NAVOIZAT Joseph, Victor, dit Marius

Par René Lemarquis

Né le 19 juin 1900 à Villefranche-sur-Saône (Rhône), mort le 8 juillet 1978 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; tourneur sur métaux puis charbonnier ; dirigeant du Parti communiste dans l’Aube.

Joseph Navoizat était le fils d’un employé de commerce et d’une ouvrière du coton. Son père était mort alors qu’il était enfant et sa mère, remariée en 1909, eut alors trois filles. Joseph Navoizat ne s’entendait pas avec ce beau-père « en raison de l’intempérance » de celui-ci. Il obtint son certificat d’études primaires après avoir fréquenté l’école laïque jusqu’à l’âge de douze ans et regretta beaucoup de devoir quitter immédiatement l’école malgré l’insistance du directeur, pour travailler. Il suivit seulement quelques cours de français et d’esperanto avant 1914. Il travailla alors à Villefranche-sur-Saône jusqu’en 1917, puis, en mauvaises relations avec ses parents, à Lyon comme tourneur sur métaux jusqu’au 20 août 1918, date à laquelle il s’engagea dans les troupes coloniales. Après une dernière tentative à Villefranche-sur-Saône il partit à Troyes le 22 mai 1922, rompant tout rapport avec sa famille.

Joseph Navoizat s’était syndiqué à la CGT en 1916 et passa à la CGTU avec son syndicat des Métaux en 1922. À Troyes, où il travaillait à la Société générale de Bonneterie, il suivait les meetings et manifestations communistes. Il adhéra au PC en avril 1924. Il fut successivement secrétaire de cellule en 1924, du rayon de Troyes en mai 1925, du Comité départemental de l’Aube en 1927 et du 1er octobre 1927 au 3 juillet 1928, secrétaire régional (région Troyenne). Il présida, entre autres en 1925 le meeting du 25 mai du Comité d’action contre la guerre du Maroc, celui du 8 août pour la libération de Bailly et celui du 5 septembre des Jeunesses communistes. En novembre et décembre 1925 il suivit à Clichy une école de deux mois.

En 1928, Joseph Navoizat eut un désaccord politique avec son parti à propos de la tactique classe contre classe lors des élections législatives craignant que, dans l’Aube, le maintien des candidats communistes ne profite à la réaction. Il fit partie d’une délégation, avec Henri Oudin et Marcel Cuny qui fut reçue au « centre » par Pierre Semard et François Chasseigne qui ordonnèrent de respecter la décision, ce qui ne sera pas fait dans la circonscription des Deux-Bars.
Délégué à la conférence nationale du PC du 17 juin 1928, il fut le premier orateur inscrit à prendre la parole après le rapport de Pierre Semard sur le front unique à la base. Il reconnut, comme secrétaire de la Région troyenne, que des fautes avaient été commises contre la discipline du parti qui avaient déjà été relevées lors de la conférence régionale du 4 juin, à propos du retrait de la candidature Edmond Dordé.

En 1937, revenant sur cet épisode, Joseph Navoizat déclarait : « Par la suite... il fut démontré que notre acte d’indiscipline était indigne de véritables communistes. Et c’est à partir de ce moment que j’ai compris que l’on ne pouvait considérer avoir raison contre le Parti quand bien même les apparences sembleraient démontrer le contraire au premier abord. »

Le 3 juillet 1928, Marius (puisque tel était le prénom qu’il adopta) Navoizat fut arrêté (avec Émile Andrès) en tant que gérant du Travailleur de l’Yonne et de la Côte d’or qui avait reproduit un article de La Dépêche de l’Aube, intitulé : « Ce que doit être l’action des réservistes ». Une manifestation organisée le lendemain regroupa, selon La Dépêche, 2 000 travailleurs mais la liberté provisoire lui fut refusée et le 27 juillet, il fut condamné à dix-huit mois de prison et 1 500 F d’amende.

Il fut en fait emprisonné à la maison d’arrêt de Troyes du 3 juillet 1928 au 3 janvier 1929 mais continua à militer à l’intérieur de la prison en lisant et écrivant pour La Dépêche de l’Aube. Il notait, en 1937, que sur les dix emprisonnés, il n’en restait que deux au Parti.
Le PC le présenta aux élections cantonales d’octobre 1928 contre le socialiste Camille Michaut qui l’emporta à Bar-sur-Aube. En 1930, Sylvan (voir Sylvan Péronnet) étant secrétaire régional, Marius Navoizat fut responsable à la rédaction de La Dépêche de l’Aube et s’opposa au groupe de René Plard. De nouveau secrétaire régional du parti en 1931, il fut appréhendé le 2 août alors qu’il vendait le quotidien communiste dans les rues de Brienne, à l’occasion de la venue de Tardieu au congrès des coopératives agricoles de blé.

Remplacé au secrétariat régional par Pierre Mongin, Marius Navoizat reprit en main l’administration de La Dépêche de l’Aube en août 1931. Lors de la crise de mars-mai 1932, il prit nettement position pour l’exclusion de René Plard, en accord avec Sylvan. Il fut présenté aux élections législatives d’avril 1932 dans la 2e circonscription de Troyes contre Émile Clévy. Il obtint 1 886 voix et se maintint au 2e tour contre le radical Gentin, recueillant 1 250 suffrages. En novembre 1933, il participa activement à la défense de l’imprimerie « L’Émancipatrice » contre Plard et devint vice-président du syndicat des actionnaires. Il rédigea alors une brochure intitulée La Vérité sur l’Émancipatrice dans laquelle il dénonçait « le coup de force de Plard » contre l’imprimerie qui avait été créée par les travailleurs de l’Aube pour assurer l’impression de leur quotidien la Dépêche de l’Aube.

Après le départ de Sylvan, il redevint secrétaire de la Région troyenne et signa en août 1934 le pacte d’unité d’action avec le PS et les « Amis du Rappel ». En mars 1934, en raison de ses activités syndicales et politiques, il connut la répression patronale et fut congédié de l’usine où il travaillait. Après plusieurs tentatives pour retrouver un emploi, et bien qu’il fût professionnellement très qualifié, il dut finalement se faire embaucher comme ouvrier charbonnier sur un chantier de Troyes. Il développa alors une intense activité syndicale parmi les ouvriers charbonniers inorganisés dont les journées étaient longues, harassantes et mal rémunérées. Grâce à la constitution d’une organisation syndicale, une convention collective, à laquelle Marius Navoizat participa activement, apporta après 1936 nombre d’avantages et améliorations dans les conditions de travail de cette corporation.
En octobre 1935, il se présenta aux élections cantonales dans le 3e canton de Troyes mais il fut devancé par Edmond Dordé des « Amis du Rappel » par 858 voix contre 830 et se désista pour lui au second tour.

Marius Navoizat négocia avec le PS et René Plard pour les élections municipales de mai 1935 mais, le projet de liste unique ouvrière ayant échoué, il dirigea une liste communiste qui obtint 1 958 voix (soit 16,8 % des voix contre 45,2 % à celle de Plard, pour laquelle il se désista). Ses rapports avec le nouveau maire de Troyes s’améliorèrent et il assista au congrès des « Amis du Rappel » d’avril 1935 où il prit la parole. Il se félicita que « les haines personnelles et néfastes disparaissent pour faire place à un sentiment de fraternité et de volonté commune ». Une élection complémentaire eut lieu pour le conseil municipal de Troyes le 10 mai 1936 ; seul candidat du Front populaire, il fut appuyé aux deux tours par le PS et au second seulement par Le Rappel (Plard y écrivit : « Marius Navoizat est un militant honnête et sincère. »). Il fut élu avec 3 036 voix au premier tour et 4 604 au second sur 15 300 inscrits et commença alors une action municipale intense, posant chaque semaine une ou plusieurs questions sur les problèmes locaux mais provoquant quelque irritation chez certains conseillers.

En mai 1937, après son travail de charbonnier il était employé de pont-bascule et faisait quelques travaux de comptabilité avec un salaire assez bas. Lors d’une « grave et pénible maladie de sa femme », il avait un certain temps ralenti son activité militante se consacrant surtout au travail municipal en regrettant que celui-ci ne soit « pas compris comme il devrait par nos camarades des cellules ». Il faisait grand cas de son activité dans le quartier des Charmilles où il avait organisé le 15 août 1936 une fête qui avait obtenu un grand succès financier pour le parti et son journal.

Il fut ensuite élu au conseil d’arrondissement du 1er canton de Troyes le 9 octobre 1937 devançant Joseph Jacob des « Amis du Rappel » avec 1 434 voix au 1er tour et 2 451 au second. Marius Navoizat ayant fait la grève générale du 30 novembre 1938, alors qu’il était secrétaire du syndicat des ouvriers et employés charbonniers, fut licencié et dut gagner sa vie comme représentant ; L’Aube ouvrière demanda aux travailleurs de lui passer leurs commandes de charbon.

En octobre 1939, il fut le premier élu de l’Aube à être déchu de ses mandats. Pendant l’Occupation, il fut arrêté le 14 juillet 1941, emprisonné à Clairvaux, transféré dans de nombreux camps et enfin à l’île de Ré. Après 41 mois d’emprisonnement, il fut libéré en décembre 1944 et reprit la direction régionale du Parti communiste ainsi que ses fonctions de conseiller municipal de Troyes. Après la guerre, il fut élu conseiller municipal en mai 1945 et le resta jusqu’en octobre 1947. Le 23 septembre 1945, il fut élu conseiller général de Troyes avec 6 563 voix sur 11 201 votants et le demeura jusqu’en avril 1947. Par acte notarié du 19 juin 1945, il était devenu avec Auguste Angonin et Armand Lauby”, sous le nom de Navoizat Joseph dit Marius, un des premiers administrateurs de la « Société nouvelle de la Dépêche de l’Aube ».

Son nom n’apparaît pas dans les comités fédéraux communistes de l’Aube des années cinquante et soixante.

Marié en octobre 1935 à Troyes avec Suzanne Thiébault, « raccoutreuse », trésorière d’une cellule communiste, divorcé en octobre 1941, il s’y était remarié en juin 1949.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50081, notice NAVOIZAT Joseph, Victor, dit Marius par René Lemarquis, version mise en ligne le 4 mai 2009, dernière modification le 29 février 2016.

Par René Lemarquis

SOURCES : RGASPI : 495.270.1054, (questionnaire septembre 1930. Autobiographie du 6 mai 1937 (A). — Arch. Nat. F7/13083. — Bibliothèque marxiste de Paris, microfilm n° 231, 9 mai 1927. — Danielle Tartakowsky, Thèse, op. cit.La Dépêche de l’Aube, 1925-1939, septembre 1944-1945. — Le Rappel, 1932-1939. — Témoignage de Marius Navoizat. — État civil.

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