alba et René Dary, Robert Sandrey adhéra au Syndicat national des acteurs (SNA-CGT) créé à la Libération pour remplacer l’Union des Artistes, matrice historique des syndicats de comédiens (créée en 1917 pour le développement de l’entraide sociale et la défense des intérêts professionnels des artistes interprètes). R. Sandrey participa à l’organisation des cantines sociales et rencontra les grandes figures syndicales du théâtre et du cinéma (Marcel André, Raoul Marco, Gaston Séverin, Jean Toulout…) qui avaient à cœur de transmettre les valeurs de l’Union fondant l’unité de la profession : un même métier, celui d’artiste interprète, même s’il a différentes expressions (variétés, lyrique, cinéma, théâtre) ; une seule organisation qui assure la force en nombre.

Jeune militant, stagiaire du SNA, Robert Sandrey est intervenu très tôt dans les débats syndicaux. En 1948, au moment des débats provoqués par Force Ouvrière, il écrivit à Jacques Dumesnil (président du SNA), pour proposer un référendum. À l’Assemblée générale qui se tint à l’Opéra Comique, fortement marqué par l’intervention de Jean-Louis Barrault en faveur du maintien à la CGT, Robert Sandrey, en fidèle héritier des unionistes, prit la parole contre la scission afin de maintenir l’unité syndicale.

Robert Sandrey épousa Liliane Boudoux, contrôleuse des Impôts, le 12 novembre 1949. Il entra au cabaret La Grande Roue, ce qui lui permit d’entrer à l’ORTF, comme comédien dans différentes émissions de variétés. Après une tournée de 7 mois (L’Aigle à Deux Têtes, Le crime était parfait) au sein de la Compagnie des Quatre pour le service social de l’armée en Indochine, puis en Afrique, Robert Sandrey devint l’un de ses principaux animateurs du Cercle d’initiation syndicale du SNA avec Jacques Charby, René Renot, Jacques Mignot, Jean-Claude Massoulier, Milan Kepel, Michel Gudin, Jacques Vielle, Raoul Guillet … qui entendirent bien bousculer le conservatisme des anciens du SNA.

Dans les années 1950, il joua de petits rôles au cinéma dans Crainquebille de Ralph Habib et Piédalu député de Jean Loubignac en 1953, Le Crâneur de Dimitri Kirsanoff en 1954, Cette sacrée gamine de Michel Boisrond, Une fille épatante de Raoul André, L’Inspecteur connaît la musique de Jean Josipovici en 1955… Au moment de la scission du SNA en 1957, Robert Sandrey rallia le Comité national des acteurs (CNA) aux côtés de Gérard Philipe, avec Jean Darcante, Roland Ménard, François Perier, Simone Renant, Bernard Blier…, qui choisirent de quitter momentanément la CGT pour imposer un renouvellement de la direction syndicale. Mais R. Sandrey se déclara volontiers « agent double », une fois encore très préoccupé d’un retour à l’unité syndicale qui donna naissance au Syndicat français des acteurs (SFA-CGT) en 1958.

R. Sandrey entra au nouveau conseil syndical comme secrétaire de la branche Variétés. Après la mort de Gérard Philipe*, il fut choisi comme premier délégué général en juillet 1960. Il avait fort à faire pour impliquer, autant que faire se peut, Jean-Paul Belmondo, que le SFA a choisi comme président (1963-1966), dans le fonctionnement ordinaire du syndicat. R. Sandrey devint également le secrétaire de la branche théâtre de la Fédération nationale du spectacle CGT. Ce double mandat correspond à deux difficultés : développer davantage le SFA en province et inciter les différentes catégories professionnelles à se rapprocher les unes des autres au sein de la Fédération pour élaborer leurs revendications.

