GEFFROY Pierre

Par Alain Prigent

Né le 16 novembre 1906 à Rennes (Ille-et-Vilaine) et mort vers 1995 ; ajusteur à la SNCF ; membre du CDL d’Ille-et-Vilaine ; secrétaire de l’UD CGT (1944-1952) ; membre du bureau fédéral de la fédération d’Ille-et-Vilaine du PCF (1944-1952) ; adjoint PCF (1945-1947) au maire de Rennes.

Titulaire du brevet élémentaire, Pierre Geffroy avait fréquenté les écoles laïques. Cheminot syndiqué à la CGT, cet ajusteur aux ateliers de Rennes adhéra aux JC en 1928, puis au PCF en 1934. N’ayant aucune responsabilité syndicale ou politique durant les années 30, il présenta un rapport de la cellule des cheminots en 1937.

Il fit son service militaire dans l’infanterie avec le grade de caporal. Pierre Geffroy reprit contact avec l’organisation communiste clandestine en 1940, devenant rapidement responsable de la répartition du matériel pour l’ensemble du grand Ouest. Sous le pseudonyme d’André, il était responsable du Front National en Ille-et-Vilaine en 1941-1942. Dans la même période, il fut aussi en charge de l’appareil technique du PCF clandestin, « chargé d’établir des relations avec les masses ».

Au début de l’année 1943, Pierre Geffroy fut affecté dans la région parisienne, sous le pseudonyme de Bourgeois. En 1944, il devint un des responsables « inter-technique » pour la même zone géographique, se faisant alors appelé Montvoisin. Il était en contact avec des responsables nationaux comme Robert Ballanger*, Georges Gosnat*, René Poirot* et Demay*.

Revenu en Bretagne en août 1944, il représenta la CGT au CDL en Ille-et-Vilaine, dirigé par le socialiste Charles Foulon*, remplaçant ainsi l’ancien conseiller d’arrondissement SFIO Honoré Commeurec* (Libération Nord) et Joseph Stenou*, tous deux arrêtés au début de l’année 1944.

En septembre 1944, Pierre Geffroy figurait dans la délégation spéciale qui géra la ville de Rennes, jusqu’à la tenue des élections municipales en avril et mai 1945. Le 13 mai 1945, il fut élu quatrième adjoint au maire de Rennes Yves Milon, doyen de la Faculté des sciences, qui menait une liste d’union des différents mouvements de résistance.

En compagnie de Jean-Roger Pérennez* et Dupuis, Pierre Geffroy était l’un des militants les plus en vue du PCF en Ille-et-Vilaine département. Il figurait en 5e position sur la liste communiste aux élections législatives de juin 1946 qui obtint 14.73 % des suffrages exprimés, permettant à Emmanuel d’Astier de la Vigerie* de siéger à l’assemblée constituante.

Au plan syndical, les unitaires devinrent majoritaires dans la CGT en Ille-et-Vilaine, supplantant le leader confédéré Ernest Chéreau*, secrétaire de l’UD entre 1911 et 1940, qui avait accepté un poste de conseiller municipal durant l’Occupation. Seule l’UL de Fougères, dirigée par Joseph Fournier* (1895-1974), resta fidèle aux orientations défendues par Léon Jouhaux*. Leader de la sensibilité communiste, Pierre Geffroy fut élu secrétaire de l’UD-CGT d’Ille-et-Vilaine en septembre 1944, restant en place jusqu’en 1952. Il avait comme adjoint Émile Guerlavas*, secrétaire de l’UL de Rennes, qui devint ensuite secrétaire de la fédération du PCF en remplacement de Dupuis*. Les effectifs de la CGT passèrent de moins de 10 000 adhérents à la fin de l’année 1944 à près de 30 000 militants en mars 1946, regroupés au sein de 204 syndicats. Sous la responsabilité de Pierre Geffroy, l’UD impulsa de nombreux rassemblements pour un meilleur ravitaillement, comme le 11 août 1945 à Rennes où les organisations syndicales regroupèrent plus de 12 000 personnes.

Début juin 1946 s’ouvrit à Rennes le procès de Léon Renard*, cheminot de Rennes, dont la trahison en août 1943 avait provoqué des dizaines d’arrestations de résistants communistes dans l’ensemble des départements de l’Ouest de la France, particulièrement dans les Côtes-du-Nord et en Loire-Inférieure. Pierre Geffroy y fut cité par la défense comme témoin à décharge de Léon Renard, un de ses anciens compagnons aux Ateliers de Rennes. Ce dernier avait la responsabilité de l’organisation clandestine des cheminots communistes rennais en 1941-1942, avant d’être affecté à Saint-Brieuc pour y remplacer un autre cheminot Antoine*, sans doute exécuté par l’organisation clandestine en janvier 1943. Pierre Geffroy eut un dernier contact avec Léon Renard en 1943 au Mans, quelques mois avant son arrestation. René Poirot*, secrétaire de l’union syndicale CGT des travailleurs de la métallurgie, qui témoigna aussi lors de ce procès, indiqua à la section nationale des cadres du PCF que Pierre Geffroy avait eu « une attitude déplorable, n’ayant porté aucune accusation contre Renard » lors de son audition au tribunal. Dans un premier temps, la mise à l’écart de Geffroy fut envisagée par la direction communiste, mais lors de la conférence fédérale de septembre 1946, il fut confirmé dans ses fonctions au bureau de la fédération d’Ille-et-Vilaine, entraînant aussi son maintien à la tête de l’UD-CGT.

En 1947, Pierre Geffroy ne fut pas reconduit dans son mandat municipal. La fin de l’année 1947 fut d’ailleurs particulièrement mouvementée. Malgré le rejet de la grève par les ouvriers des Ateliers de Rennes, le réseau ferroviaire fut paralysé par les ouvriers, répondant aux mots d’ordre d’action de la CGT. La police intervint le 3 décembre 1947 pour libérer les voies occupées par 1 500 manifestants. De nombreux cheminots furent révoqués suite à ses actions, dont le futur secrétaire de l’UL de Rennes, Robert Métayer*.

La femme de Pierre Geffroy (s’agit-t-il de R. Geffroy qui fait partie des réseaux UFF ?) fut à l’origine du nom du journal Ouest-Matin, dirigé par l’intellectuel catholique Henri Denis* entre 1948 et 1956.
En mai 1948, le secrétaire fédéral du PCF, Dupuis indiquait dans son rapport à la direction nationale que Pierre Geffroy « avait un bon esprit de parti », arguant notamment du fait que « sous sa responsabilité l’UD avait maintenu ses effectifs après la scission passant de 37 000 à 35 000 adhérents ».

En 1952, Pierre Geffroy abandonna toutes ses responsabilités syndicales dans des circonstances qui restent encore à éclaircir. D’après le témoignage de Robert Métayer, il ne fit pas état de désaccords avec la direction de la CGT mais décida de se retirer de lui-même. La CGT comptait alors encore 11 000 adhérents, parmi lesquels 1 500 étaient aussi des militants ou sympathisants communistes. Le relais fut pris par Simone Guerlavas*, à la tête de l’UD CGT d’Ille-et-Vilaine entre 1952 et 1971. L’emprise des réseaux CGT sur les mondes ouvriers était remise en cause par la CFTC, conduite par Léon Grimault* et Robert Duvivier*, mais aussi par les structures FO d’André Cahn* et Noël Eliot qui s’implantait durablement dans les milieux de la fonction publique notamment.

Pierre Geffroy ne réintégra pas la SNCF après 1952, se recyclant comme représentant de commerce. Ayant visiblement pris ses distances, on ne retrouve aucune trace d’une activité militante de Pierre Geffroy, par la suite. Lors de ses obsèques, aucune allocution à caractère syndicale ne fut prononcée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50011, notice GEFFROY Pierre par Alain Prigent, version mise en ligne le 28 avril 2009, dernière modification le 3 juillet 2009.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. du comité national du PCF (notice biographique du 17 août 1945) . — Arch municipales de Rennes 1D180. — Arch. d’Ille-et-Vilaine 213W68, dossier de la Cour de Justice de Rennes, Procès Léon Renard, juin 1946. — Entretien fin avril 2009 avec Robert Métayer, secrétaire de l’UL de Rennes de 1950 à 1976. — Jacqueline Sainclivier, « La CGT en Ille-et-Vilaine », Claude Geslin (dir.), La CGT en Bretagne, in Les Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, N° 102, 1995. — Notes de François Prigent.

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