FOUILLOUX Georges [THOMAS Georges, Pierre, Théodore, dit]

Par Claude Pennetier

Né le 30 janvier 1902 à Clamecy (Nièvre) ; ajusteur-outilleur, représentant de commerce ; secrétaire de la région communiste du Nord-Est en 1929 ; secrétaire de la section agraire du Parti communiste en 1932 ; élève à l’ELI à Moscou.

Le père de Georges Thomas, fils de paysans, fut d’abord instituteur, mais il abandonna cette profession car « il ne voulait pas se plier aux exigences religieuses » (selon l’autobiographie de décembre 1931) existant encore à la veille de la séparation de l’Église et de l’État, et il devint ouvrier électricien. Il mourut en 1921 des suites de guerre et sa veuve, fille de parents petits commerçants, tint jusqu’en 1929 un petit restaurant à Nevers pour pouvoir élever les trois filles cadettes. Elle fit ensuite quelques ménages avant d’être à la charge de ses enfants. Georges Thomas alla à l’école primaire jusqu’au certificat d’études et la quitta en 1915 pour entrer en apprentissage dans l’atelier de réparations d’une papeterie jusqu’en août 1918. Il y apprit la mécanique générale et commença à travailler dans diverses entreprises où selon les embauches, il fut ajusteur, fraiseur, tourneur ou monteur. En 1919, alors qu’il était monteur en locomotives à Nevers il participa à sa première grève et fut, à dix-sept ans, membre du comité de grève. Il participa également à celle de 1920 en liaison avec les cheminots. Il affirmait avoir été orienté par son père vers la lutte des classes et, la mort de celui-ci l’ayant obligé à assurer seul la subsistance de sa famille, avoir ressenti une haine du régime qui l’amena au mouvement révolutionnaire.

Georges Thomas avait adhéré en janvier 1920 au syndicat mais, en 1921, il fut chassé avec d’autres jeunes de la Bourse du travail pour s’être opposé à la motion Dumoulin* et il passera l’année suivante au syndicat unitaire des métaux. En juin 1921, il adhéra aux Jeunesses communistes. En 1922, il fut incorporé à Nevers et parvint à constituer une cellule dans son régiment (le 13e RI). Une campagne anti-militariste aboutit à son envoi dans la Ruhr occupée pendant six mois. Pendant son service, il fut en rapport avec Marius Magnien*. Il était caporal d’infanterie.

À son retour, en 1923, il adhéra au Parti communiste, participa activement à la campagne électorale de 1924 et fut renvoyé de son usine pour son activité politique. Mis à l’index, il quitta Nevers pour Vierzon (Cher) et devint placier en machines à coudre Singer. Une fois de plus, il fut licencié après la grève politique d’octobre 1925 lors de la campagne contre la guerre du Maroc. Toujours dans les JC jusqu’en 1926, il fut secrétaire de cellule et trésorier de l’Entente où il était membre du Comité. Il fut chargé par le Comité central de la JC de faire une enquête sur la paysannerie française qui dura de 1925 au début 1926.

Il fut alors envoyé par le PC à l’école léniniste internationale (en mai ou juin 1926 selon ses deux autobiographies, mais une note du PC de l’URSS datée du 26 octobre 1928 indique qu’il fut membre du PC bolchevique dès mars 1926). Il fréquenta, à Moscou, Maurice Thorez* et Marius Magnien. Il revint d’URSS en août 1928. On peut donc penser qu’il a été présent en URSS de février 1926 à août 1928, soit trente mois. Les appréciations qui sont alors portées sur lui sont d’un grand intérêt :
« Léninisme (Maïorsky).

Capacité : supérieure à la moyenne. Assimile les matériaux rapidement. Sait réfléchir seul. Mais dans sa réflexion il y a un certain déséquilibre, tendance aux conclusions hâtives. Transparaissent certains éléments « à paraître original ». Mais dans l’ensemble à un degré moindre et peuvent être corrigés.

Activité : est assez suffisante. Parfois même trop, car ses manifestations ne sont pas toujours justifiées. Prépare ses cours consciencieusement avec un vif intérêt.

Succès, c’est-à-dire la capacité d’assimiler la matière est tout à fait satisfaisante. Des lacunes, sans doute existent, mais elles sont presque inévitables dans nos conditions. A beaucoup progressé durant les cours.
Peut être utilisé dans le travail théorique de propagande et dans la pratique. Mais pour l’un et l’autre, il doit encore grandir, « mûrir ». Une fois mûr, il pourra faire beaucoup.

Histoire du matérialisme (Roudash)

Capacité : bonne. Assimile bien la matière. Des éléments d’autonomie. Appliqué.

Activité : grande. Se manifeste très souvent et exploite toutes les possibilités pour évoluer. Beaucoup d’intérêt pour la matière.

Succès : beaucoup. Analyse les matériaux.

