FAURE Christiane, Rose, Claire

Par Denise Barriolade

Née le 30 août 1908 à Oran (Algérie), morte le 7 février 1998 à Paris (XIVe arr.) ; enseignante ; à la tête de la direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire à la Libération ; militante de l’éducation et de la culture populaire.

Christiane Faure était la sœur de Francine Faure, future épouse d’Albert Camus. Elle obtint la première partie du certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire à Constantine en 1931, puis la seconde à l’Ecole normale supérieure en 1932. Elle fut nommée à Oran en 1933 où elle enseigna les lettres.

Elle refusa ouvertement d’appliquer les décrets portant statut des Juifs qui exigeaient de chasser les jeunes filles israélites des lycées et donna clandestinement des leçons à ces élèves à son domicile, 65 rue d’Arzeu. Cette confrontation avec les lois anti-juives se révéla déterminante dans sa vie professionnelle – elle n’imaginait pas continuer d’enseigner les Humanités après un tel événement – et militante. Ce doute consécutif sur la vertu du projet républicain d’instruction publique conduisit Christiane Faure à se tourner vers l’éducation des adultes (et des jeunes adultes) pour développer leur sens critique. Pour cela, il fallait, selon son expression, « faire culture de tout bois » et utiliser tous les moyens d’expression (théâtre, presse, radio, musique, arts plastiques…). Sa démarche consistait à d’utiliser pour cela la pratique culturelle et artistique pour mener un projet politique. Christiane Faure avait pour objectif principal que la formation culturelle des jeunes soit l’objet d’une politique publique, avec l’éducation populaire comme pédagogie.

Enseignant jusqu’en mars 1944 – sa demande régulière d’être mutée à Alger resta sans succès – Christiane Faure fut ensuite affectée au Commissariat à l’Éducation nationale et à la Jeunesse (Gouvernement provisoire) et détachée au Comité français de libération nationale dans le service de René Capitant. D’octobre 1944 à janvier 1946, elle fut affectée, à Paris, à la direction des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire auprès de [Jean Guéhenno->. Christiane Faure donna une impulsion très forte à l’action, fondée sur le concept d’éducation populaire, des instructeurs spécialisés recrutés par Christiane Guillaume et en augmenta le nombre. Elle demanda à rentrer à Alger, à la suite du rattachement de la direction à celle des sports et de l’EPS, qu’elle n’apprécia pas, pas plus que Jean Guéhenno.

À Alger, Christiane Faure fut nommée « faisant fonction » d’inspectrice des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. En dépit du peu de moyens dont elle disposait, on la vit très active sur le terrain, dans les colonies de vacances, les foyers ruraux, les maisons de jeunes. Elle soutint les pratiques artistiques comme moyen d’expression de la citoyenneté et particulièrement l’action théâtrale. Elle créa un théâtre inauguré avec les représentations d’une pièce de Pirandello, montée par la troupe de R. Deshouges de l’UFOLEA (Union française des œuvres laïques d’éducation artistique), et d’une œuvre de Feydeau jouée par Henri Cordreaux et sa femme.

Christiane Faure rentra à Paris en 1960 où elle fut nommée, pour ordre, au lycée Victor Hugo. Elle ne voulut pas enseigner et souhaita rejoindre Pierre Moinot, les services de l’éducation populaire étant alors intégrés au nouveau ministère d’André Malraux. Mais elle fut mise à la disposition du Haut-commissaire à la Jeunesse et aux Sports, Maurice Herzog, pour une mission d’inspection générale. Affectée auprès de Robert Brichet, sous-directeur de la Jeunesse et de l’Éducation populaire, Christiane Faure conduisit notamment, en 1961, une étude en vue de la création d’un centre d’études et de documentation de l’action culturelle avec Pierre Moinot, Michel Saint-Denis et Jean Rouvet. Ses qualités de jugement, son engagement passionné pour l’éducation populaire furent remarqués de tous ses supérieurs et particulièrement par Olivier Philip, directeur de cabinet de Maurice Herzog, qui lui accorda une grande confiance pour la représentation internationale de son administration.

De 1967 à la fin de sa carrière, Christiane Faure travailla avec Jean Maheu, directeur de la Jeunesse et des activités socio-éducatives, qui observa sa vaste culture, sa vive intelligence et sa forte personnalité.

Elle fut admise à la retraite le 30 août 1973 pour son 65e anniversaire juste après qu’on eut constaté in extremis que sa situation administrative (de nomination pour ordre en mises à disposition successives) n’avait jamais été régularisée ce qui risquait de la priver de toute pension.

Elle devint officier de la Légion d’honneur en 1973. elle fut inhumée à Lourmarin (Vaucluse).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50051, notice FAURE Christiane, Rose, Claire par Denise Barriolade, version mise en ligne le 2 mai 2009, dernière modification le 9 septembre 2022.

Par Denise Barriolade

SOURCES : Dossier professionnel au ministère de la Jeunesse et des Sports. — Notice de Franck Lepage in G. Poujol et M. Romer, Dictionnaire biographique des militants (XIX-XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 1996. — Geneviève Poujol, La création du ministère des Affaires culturelles (1959-1969), Paris, ministère de la Culture, 1993. — INJEP, L’Éducation populaire ou la culture en actions : les stages de réalisation, 50 ans d’aventure artistique (Actes du colloque d’Avignon), Marly-le-Roi, INJEP, 1997. — Entretien de Denise Barriolade avec Catherine Camus, nièce de Christiane Faure.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément