LECHÊNE Robert, Lucien

Par Claude Willard

Né le 23 juillet 1927 à Bourges (Cher), mort vers le 24 avril 2022 ; journaliste, rédacteur à Ce Soir (1947-1953) à l’Humanité-Dimanche et à l’Humanité (1953-1987).

Robert Lechêne
Robert Lechêne

Le père de Robert Lechêne, Fernand Lechêne, était ingénieur-dessinateur, marié à Raymonde, née Pennetier. Robert Lechêne fit à Bourges ses études primaires et secondaires. À Paris depuis 1945, il acheva sa scolarité au lycée Carnot (bac philo) et au lycée Condorcet (hypokhâgne, khâgne).

Dans l’atmosphère de l’après-Libération et au contact des réalités de la banlieue ouvrière où il habitait, Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine), Robert Lechêne adhéra à l’UJRF en janvier 1946 et au PCF en juin 1946. Propulsé secrétaire de cellule, il participa à la rédaction du journal local, L’Étincelle. Il suivit une école fédérale en septembre 1947. Tout en préparant des certificats de licence en lettres et en droit, il travaillait alors à la mairie de Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine) comme employé aux affaires sociales (mai-novembre 1947).

Rêvant depuis longtemps d’être journaliste, Robert Lechêne entra le 11 novembre 1947 à Ce Soir où, comme stagiaire puis titulaire de la carte professionnelle (n° 10777), il se forma à un éventail de disciplines du métier, du compte rendu rédactionnel à la mise en page ou à l’expression personnelle, avec, notamment, un billet quotidien intitulé « Dans le métro ». Au retour de son service militaire en Allemagne (1951-1952), il s’occupa plus particulièrement de l’édition dominicale, Le Soir-dimanche.

Robert Lechêne se maria le 12 décembre 1953 avec Marie-Thérèse Borri. Le couple eut une fille, Brigitte, née le 27 février 1957.
A la cessation de parution de Ce Soir, fin février 1953, Robert Lechêne fut appelé à la rédaction de l’Humanité-Dimanche, à laquelle il collabora pendant près de trente ans dans les domaines les plus divers : politique, vie du PCF, luttes sociales, problèmes de société, urbanisme, spectacles, grands reportages (URSS, Europe de l’Est, Caraïbes et Guyanes, Amérique australe, Canada, Japon, Mongolie), sciences et techniques, notamment astronautique et informatique.

En février 1956, il suivit l’école centrale d’un mois du PCF destinée aux journalistes. Il devint à partir de cette même année rédacteur en chef adjoint d’André Carrel* à l’Humanité-Dimanche, avec une interruption en 1963-1964 où il assuma la rédaction en chef du nouveau mensuel de la JC, Nous les Garçons et les Filles.
En 1976, en liaison avec le secteur Entreprises du PCF animé par Jean Colpin, Robert Lechêne eut la charge de la rubrique Entreprises de l’Humanité-Dimanche, puis, de 1979 à 1981, celle de son service politique, entreprises incluses.
Le journaliste Jean Rabaté écrivait en 2022 : "Robert Lechêne était l’un de ses plus brillants anciens journalistes. Bien des lecteurs de ma génération se souviennent de ses reportages, de ses enquêtes , de ses récits , de sa passion pour l’aventure spatiale. Il fut , avec André Carrel son rédacteur en chef, parmi ceux qui m’accueillir à l’Huma-Dimanche au début des années 1960. Il y devint mon maître es-journalisme. Celui auquel je confiais volontiers la relecture de mes "papiers" pour tenir compte de ses conseils et remarques. Peu bavard il préférait de loin la plume à la parole. La première lui permit entre autres écrits de faire vivre " tambour battant" la campagne présidentielle de Jacques Duclos en 1969, et de la rendre inoubliable pour bien des militants de l’époque. Quant à la seconde, bien que rares ses mots tombaient toujours justes pour remettre une discussion sur de bons rails , expliquer et convaincre. Habitant de Boulogne-Billancourt, à deux pas des usines Renaults et de l’île Seguin, il rendit souvent compte des luttes de leurs métallos français et immigrés. Il se lia d’une profonde amitiés avec leurs jeunes leaders Aimé Albeher et Roger Sylvain, dont il appréciait et s’efforçait de faire partager l’esprit de classe qui animait leurs batailles syndicales".

À regret, Robert Lechêne dut quitter l’Humanité-Dimanche en décembre 1981 pour l’Humanité quotidienne avec le titre de chef d’une rubrique dite « magazine », de plus en plus clairsemée car composée uniquement de rédacteurs âgés, jusqu’à son propre départ en retraite le 30 septembre 1987.

Estimant qu’on n’est pleinement journaliste communiste qu’en étant communiste militant, il avait, depuis ses débuts, déployé une grande activité de terrain dans sa cellule, d’abord à Boulogne-Billancourt puis, après 1956, à Ivry (Seine, Val-de-Marne).

Retiré dans le Gâtinais, il travailla jusqu’en 1992 à la rédaction d’études critiques (articles dans l’Humanité et livre) sur les motivations de lucre et d’esclavagisme des voyages de Christophe Colomb.

En totale opposition à la "mutation" selon Robert Hue, au tournant européiste du PCF avec son appartenance au Parti de la Gauche Européenne, aux nouveaux statuts ôtant à la cellule son rôle de base du Parti, Robert Lechêne estime après le congrès de Martigues ne plus pouvoir être membre d’une formation dont il refuse tant la pratique que les orientations politiques. Se définissant comme "communiste sans carte", il continue par des contributions et des commentaires sur divers sites internet à réagir à l’actualité française et internationale dans l’esprit de ce qu’il considère comme l’orthodoxie du communisme.
L’Humanité annonça son décès le 25 avril 2022. Ses obsèques eurent lieu dans la plus stricte intimité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50085, notice LECHÊNE Robert, Lucien par Claude Willard , version mise en ligne le 5 mai 2009, dernière modification le 26 avril 2022.

Par Claude Willard

Robert Lechêne
Robert Lechêne

ŒUVRE : De très nombreux articles. — La Lune, planète des hommes, Del Duca, 1958. — Mystères sous nos pas, Del Duca, 1960. — Feu vert pour l’espace, Farandole, 1961. — La mécanique des climats, Diagrammes, 1963. — L’imprimerie de Gutenberg à l’électron, Farandole, 1965. — La seconde mort de Gutenberg, Diagrammes, 1967. — Tambour battant, avec Jacques Duclos, Fayard, 1969. — Un sacré bout de chemin, PCF, 1970. — Printing, Encyclopædia Britannica, 1974. — Colomb de malheur, Messidor, 1992.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Interview (novembre 1999). — Note de Robert Lechêne sur la période 1992-2014, 22 septembre 2014. — Note de Jean Rabaté.

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