Utilisation. Au poste de responsable de propagande ou d’organisation.
Histoire du Mouvement ouvrier (Kabaktchiev) [seule évaluation rédigée en français]

Capacité : Capacité de compréhension et d’assimilation du matériel suffisante, il n’a pas manifesté des données pour développement théorique ultérieur.

Activité : Activité académique suffisante. Il participe régulièrement aux discussions dans les conférences et aux consultations, mais il ne manifeste pas un intérêt suffisant pour pénétrer dans les problèmes discutés, les bien étudier et approfondir.

Succès : passable ; il connaît la matière plus ou moins suffisant [suffisamment], mais il lui manque la connaissance nécessaire pour traiter les questions de manière indépendante et approfondie ; les mêmes défauts il manifeste à l’égard des questions d’actualité ; le niveau théorique [est] médiocre.

Fermeté de conviction et d’attachement au parti. Moyen.

Peut-être utilisé à un travail de propagande et d’organisation.

Économie mondiale et Économie politique (Segal)

Assez actif (plus au début de l’année que vers la fin). Participation fréquente dans les discussions. Se préparait bien aux cours. Faisait des exposés. Peut analyser seul les matériaux. Aborde les questions avec un sens critique. Réfléchi, peut analyser assez profondément le problème. A bien assimilé le cours.

Tout à fait ferme dans le domaine théorique. Pour le reste je connais peu F., mais je suppose, d’après toutes les données, qu’il est bon pour le travail de responsabilité, mais sous une bonne direction.

(Histoire du PCb) [en français].
Montre une grande activité. Aime à participer. Sans doute connaît la matière et essaye de l’analyser par lui-même. Cependant, il y transparaît une certaine immaturité. Ses exposés sont parfois trop longs et confus. Dans certaines questions il y a des lacunes. Dans l’ensemble il peut être classé parmi les « bons ». Avec un travail sérieux et intensif on en tirera beaucoup d’efficacité. A beaucoup progressé durant les cours.

(Économie politique) [en français] :
Grande activité. Travaille avec application. Une certaine confusion, il a un fort héritage français 4 phrases d’expressions imprécises. Mais capable et appliqué. A assimilé la matière certainement.
Appréciation académique de la commission.
(texte en français).

Capacité : élevée.
Activité : pleinement satisfaisante.
Succès : bons.
Peut travailler indépendamment. »

Lors de la discussion finale sur l’expérience du 1er contingent français à l’ELI, Fouilloux déclara : « Au point de vue de l’internationalisation, il faut une liaison bien plus sérieuse avec nos partis respectifs et une transmission collective des expériences entre les étudiants. Il faudrait aussi que les organes du Komintern soient beaucoup plus liés avec l’école. On pourrait organiser la liaison avec les principales organisations internationales de façon à avoir ici une ou deux réunions par mois avec ces organes.
À l’intérieur de l’école, je pense qu’il faut étudier la question d’une meilleure liaison entre les étudiants, pour la connaissance réciproque des camarades. »

À son retour de Moscou, la direction chargea Georges Fouilloux (son pseudonyme après mai 1926) du secrétariat de la Région Nord-est (départements : Marne, Aisne, Ardennes) qu’il trouva, selon lui, en pleine décomposition. Il y succédait à Pierre Lareppe* et il écrivait des articles dans L’Exploité, le journal de la Région. Il attribuait à son action la consolidation de la région et le succès des grèves de Reims dans le bâtiment, le textile et chez les ouvriers du bois (celle des produits chimiques fut moins heureuse). Le syndicat unitaire du Bâtiment serait alors passé de 30 à 600 membres et l’Union locale de 150 à 1 500 !

Georges Fouilloux fut délégué au 6e congrès national de Saint-Denis où il intervint les 1er et 5 avril 1929, se déclarant en désaccord avec certains aspects du rapport de Pierre Semard* et critiquant l’opportunisme. Pourtant dans son autobiographie de septembre 1938, il imputa à Celor* les difficultés au sein de la région Nord-Est qui provoquèrent, à la suite de divergences tactiques, son élimination du secrétariat régional où il fut remplacé par Lucien Sampaix*. À son retour à Paris, déprimé, il retourna en usine comme ajusteur dans une petite entreprise d’une quinzaine d’ouvriers à Montreuil. Au lendemain du 1er août 1929, il aurait été prié d’entrer à la direction du 1er rayon mais il fut éliminé trois mois plus tard « sans savoir pourquoi ». Il tenta de voir Thorez en 1930 à la prison de la Santé mais ce dernier qui recevait la visite de Benoit Frachon*, ne le rencontra pas. Au début de 1931, il quitta Montreuil pour entrer à l’usine Levasseur (aéronautique) où il forma un comité d’usine.

En août 1931, Fouilloux fut appelé par le secrétariat du parti pour collaborer comme permanent au travail paysan. Il avait alors pour compagne Jeanne Jobic, une enfant naturelle orpheline de vingt ans ayant travaillé dans la verrerie, le tissage, la teinturerie et l’appareillage électrique. Il l’avait connue lors des grèves textiles de Reims, elle était sympathisante au parti, plutôt anarchisante.

Comme permanent, il assurait avoir travaillé « au redressement » de la Fédération unitaire de l’agriculture en ramenant son siège à Paris et en désignant un secrétaire plus actif. Il écrivit une brochure et constitua des syndicats d’ouvriers agricoles dans le Cambrésis.

La circonscription de Sancerre (Cher) n’ayant pas de candidat après les sanctions prises contre le dirigeant traditionnel du Sancerrois Émile Lerat*, le Parti communiste présenta Fouilloux aux élections législatives des 1er et 8 mai 1932. Assez mal accueilli par les militants locaux, des vignerons et des artisans attachés à Émile Lerat, il obtint de faibles résultats : 10,1 % des voix des électeurs inscrits au premier tour, 2,4 % au second tour (Lerat avait obtenu en 1928 : 23,6 % et 15,9 %).

En 1933 il s’occupa de la La Voix paysanne et pendant deux ans, il en assura seul la parution, la direction, l’administration, la rédaction des articles politiques et la mise en pages du journal. Il se chargea de l’organisation des paysans travailleurs, préparant le congrès national de 1934. Il fut membre du bureau de la CGPT en 1934-1935. Il eut, début 1934, un « léger accrochage » avec Maurice Thorez. D’autres militants ayant été appelés à la section agraire, il quitta son poste de permanent.

Georges Fouilloux créa en 1935 le Service des Vins de la La Voix paysanne qui était sous le contrôle du parti mais la section agraire lui demanda l’année suivante de l’exploiter pour son propre compte. Il devint donc alors négociant de vins en gros établi au boulevard Magenta et adhérait en 1938 à la Confédération du petit commerce. Il assura plusieurs réunions pendant les élections législatives de 1936 à Paris et dans la circonscription d’Émile Dutilleul*. Son nom apparaît encore dans la direction de la CGPT élu au congrès de Montluçon (Allier) en janvier 1937. Le 15 juin de la même année, il épousait Renée Fréaud, militante communiste, qui avait conservé le nom de son premier mari : Mirande. Renée Mirande était avocate à la Cour, spécialisée dans les questions agricoles. Avocate de la Fédération unitaire de l’agriculture, elle collaborait à l’Humanité (rubrique : Nous, de la terre), à La Terre et au Paysan. Membre du Conseil juridique de l’Union des syndicats, elle était aussi adhérente du PC. Elle avait une fille de son premier mariage et ils eurent ensemble un garçon (qui avait cinq mois en septembre 1938). Le père de Renée Mirande était lui-même avocat et Fouilloux le jugeait farouchement réactionnaire ; sa mère, russe d’origine, était la fille d’un médecin rallié aux Soviets et mort à Leningrad. Membre du premier noyau du Front national des juristes, elle fut arrêtée en mars 1943 puis déportée en Allemagne.

Fouilloux apprit à connaître les principes et la législation du droit rural. En 1938, bien que membre du bureau de la CGPT, il laissait entendre qu’il n’était plus invité à travailler au travail paysan et que son activité se limitait à ses réunions de cellule. Dans son autobiographie de septembre 1938, il concluait en se considérant « suffisamment âgé pour tenter de s’apprécier lui-même ». Ayant fait beaucoup de propagande il jugeait « que la propagande qui ne se traduit pas par une organisation est une propagande erronée ; lorsqu’elle tente à affaiblir ou désagréger l’organisation, elle est criminelle ». Il aurait quitté le parti à cette époque.

Divorcé en 1953, remarié le 12 octobre 1953 à Paris XIIe arr. avec Denise Didier. Divorcé en 1961, il se remaria le 6 décembre 1972 à Nevers avec Marie-Jeanne Sanial.

En 1974, Georges Thomas quitta Nevers pour Quissac (Gard). Nous n’avons pas trace de son militantisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49970, notice FOUILLOUX Georges [THOMAS Georges, Pierre, Théodore, dit] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 26 avril 2009, dernière modification le 16 juin 2009.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13104. — Arch. Dép. Cher, 20 M 46, 25 M 128. — L’Exploité, 1929. — L’Émancipateur, 1932. — Cahiers du Bolchevisme, août 1932. — État civil de Clamecy, 30 mai 1984 : pas de mention de décès. — Renseignements communiqués par la mairie de Nevers le 18 septembre 1984. — RGASPI, Moscou, 495 270 854 (autobiographie dactylographiée (31 décembre 1931), biographie (réponses aux questions de 1 à 76) manuscrite du 10 septembre 1938. — Notes sur l’ELI, transmises par Sylvain Boulouque. — Notes de René Lemarquis.

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