Pendant la crise de 1968, Robert Sandrey, dut gérer un malaise qui dépassait largement la revendication salariale. La pensée unioniste, sa profonde connaissance de la profession lui dictèrent une attitude empreinte d’un paternalisme bienveillant. En proie à la contestation gauchiste, il fit preuve d’une souplesse extrême vis-à-vis des artistes les plus contestataires (« ensemble n’est pas synonyme d’unanimité ») et parvint à préserver un syndicat des artistes interprètes puissant. Il demeura délégué général du SFA jusque 1976, puis en devint le président jusque 1982. En 1984, à la demande de Jack Lang, ministre de la culture, R. Sandrey rédigea un rapport qui esquissait les lignes d’une solution à la crise de l’emploi intermittent.
Robert Sandrey a été également administrateur de plusieurs organisations professionnelles et/ou sociales telle l’ADAMI qui veillait sur la gestion des droits des artistes interprètes (de 1968 à 1973) ; il a été vice-président de la Caisse autonome professionnelle de retraite de l’industrie cinématographique des activités de spectacle et de l’audiovisuel (CAPRICAS), de l’Union sociale du spectacle (USS). R. Sandrey, qui avait exercé son métier d’artiste interprète, dans des genres (lyrique, dramatique, cinématographique) et des lieux de spectacle très différents, connaissait parfaitement l’histoire de la décentralisation dramatique qu’il avait accompagnée syndicalement à partir de la création des maisons de la culture. Homme de dialogue, il était estimé par les hauts fonctionnaires du ministère de la culture en charge du théâtre et de l’action culturelle (Émile-Joseph Biasini, Guy Brajot…) et par les dirigeants des autres Fédérations du spectacle qui comptaient avec son savoir-faire et sa mémoire pour les négociations difficiles. Il aimait fréquenter les théâtres privés parisiens, où il était reçu comme un ami par les directeurs.

Robert Sandrey a consacré plus de cinquante années, qui lient activités professionnelles et syndicales à la défense des artistes interprètes. Président de l’Union des artistes de 1999 à 2004, il fonde avec Jacques Mignot (militant du SFA), Michel Gautherin (Délégué général) et le soutien du ministère de la culture, le Comité d’histoire de l’Union des artistes afin d’assurer la transmission de l’histoire des organisations collectives sociales et syndicales, prévoyant que cette initiative qui commençait par l’histoire du SFA, inciterait les diverses organisations sociales des artistes (ADAMI, AUDIENS, MAPS…) à protéger leurs archives et lancer des travaux sur leur propre histoire.

Atteint d’un cancer, il demeura, jusque dans les dernières semaines de sa maladie, préoccupé par l’avenir du SFA, dont il restait un acteur et un témoin militant.
Il était titulaire de la Médaille de vermeil du mérite civique, et était officier des Arts et Lettres, chevalier de la Légion d’Honneur, chevalier du mérite national.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49953, notice SANDREY Robert [SANDRÉ, Robert, Édouard dit] par Marie-Ange Rauch, version mise en ligne le 25 avril 2009, dernière modification le 7 septembre 2015.

Par Marie-Ange Rauch

ŒUVRE : « Notre camarade Gérard », avec Bernard Blier, Jean Darcante, Fernand Gravey, Louis Arbessier, in Gérard Philipe, souvenirs et témoignages, recueillis par Anne Philipe et présentés par Claude Roy, Gallimard, col. L’air du Temps, 1960, pp. 259-266. ; La vie d’artiste, du mythe à la réalité, sous la direction de Robert Sandrey, ouvrage collectif signé par le SFA, EPI-SFA, 1974, 207 p. ; Robert Sandrey., “ Les acteurs, notes d’un syndicaliste ”, in 1968, Le Tournant, la décentralisation théâtrale tome 4, sous la direction de Robert Abirached, Actes Sud papiers, 1994, pp. 119-131. ; Robert Sandrey, “ Origines et tribulations ” in Le Gala de l’Union des Artistes, photographies de Daniel Lebée, Paris Musées/Musée Carnavalet, 2006, pp. 10-11.

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Saint-Denis : fonds Syndicat Français des artistes interprètes (CGT) 1917-1997, 175 J. ; fonds Gala de l’Union des Artistes. 1923-1981, 183 J. — Marie-Ange Rauch, Le bonheur d’entreprendre, enquête sur le rôle des anciens administrateurs de la FOM dans la construction du Ministère de la culture, La Documentation Française/Ministère de la culture. 1998. — Marie-Ange Rauch, De la cigale à la fourmi, histoire du mouvement social et syndical des artistes interprètes 1917-1960, Éditions de l’Amandier, 2006. Postface de Robert Sandrey, pp. 355-363. — Marie-Ange Rauch, Le théâtre en France en 1968, crise d’une histoire, histoire d’une crise, L’Amandier, 2008.

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