ESTÈVE Jean

Par Nicolas Palluau

Né le 9 mai 1920 à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine), mort le 9 janvier 1999 à Blieux (Alpes-de-Haute-Provence) ; philosophe, éclaireur et chef d’établissement ; militant de l’éducation populaire.

Jean Estève naquit à Neuilly et passa sa jeunesse à Orange (Vaucluse). Sa mère était institutrice. Son père Armel était entrepreneur, secrétaire de section SFIO et vice-président départemental de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). La famille dans le culte patriote et républicain de grands parents réfractaires au coup d’État de 1851. Fondateur du Sou des écoles laïques d’Orange, Armel Estève lança en 1933 la troupe des Éclaireurs de France. Il en présida le comité issu de la bourgeoisie libérale. Ses fils Jean et Pierre vivaient les équipées scoutes aux côtés d’autres élèves du collège. En 1937, Jean Estève fut admis en khâgne à Lyon. Élève de Jean Guitton, il fut le condisciple de Louis Althusser. Il passa ses loisirs à la Croix-Rousse dans une troupe éclaireur où il fut totémisé « Hibou esthétique » avant de suivre le camp-école de chef à Cappy. À la déclaration de guerre, il s’inscrivit en faculté de philosophie à Aix-en-Provence. Il prit de nouveau la tête des EDF. La défaite de 1940 le bouscula jusqu’à Carcassonne. Il y entendit l’appel du 18 juin et écrivit sans succès au consul britannique de Sète pour continuer la lutte.

En 1941, Jean Estève fut requis aux Chantiers de Jeunesse à Méounes dans le Var. Il entama en novembre 1942 la préparation de l’agrégation de philosophie à Lyon. Au printemps 1943, des contacts à la faculté et le refus du STO le poussèrent avec sa jeune épouse vers la clandestinité. Au sein des Mouvements Unis de Résistance qu’il rejoignit, Jean Estève rencontra l’officier Robert de Soulage, Sarrazac, organisateur du projet Périclès de formation des cadres des maquis. Il devint Stéphane et implanta en Haute Provence près de Barrême le maquis-école La Lavanderaie de la région R2. Une solide formation civique y compléta l’entraînement physique et militaire. L’officier martiniquais Pierre Rose succéda à Jean Estève quand ce dernier fut affecté aux équipes volantes de formation. Arrêté par des miliciens à Paris en avril 1944, il subit des tortures avant sa déportation à Dachau. Il y côtoya d’autres résistants parmi lesquels le militant laïque Georges Lapierre et le catholique Edmond Michelet avec qui, à la libération du camp, il organisa le retour des déportés français et espagnols.

En octobre 1945, le commissaire général des EDF Pierre François demanda à Jean Estève de prendre la direction de la branche des 11-15 ans, fonction qu’il remplira jusqu’en 1951. En 1961, il fut appelé par le président des EDF, l’inspecteur général Louis François, à succéder au commissaire général René Duphil. Il resta huit ans à la tête d’une association en expansion (loisirs d’adolescents, camps d’handicapés, formation de cadres et d’enseignants, techniques nouvelles). Estève siégea au Haut Comité de la jeunesse aux côtés d’autres dirigeants de l’éducation populaire tel Joseph Rovan, dirigeant de Peuple et Culture et ancien de Dachau. Il prit une part active aux instances inter-associatives où se retrouvaient des mouvements de différentes tendances en cette période de nécessaire révision de leur action et du besoin de méthodes pédagogiques nouvelles. Ensemble, dans ce temps de coopération avec la puissance publique et d’élaboration d’une "politique de la jeunesse", ils affirmèrent leur volonté de maintenir l’originalité et la capacité inventive des associations et de leur autonomie par rapport à l’État. En 1964, la négociation sympathique et laborieuse des EDF avec la Fédération des Éclaireuses aboutit à intégrer sa section neutre. Jean Estève anima la nouvelle association laïque et coéduquée des Éclaireuses et Éclaireurs de France présidée par la biologiste Fernande Chatagner. En 1966, le Congrès de l’An II au lycée de Montgeron réunit 2000 responsables. Le terme de son mandat fut contemporain des événements du printemps 1968.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article49977, notice ESTÈVE Jean par Nicolas Palluau, version mise en ligne le 27 avril 2009, dernière modification le 28 septembre 2020.

Par Nicolas Palluau

SOURCES : Jean Estève. Un parcours engagé 1920-1999, Noisy-le-Grand, EEDF, 1999, 225 p. — Guillaume Poulet, L’école des cadres du maquis du Haut Jura, maîtrise d’histoire, université de Franche-Comté (dir. François Marcot), 1995, 136 p. — Thibault Tellier, Le temps des HLM 1945-1975. La saga urbaine des Trente Glorieuses, Paris, Autrement, 2007, 219 p. — Entretien de l’auteur avec Jean et Pierre Estève.

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