FLORE-THÉBAULT Claude, André, Jacques.

Par Gérard Réquigny

Né le 15 février 1922 à Lyon (VIIe arr.)(Rhône), mort le 24 mai 2011 à La Tronche (Isère) ; professeur agrégé ; résistant ; militant syndicaliste, secrétaire de la section académique de Lyon du Syndicat national de l’enseignement secondaire (1951-1959).

Fils unique de parents tous deux espérantistes et pacifistes, Claude Flore-Thébault fut élevé dans une famille laïque et fortement orientée à gauche. Son père, d’abord dessinateur industriel, travailla ensuite dans une agence immobilière puis, à partir de 1939, comme ouvrier teinturier dans le textile. Sa mère, issue d’une famille de vignerons éprise d’un idéal mutualiste, restait au foyer faisant, à partir de 1939, de la couture à domicile.

Après avoir effectué sa scolarité primaire au « petit lycée » à l’annexe de Saxe du lycée Ampère de Lyon puis ses études secondaires comme boursier au lycée Ampère lui-même, Flore-Thébault entra en hypokhâgne muni d’un baccalauréat A au lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Puis il revint en Khâgne à Lyon, au lycée du Parc, en 1940. Titulaire de la licence de lettres en 1942, il commença à travailler tout en poursuivant ses études pour préparer l’agrégation de lettres classiques, ayant une grande affinité pour les langues anciennes, notamment le grec. D’abord surveillant au lycée Ampère de Lyon à la fin de l’année 1942, il enseigna ensuite comme délégué rectoral au début de l’année 1943 à l’annexe de Perrache du même lycée. Ce parcours fut interrompu par sa réquisition au Service du travail obligatoire. Réfractaire, il entra dans les maquis de la Résistance sur le plateau du Vercors, du 1er juillet 1943 jusqu’à la Libération. Pseudonyme Claude Reynaud, il fut homologué combattant des FFI

En 1946, Flore-Thébault retrouva son poste d’auxiliaire au lycée Ampère. Il avait recommencé à préparer l’agrégation des lettres qu’il obtint en 1947 après avoir été admissible au concours de 1945. L’agrégation en poche, le 20 septembre 1947, il épousa Renée Auzias, de trois ans son aînée, également professeur de lettres classiques avec qui il eut deux fils, André et Jacques, qui devinrent tous deux professeurs de lettres, l’un de lettres classiques, l’autre de lettres modernes. Nommé professeur agrégé d’abord au lycée Fauriel de Saint-Etienne (Loire) de 1947 à 1949, il fut muté ensuite au lycée Ampère de Lyon où il retrouva comme collègues ses propres maîtres et où il accomplit toute sa carrière jusqu’à sa retraite prise en 1982.
Ses camarades du Syndicat national de l’enseignement secondaire lui demandèrent très vite d’animer la section syndicale de l’annexe de Saxe du lycée Ampère (S1). Il fit ses premières armes en 1950 en réponse à une attaque anti-laïque et anti-enseignement public, durant laquelle il entraîna son lycée à la grève. Cet « exploit » éveilla la curiosité amusée de Georges Thovert, son ancien professeur de terminale, trésorier départemental et trésorier académique du SNES, qui attira l’attention du secrétaire départemental (S2) sur ce secrétaire de S1 et au congrès académique d’avril 1951, à la veille du congrès national qui se tint pour la première fois en dehors de Paris, à Lyon, on lui proposa de devenir secrétaire de la section académique (S3) en remplacement de J. Martin, nommé à Paris. Il occupa cette responsabilité jusqu’en 1959 au titre de la tendance A (autonome) et figura en 1952 sur sa liste aux élections à la CA nationale au titre des agrégés.

En plus de l’activité habituelle d’un secrétaire académique, la guerre d’Algérie et en particulier l’affaire Belhadj drainèrent une part importante de l’activité du S2 et du S3 pendant plusieurs mois en 1957. Belhadj était surveillant dans un collège voisin où il fut soudainement arrêté par la DST. Cette affaire survenant quelques mois seulement après l’affaire Maurice Audin, il fallait éviter à tout prix un transfert à Alger où il serait remis entre les mains des parachutistes et risquerait d’être torturé. Pendant que le secrétaire de S2, Grau, engageait des actions juridiques, Flore-Thébault alerta le Rectorat, la direction nationale du SNES (S4), la Ligue des droits de l’Homme, le Mouvement de la Paix, l’archevêché… Belhadj avait été transféré au fort Montluc. Dès 14h, Flore-Thébault, au cours d’une entrevue avec l’officier commandant le fort, assistait à l’échec répété, aérodrome après aérodrome, des efforts de cet officier pour arrêter le transfert déjà en cours. Finalement, l’officier lui donna sa parole : Belhadj ne tomberait pas entre les mains des parachutistes. Cet engagement fut tenu. À la suite de cette affaire, le SNES s’engagea sous l’impulsion de Flore-Thébault dans la mise sur pied et la participation à un comité lyonnais de défense des libertés allant de mouvances catholiques progressistes aux militants Ecole émancipée du SNI. Une réunion publique de ce comité rassemblant plus d’un millier de personnes fut sévèrement attaquée par des commandos d’extrême-droite.

Dans la suite de cette affaire, Flore-Thébault participa à divers mouvements, groupements, associations contre la guerre d’Algérie et pour la défense des libertés. Dans la suite de son engagement laïque, il tint à siéger au Conseil académique où se débattaient les demandes de subventions et de contrats pour les établissements privés. Il y resta jusqu’au début des années 1960 à la demande de ses successeurs au secrétariat du S3.

Claude Flore-Thébault publia deux recueils « de ces textes qui ne vont pas jusqu’au bout de la ligne » pour lesquels il récusait le nom de poèmes.
Son épouse décéda en 2003.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50104, notice FLORE-THÉBAULT Claude, André, Jacques. par Gérard Réquigny, version mise en ligne le 7 mai 2009, dernière modification le 1er août 2021.

Par Gérard Réquigny

SOURCES : SHD, Vincennes GR 16 P 226299. — Archives de l’IRHSES dont L’Université syndicaliste. — Informations de l’intéressé.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément