LOCHE Raymond [LOCHE Lucien, Raymond]. Pseudonyme à l’ELI : FRANCOIS Raymond

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 23 février 1905 Paris (XVe arr.) ; chauffeur de taxi ; militant communiste de Levallois-Perret (Seine) ; secrétaire du syndicat CGTU des cochers-chauffeurs ; élève de l’École léniniste internationale d’octobre 1935 à janvier 1937 ; communiste clandestin pendant l’Occupation ; membre de la section d’organisation du PCF à la Libération et dans les années suivantes.

Les parents de Lucien Loche tenaient un restaurant-café, rue de la Croix-Nivert à Paris, fréquenté surtout par des chauffeurs de taxi. Son père étant lui-même un ancien cocher de fiacre syndiqué. Jusqu’à l’âge de onze ans, il fut élevé par ses grands-parents qui possédaient une ferme à Saint-Germain-Lavolps, canton de Sornac-en-Corrèze. Il travaillait aux champs pendant l’été, n’allant à l’école que pendant les mois d’hiver. Revenu à Paris en 1916, il fréquenta l’école primaire et obtint le certificat d’études primaires en 1917. Il entra dans un cours d’apprentis mécaniciens jusqu’en 1919.

Il commença à travailler en usine dès 1920, et jusqu’en février 1923 dans plusieurs entreprises des 19e et 20e arr. Il décida alors d’obtenir son diplôme de chauffeur de taxi, influencé par son milieu et désireux de gagner plus. Loche exerça ce métier jusqu’à son départ au régiment en 1925. Issu d’une famille de cinq enfants, il ne servit qu’une année au 551e régiment de chars lourds à Châlons-sur-Marne. Il termina 2e classe ayant dû interrompre ses cours d’élève caporal pour raison de santé. Six mois après son retour de l’armée, il se maria en 1927 avec une fille d’épiciers de Sornac mais celle-ci mourut un an plus tard victime de la tuberculose. Il se remaria en 1934 avec une serveuse de café de Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Inférieure), syndiquée unitaire, fille d’un pensionné de guerre.

Dès 1923, Lucien Loche était syndiqué au syndicat unitaire des chauffeurs de taxis dont il deviendra, en 1930, dirigeant rémunéré. Il appartenait au bureau de l’Union des syndicats de la Seine et à celui de la Fédération des transports. En 1926, il adhéra au Parti communiste à Levallois-Perret. Affecté à la cellule de garage, il militait surtout dans son milieu professionnel. Souvent invité aux conférences du parti, il eut l’occasion de « participer au travail illégal, sans le diriger ». Il citait comme exemples : la liaison avec le PC italien, l’organisation du transport de Thaelmann au meeting de Bullier et de Raymond Guyot au congrès des JC de Montigny-en-Gohelle (juin 1932). Il se rendit en Hollande au congrès d’Amsterdam (août 1932) et à Vienne, en février 1934, avec une délégation d’enquête, prenant contact au retour avec l’organisation du parti autrichien.

Loche organisa de nombreuses grèves partielles et la grève générale des taxis parisiens en février 1933 où il fut secrétaire du comité central de grève. Il participa , comme délégué, au 7e congrès national de la CGTU en septembre 1933 à La Grange aux Belles, au titre de la Fédération des moyens de transport.

Au municipales de mai 1935, il fut tête de liste communiste à Levallois-Perret contre le socialiste indépendant Louis Rouquier, responsable communiste de Levallois, bien connu des services du Komintern.

Sélectionné comme élève de l’École léniniste internationale de Moscou, il arriva dans cette ville , avec son passeport français, le 19 septembre 1935 et fréquenta l’École léniniste internationale d’octobre 1935 à janvier 1937, sous le nom de Raymond François. Les dossiers du Komintern ne sont pas précis sur son métier : il est présenté comme ouvrier (et d’origine ouvrière), comme chauffeur et comme chauffeur électricien. Il fut jugé « un des meilleurs de son cercle (…) il justifie sa responsabilité de « partorg » (…) il manifeste une saine compréhension des tâches du parti et assimile assez bien la tactique… » Dans une lettre signalée au secrétariat des cadres le 20 septembre 1939, Loche demandait « ce qu’il devait faire au sujet de son enfant qu’il a eu avec une camarade soviétique lors de son séjour à l’École » (rapport du 13 juillet 1936).

Pendant l’Occupation, il participa à l’action clandestine. Lorsque son épouse fut arrêtée, il était signalé comme étant en fuite. Il aurait été dans la zone sud.
En mars 1941, il était le "politique" du triangle de direction de la région P5 aux côtés de Bessère et Lacazette.

Adjoint à l’organisation avec Auguste Lecoeur en novembre 1944, Lucien Loche fut membre de la commission d’organisation désignée par le comité central tenu à Ivry-sur-Seine les 21-23 janvier 1945. Il eut des responsabilités à la commission des cadres ou à la section d’organisation du comité central comme en témoigne cette note du secrétariat du PCF le 7 janvier 1946 : charger Bernard et Loche de « suivre l’activité des hitléro-trotskystes et d’informer le secrétariat ». Il écrivit un article consacré au mécanisme de "l’exclusion" dans les Cahiers du communisme de janvier 1947, rappelant les règles de la vigilance : "la carte ne peut être retirée à un adhérent qu’après une mesure d’exclusion régulière". En juillet 1947, André Marty évoquait avec mécontentement l’intervention de Havez et Loche dans la gestion de ses collaborateurs (Arch. Thorez, note de Paul Boulland).

Sa femme, Simone Loche, née Fougère le 27 octobre 1913 à Saint-Sulpice-des-Landes (Loire-Inférieure, Atlantique), fut employée de bureau puis serveuse. Elle participait aussi à l’action clandestine et fut arrêtée le 6 mars 1942 dans le cadre de l’affaire Cadras-Pican. Elle passa quelques jours dans les locaux de la préfecture de police puis au dépôt jusqu’au 30 avril 1942, à la Santé jusqu’au 24 août 1942 et enfin à Romainville d’où elle fut déportée vers Auschwitz le 24 janvier 1943. Transférée à Ravensbrück en août 1944, elle fut opérée par un médecin soviétique à la libération du camp. Rapatriée à Paris par avion le 25 juin 1945, elle fut hospitalisée à Créteil pendant plusieurs mois.

Après la guerre, Simone travailla dans la maternité “Les Bluets”, puis comme gardienne dans une école à Montreuil. C’est sans doute elle qui participa à une conférence de presse le 15 novembre 1963 comme dirigeante des hospitaliers parisiens.

Lors de leur retraite, Simone et son mari envisagèrent de s’installer dans le Massif Central. Mais, fatigué, Lucien ne supportait pas le climat et tous deux se sont installés au bord de la Méditerranée, à Hyères.

Membre de la FNDIRP, elle fut homologuée Soldat de 2e classe dans la R.I.F., titulaire de la Médaille Militaire, la Croix de Guerre 1939-45, la Médaille de Combattant Volontaire de la Résistance, la Médaille de Déportés de la Résistance et celle des Grands Invalides de Guerre. Simone Loche est décédée le 15 janvier 2004.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50092, notice LOCHE Raymond [LOCHE Lucien, Raymond]. Pseudonyme à l'ELI : FRANCOIS Raymond par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 5 mai 2009, dernière modification le 15 octobre 2020.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

ŒUVRE : "Démocratie et vigilance", Cahiers du communisme, janvier 1947, n0 1, 63-68 sous le nom de Lucien Loche.

SOURCES : RGASPI, 495 270 1394. — Arch. comité nationale du PCF. — Arch. PPo. 300, activtés communistes pendant l’Occupation, carton 3. — Arch. Paris, versement 10451/76/1. — Arch. Thorez, Arch. Nat. — Le Prolétaire de Clichy-Levallois, 31 mai 1935. — L’Humanité, 1935. — Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, les Éditions de Minuit, 2002. — La vie ouvrière, 27 novembre 1963. — État civil de Paris : recherches infructueuses. — Notes de Jean-Pierre Besse.

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