FIÉ Arsène, Célestin

Par Jean Maitron, Justinien Raymond

Né le 31 octobre 1869 à Myennes (Nièvre) ; mort le 28 mai 1968 à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) ; docteur en médecine ; militant et élu de la démocratie, républicain-socialiste, il adhéra au Parti socialiste SFIO ; conseiller général (1907-1964) et maire de Saint-Amand (1910-1945), député de la Nièvre (1924-1942), président du conseil général de la Nièvre (1945-1949).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Arsène Fié, issu d’une famille d’artisans, naquit à Myennes où son père s’était installé comme artisan-bourrelier à son retour de compagnonnage à travers la France. Il fit ses études primaires dans sa bourgade natale puis des études secondaires et médicales à Paris. Docteur en médecine, externe des hôpitaux, à vingt-quatre ans, il ouvrit un cabinet de médecine générale à Saint-Amand-en-Puisaye. Comme beaucoup de ses confrères de la fin du siècle dernier, ses origines et sa situation modestes, sa formation scientifique en firent un fervent adepte du régime républicain auquel il demandait la pleine réalisation de la justice sociale, en se disant républicain-socialiste. Comme beaucoup aussi, il fut poussé dans l’arène électorale. Le 28 juillet 1907, il fut élu conseiller général de Saint-Amand. En 1908, il entra au conseil municipal et, deux ans plus tard, devint maire de la ville. Il entreprit immédiatement une action d’envergure : combattre le chômage des bûcherons par l’organisation de chantiers de construction, réparation des chemins ruraux et des ponts, organisation des transports en commun et aménagement d’une usine électrique. Âgé de quarante-cinq ans lorsqu’éclata la Première Guerre mondiale, le Dr Fié fut appelé à diriger, de 1914 à 1918, l’hôpital temporaire de la 8e région militaire à Saint-Amand. En 1919, il créa, dans la Nièvre, une section de la « Ligue de la République » et fut secrétaire de la fédération radicale-socialiste de la Nièvre.

Après une candidature malheureuse au Sénat lors d’une élection partielle et alors qu’il était devenu vice-président du conseil général, Arsène Fié figura comme Républicain-socialiste en 1924 sur la liste du Cartel des gauches menée par le socialiste Jean Locquin et qui enleva tous les sièges avec 28 206 voix sur 70 628 votants. Il siégea au groupe des « Républicains-socialistes et socialistes français », présida la commission d’Assurances et Prévoyance sociale et s’attacha aux problèmes de sa compétence : retraite des vieux et révision de la loi de 1898 sur les accidents du travail. En 1926, il donna son adhésion au Parti socialiste SFIO, justifiant ce geste dans La Tribune du Centre (1re semaine de novembre) par son désir d’échapper aux dangers des partis d’individualités, sans discipline. Il écrivait : « La fidélité à mes convictions, trente ans de services pour les idées démocratiques et le respect des engagements librement consentis le 11 mai 1924, me font un devoir de me rallier au Parti socialiste, parti homogène, à une heure où M. Poincaré, ramassant toutes les forces de conservation sociale et de réaction […] entend mener à bien la lutte pour la restauration du franc et le règlement des dettes interalliées sur le dos des classes moyennes et ouvrières. »

C’est comme socialiste SFIO qu’il fut réélu député en 1928 dans l’arrondissement de Cosne. Sa profession de foi prend un ton doctrinal assez inattendu chez un néophyte, définissant la « Révolution sociale » comme la « transformation du régime de la propriété capitaliste d’aujourd’hui en propriété sociale de demain ». « Le socialisme, poursuivait-il, ce n’est ni la haine, ni le vol, ni la tuerie, ni l’émeute. C’est l’ordre substitué au désordre qu’engendre le système capitaliste… » Il obtint au premier tour de scrutin 5 168 voix contre 6 697 à Lebœuf, républicain de gauche et 3 072 à Bailly, communiste. Au ballottage, il l’emporta par 8 015 voix contre 7 271 à Leboeuf. En 1929, à la tribune de la Chambre des députés, il dénonça le scandale des profits illicites des sanatorias de la « Renaissance sanitaire » ; il obtint la nomination d’une Commission d’enquête et il la présida. Il participa à l’élaboration de la loi créant les Assurances sociales, présida la commission d’enquête des Assurances sociales en 1934 et se consacra à l’étude de l’assurance vieillesse. En 1932, il retrouva son siège de parlementaire. Sur 17 574 inscrits, il recueillit 6 165 voix derrière l’industriel Lallemand, candidat de droite (6 723) et devant le cheminot communiste Brodat (1 476). Il fut réélu au ballottage par 7 414 suffrages contre 7 234 et 331 à ses deux adversaires du 1er tour. Son appartenance à la Commission d’enquête sur l’Affaire Stavisky, dont il fut vice-président, le rapport qu’il présenta sur la mort suspecte du Conseiller Prince, attestent la place qu’il occupait au Parlement. Président de la Commission du Travail, il était rapporteur du budget du ministère. Aux élections législatives de 1936, il retrouva son adversaire de droite de 1932 qui le devança avec 6 182 voix contre 5 915 sur 17 274 inscrits, le communiste Barbot en recueillant 2 264. Comme candidat du Front populaire, il l’emporta au ballottage par 8 227 voix contre 6 495. Il devint Président du groupe parlementaire de défense des mutilés du travail.

Présent au milieu de ses administrés puis arrêté par les Allemands comme otage en raison d’incidents au camp de prisonniers, il était absent de Vichy lors du vote du 10 juillet 1940. Confirmé dans ses fonctions de maire, il ne prit pas part directement à la Résistance (il avait plus de 70 ans). Il se consacra à d’administration de sa commune et à sa profession. Il fut arrêté en 1941 comme président de la Ligue des droits de l’Homme mais rapidement libéré. Il devait l’être à deux autres reprises, la dernière le 23 juin 1944. Les RG notaient durant l’occupation qu’il observait « une prudente réserve » vis-à-vis de la politique du gouvernement mais ne lui « manifestait cependant aucune hostilité ouverte » Il s’efforça d’éviter le départ de jeunes en Allemagne, donna des soins médicaux aux jeunes du maquis et était en liaison avec les résistants socialistes de la région, Dagain, Vauthier, etc. Maintenu à la direction de sa commune, il fut confirmé à la Libération à ce poste et proposé pour le conseil général provisoire. Le congrès extraordinaire du Parti socialiste rénové tenu à Paris en novembre 1944 le maintint sans condition dans le Parti socialiste.

Arsène Fié ne se représenta pas à la mairie ni à l’Assemblée après la Libération, du fait de son âge. Mais il continua à jouer un rôle local essentiel durant de nombreuses années encore. Président du conseil général en 1945, il fut nommé Président d’honneur en septembre 1949. Un rapport des RG notait en mars 1949 : « Actuellement son grand âge ne lui permet plus de militer activement mais ses conseils sont encore suivis au sein du parti qu’il a représenté ». Il appartenait à la commission exécutive fédérale SFIO de la Nièvre et fut désigné comme président d’honneur du conseil général en 1956. Il siégea jusqu’en 1964 à l’Assemblée départementale et ne se représenta plus à cette date. Il avait rejoint le Parti socialiste autonome en 1959 et sans doute le PSU en 1960.

Il devait mourir sans sa ville de Saint-Amand dans sa 99e année.

Arsène Fié avait succédé au conseil général de la Nièvre à son beau-père, M. Moutheau, vieux républicain, radical et anticlérical. Il siégea, véritable record, cinquante-sept années à l’Assemblée départementale, créant le syndicat d’électrification de la Nièvre (SIEN) qu’il dirigeait encore en 1961, contribua à la réalisation de l’alimentation en eau potable et à l’équipement hospitalier du département. La fille d’Arsène Fié, Marguerite, née le 2 septembre 1907, adhéra au Parti socialiste SFIO dès ses études médicales à Paris. Elle fit carrière comme médecin fonctionnaire des Services antituberculeux publics du ministère de la Santé : sanatorias et dispensaires et termina comme médecin phtisiologue départemental de Seine-et-Marne. Elle fut conseillère municipale de Chelles de 1959 à 1965 puis, à la demande de ses camarades socialistes de la Nièvre, succéda à son père et fut conseillère générale du canton de Saint-Amand de 1964 à 1982. Elle vivait retirée à Saint-Armand-en-Puisaye en 1986.

Arsène Fié était officier de la Légion d’honneur et fut fait président d’honneur du conseil général où il battit le record de longévité en poste puisqu’il siégea de 1907 à 1964.

Franc-Maçon, il était affilié à la loge « Philantropie et Progrès » de Cosne, qu’il aurait quittée en 1934.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50025, notice FIÉ Arsène, Célestin par Jean Maitron, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 avril 2009, dernière modification le 2 juin 2009.

Par Jean Maitron, Justinien Raymond

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

SOURCES : AN-CARAN, F/7/15493 A, n° 2751, F/1a/3214, F/1a/3228, F/1cII/295. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. de l’OURS, dossiers Nièvre et dossier personnel. — Arch. A. Seurat. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires français, t. V, p. 1690-1691. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, juillet 1925-octobre 1928, octobre 1931, Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — La Vie socialiste, 13 novembre 1926 et 14 mai 1932. — PS-SFIO, Rapports du congrès de Paris, 1932. — Les Cahiers d’information du militant, n° 16, mai 1936. — Le Populaire, 17 janvier 1934. — Compte rendu du congrès extraordinaire des cadres du Parti socialiste, Paris, 9-12 novembre 1944. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 89. — Notes de G. Morin.

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