LECHEVALIER Édouard, Hippolyte, Georges

Par Yves Le Floch

Né le 14 janvier 1889 à Nantes (Loire-Inférieure), mort le 24 juillet 1942 en déportation à Auschwitz (Pologne) ; cheminot ; principal dirigeant communiste et unitaire de Cherbourg (Manche) ; maire communiste d’Achères (Seine-et-Oise) durant quelques mois à l’occasion d’une mutation dans cette ville entre 1926 et 1930.

Inscrit au carnet B, Édouard Lechevalier, qui était au début de 1921 le secrétaire général de la section communiste de Cherbourg, fut élu, le 3 avril de la même année, au premier comité fédéral de la Manche. Cheminot « démissionnaire » — et plus vraisemblablement révoqué — il était alors ouvrier serrurier à l’usine Schneider et résidait à Cherbourg. Secrétaire du syndicat unitaire des Métaux de la ville, il devint, à sa constitution, le 1er octobre 1922, secrétaire de l’Union départementale unitaire, abandonnant à cette occasion le secrétariat de la section communiste.

Quoique entretenant des relations cordiales avec les libertaires de la ville, Lechevalier soutenait fermement la ligne de la majorité confédérale et se montrait propagandiste fervent du front unique. Dénonçant l’opposition hostile à la Révolution russe et aux communistes, il se situait parmi ceux qui approuvaient l’ISR « du fond du cœur » (le Communiste du Nord-Ouest du 15 janvier 1923). Le congrès de liaison de la Fédération communiste de la Manche l’élut d’ailleurs au nouveau comité fédéral le 23 décembre 1923.

Réélu secrétaire général de l’Union départementale unitaire en 1923 et 1924, délégué au congrès national de 1923, il abandonna cette fonction en novembre 1924 à la suite de sa réintégration aux chemins de fer de l’État et fut remplacé par Condette.

Lechevalier fut en effet contraint alors de quitter Cherbourg et fut nommé au dépôt d’Achères (Seine-et-Oise). Toujours célibataire, il travaillait comme ajusteur aux chemins de fer et avait rejoint sur place les rangs du Parti communiste. Il était, en novembre 1926, administrateur de la caisse des écoles. Élu conseiller municipal le 4 septembre 1927 sur la liste communiste, à la suite de l’annulation des élections de 1925, il n’assista en tout et pour tout qu’à quatre séances du conseil. En raison de querelles internes au Parti communiste, les maires changeaient fréquemment et Lechevalier fut élu, le 21 novembre 1929, troisième maire d’Achères au cours de la même mandature. « Démissionné » pour « déviationnisme » le 4 novembre 1930, après un mandat sans éclat, il adressa sa démission au préfet et, sur sa demande, fut peu après nommé à Cherbourg par les chemins de fer de l’État.

Secrétaire de l’Union locale unitaire de cette ville dès février 1931, il reprit sa campagne de propagande pour le front unique, intervenant notamment dans de nombreuses réunions confédérées, mais dut, pour raison de santé, abandonner sa fonction, qu’il laissa à Mauger, vers mars 1933.

Candidat communiste aux élections législatives de mai 1932 dans la circonscription de Cherbourg, il ne recueillit que 312 voix (1,7 % des suffrages exprimés), soit un net recul par rapport au candidat de 1928 (429 voix). De nouveau candidat aux cantonales d’octobre 1934 à Cherbourg, il se désista pour le socialiste Civadier après avoir recueilli un bon score, inaugurant ainsi la nouvelle période qui s’ouvrait et dans laquelle il devait se sentir bien plus à l’aise. Ferme partisan de l’unité, il participa à la constitution du comité local de coordination PC-PS, le 9 novembre 1934. Ayant présidé, en qualité de secrétaire du rayon de Cherbourg, le 28 décembre suivant, une réunion publique où la SFIO avait été longuement attaquée par l’orateur invité — ce qui avait provoqué la gêne de l’auditoire et une riposte du socialiste Le Corre — Lechevalier critiqua sévèrement le lendemain, en réunion, ce discours, estimant qu’il allait à l’encontre des efforts des militants partisans de l’unité d’action.

La réalisation de l’unité syndicale semble l’avoir détourné de toute activité strictement politique, à l’exception de sa candidature aux élections législatives d’avril 1936, à Cherbourg, où il recueillit 1 100 voix, soit 6 % des suffrages exprimés. Longtemps partisan de l’unité dans le front unique, hors de la CGT, il constitua, au début de 1935, un comité de coordination réunissant le syndicat unitaire des cheminots — dont il était secrétaire — et une fraction du syndicat confédéré menée par Baudain, mais il se rallia peu après, et sans difficulté, à l’unité dans la CGT. Élu membre de la commission de contrôle du syndicat unifié des cheminots de Cherbourg, constitué à la fin de l’année, il fut mandaté, en novembre, au premier congrès de secteur qui l’élut délégué à la propagande.

Le congrès de l’Union départementale du 22 décembre 1935 l’élut à la commission administrative. Il devint un des principaux dirigeants de la CGT dans la Manche, très à l’aise dans les organisations unifiées au contraire de certains de ses camarades ex-unitaires. Choisi pour négocier, en compagnie de Lecouvreur, les accords avec l’Union commerciale en juin 1936, il fut par la suite constamment réélu — et à la quasi unanimité — à la commission administrative de l’Union départementale, accédant au poste de secrétaire adjoint en 1938 et 1939.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50066, notice LECHEVALIER Édouard, Hippolyte, Georges par Yves Le Floch, version mise en ligne le 3 mai 2009, dernière modification le 3 mai 2009.

Par Yves Le Floch

SOURCES : Arch. Nat. F7/13001, 13036, 13129, 13133, 13256, 13261. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossier 75. — Lettre du 22 janvier 1976 de Monsieur Roger Belis, maire d’Achères (Yvelines). — Jean Quellien, Les élections dans la Manche, étude de sociologie électorale (1919-1969). — CGTU, Répertoire des organisations adhérentes, 1923. — Le Populaire normand. — Le Communiste du Nord-Ouest. — L’Avenir de la Manche, 9 novembre 1922 et à partir de 1932. — Cherbourg-Éclair, 14 octobre 1934. — La Manche syndicaliste. — La Normandie populaire, 9 avril 1939. — État civil de Nantes.

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