GAY Francisque, Désiré, Olivier

Par André Caudron

Né le 2 mai 1885 à Roanne (Loire), mort le 22 octobre 1963 à Paris (XIVe arr.) ; journaliste, éditeur, ambassadeur ; militant du Sillon, de la Jeune République, du MRP ; directeur de La Vie catholique (1924-1938) et de L’Aube (1932-1940, 1944-1948) ; député de la Seine (1945-1951) ; ministre d’État, vice-président du Conseil (1945-1946).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

Second des deux garçons d’un entrepreneur en plomberie, issu d’une famille paysanne de l’Ardèche, qui fut maire adjoint de Roanne, sans appartenance politique mais catholique – peu pratiquant – et républicain, Francisque Gay entra chez les maristes de Charlieu (Loire) en 1894 puis chez les lazaristes de Lyon (Rhône) en 1899. Attiré par la vocation missionnaire à l’instar de son oncle Isidore Clut, évêque du Grand Nord canadien, mais de santé délicate, il ne put rejoindre les Pères blancs comme il l’aurait voulu. Il fréquenta un petit séminaire, l’école Notre-Dame de Joubert à Marlhes (Loire), avant d’intégrer en 1905 le grand séminaire de Francheville, près de Lyon, qu’il dut quitter à sa fermeture l’année suivante.

Il avait découvert la vie militante lorsqu’il s’était rendu à Paris en 1903 pour retrouver Marc Sangnier* qu’il avait rencontré à Lyon, au congrès national des cercles d’études. Considéré comme celui qui allait être son plus proche ami, Francisque Gay avait fait un peu de journalisme à L’Indépendant de Roanne, fréquenté des cercles socialistes, fondé une antenne du Sillon dans sa ville natale en 1904 et collaboré au journal de ce mouvement, Démocratie. Lorsqu’il regagna la capitale en 1906, il devint secrétaire du Sillon de Paris, suivit des cours de lettres à la Sorbonne et fut ensuite professeur d’anglais, portant la soutane, dans un collège religieux de Montpellier (Hérault). Au cours de deux séjours en Angleterre, en 1907-1908, il avait entrepris une thèse sur Newman qu’il n’acheva pas.

Le 1er juillet 1909, délaissant l’enseignement, il fut embauché comme chef de fabrication par la librairie Bloud, devenue Bloud et Gay lorsque le propriétaire l’associa deux ans plus tard à son entreprise. Francisque Gay commençait une longue carrière d’éditeur dont les nombreuses publications furent souvent influencées par ses convictions religieuses et sociales. Son plus grand souci était de faire en sorte que l’Église se détachât du conservatisme.

Réformé pour raisons médicales, il installa des succursales de Bloud et Gay à Barcelone et à Dublin pendant la Grande Guerre, et fonda en 1915 le Comité de propagande française à l’étranger (futures Amitiés françaises à l’étranger) que présidait Mgr Alfred Baudrillart et dont il était trésorier. Dès les années 1920, avec Marc Sangnier* et le futur chancelier von Papen, il lutta pour la réconciliation franco-allemande. Il était alors secrétaire fédéral de la Jeune République dans la Seine.

Francisque Gay avait lancé l’Almanach catholique en 1919, puis La Vie catholique, hebdomadaire ouvert à tous les milieux catholiques « sans distinction de tendances », en 1924. Il y voyait pour l’Église un instrument de libération des idées maurrassiennes. À dix-sept reprises, il affronta devant les tribunaux son vieil adversaire Charles Maurras qui l’accablait d’injures et de menaces de mort. Lors de la condamnation de L’Action française par le Vatican en 1926, il se retrouva presque seul, par ses écrits et par son action, à soutenir le pape. Il organisa en 1927, avec Étienne Baton, le mouvement des Volontaires du Pape, et deux ans plus tard, un grand pèlerinage de 5 600 jeunes à Rome, ainsi qu’un Institut Pie XI, chargé de faire connaître la position du souverain pontife dans les affaires françaises (1929-1930).

Le 10 février 1932, Francisque Gay publiait le premier numéro de L’Aube, quotidien dont la sortie représentait une étape essentielle vers le rassemblement des démocrates d’inspiration chrétienne. L’Aube, dont Gaston Tessier, secrétaire général de la CFTC, fut codirecteur de 1932 à 1936, connut un succès notoire malgré l’hostilité de la Fédération nationale catholique (FNC) du général de Castelnau et grâce à de prestigieux collaborateurs comme Georges Bidault avec lequel Francisque Gay fonda en 1938 les Nouvelles Équipes françaises. La Vie catholique fut absorbée par Temps présent, en 1938, et L’Aube, vigoureusement antimunichoise, disparut à l’arrivée des Allemands en juin 1940. Son fondateur y avait donné chaque jour une revue de presse sous le pseudonyme de Lucidus. Hostile à la guerre d’Éthiopie et au franquisme, il s’était présenté en vain à Cholet (Maine-et-Loire), hors partis, aux élections législatives de 1936.

Francisque Gay tenta de convaincre le cardinal Gerlier, primat des Gaules, de refuser la caution de l’Église au maréchal Pétain, mais ne réussit pas. Il se lança très vite dans la Résistance. Les locaux de sa maison d’édition, à Paris ou à Lyon, accueillirent Jean Moulin*, Honoré d’Estienne d’Orves, Pierre Brossolette* et d’autres. Le 3 rue Garancière abrita les travaux clandestins du Comité général d’études, émanation du CNR, qui diffusa les revues La France continue et Les Cahiers politiques. Francisque Gay aida les auteurs du premier Cahier du Témoignage chrétien en novembre 1941 et prépara, en vue de la Libération, les « Éléments d’une politique de presse » indépendante qu’il voulait « affranchie des pouvoirs d’argent ». Il s’occupait officiellement de la Ligue du coin de terre et du foyer qui apportait à ses déplacements une solide couverture.

Le 23 mars 1944, étant à Marseille, il échappa de peu à la Gestapo quand elle envahit son immeuble parisien et emmena son gendre et trois de ses proches en déportation. Révoqué temporairement de ses fonctions d’éditeur par suite d’un désaccord avec Edmond Bloud, Francisque Gay se cacha sous le nom de Pélissier jusqu’à la Libération de Paris. Il assura la mise en place des commissaires de l’information, puis, le 23 août, en pleine insurrection, fit reparaître L’Aube qui allait devenir l’organe du MRP. Directeur de la presse depuis le 24 août, pour quelques semaines, auprès d’Henri Bonnet, ministre de l’Information, il allait être ensuite président d’honneur de la Fédération nationale de la presse française.

Conseiller de l’étudiant Gilbert Dru, initiateur du Mouvement républicain populaire (MRP), Francisque Gay prit part lui-même à la fondation de ce parti en novembre 1944. Il fut appelé, le même mois, à siéger à l’Assemblée consultative provisoire, et intervint surtout dans les débats relatifs au retour à la liberté de la presse. Le 6 novembre 1945, il fut élu député de la première circonscription de la Seine, celle des arrondissements de la rive gauche ; la liste MRP qu’il conduisait décrocha quatre des dix sièges à pourvoir. Réélu en 1946 à la seconde Assemblée constituante puis à l’Assemblée nationale, Francisque Gay était devenu un pilier du tripartisme et une figure majeure du MRP. Ministre d’État dans les derniers mois du gouvernement du général de Gaulle en novembre 1945, aux côtés de Vincent Auriol et de Maurice Thorez, il fut ensuite vice-président du conseil dans le cabinet Gouin*, en janvier 1946, et de nouveau ministre d’État dans le cabinet Bidault de juin à décembre 1946.

En avril 1948, Francisque Gay fut nommé ambassadeur de France à Ottawa. Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères, avait eu recours à cette manœuvre, pensait-on, pour éloigner de la scène française un compagnon trop critique. En effet, celui-ci désapprouvait silencieusement l’opportunisme gouvernemental de certains de ses amis et progressivement, dès 1947, il avait pris ses distances avec son parti. Favorable à des négociations avec Ho Chi Minh comme avec le FLN, il estimait que le MRP avait adopté une politique trop conservatrice, en particulier sur les questions coloniales. De plus, « il fallait, disait-il, accorder plus d’importance à l’œuvre d’éducation populaire qu’aux besognes électorales ». Il avait vécu douloureusement la dissidence de ses amis Edmond Michelet* et Louis Terrenoire, passés du MRP au Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947.

Le 19 octobre 1950, sa fameuse lettre de sympathie à Maurice Thorez malade marqua son divorce définitif avec le MRP qu’il quitta sans bruit en 1951, année où L’Aube disparut. Il ne se représenta pas aux élections législatives de juillet 1951 et revendit sa maison d’édition à la société Desclée et Cie en 1954. En observateur, il regretta l’opposition de la majorité du MRP à Pierre Mendès France*, se rapprocha des radicaux mendésistes et des gaullistes de gauche, et conseilla la Jeune République dans ses tentatives de regroupement. En 1958, heureux du retour au pouvoir du général de Gaulle dont il était toujours resté proche, il signa un texte intitulé « Des hommes de gauche parlent aux hommes de gauche » avec Maurice Clavel, Philippe Dechartre, Stanislas Fumet*, Léo Hamon*, etc. Il suivait les travaux du groupe « Rénovation démocratique », réunissant des militants MRP autour de Philippe Saint-Marc.

Vice-président de l’Union des anciens délégués à l’Assemblée consultative, Francisque Gay s’était fait de nombreux amis, surtout à gauche, tels Léon Blum et Maurice Thorez. Nommé le 8 février 1947 coprésident d’honneur de la commission nationale de la commémoration de la Révolution de 1848, aux côtés de Léon Blum, Marcel Cachin, Édouard Depreux et Édouard Herriot*, il avait participé en 1949 à la fondation du Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix (MRAP).

Marié le 22 mai 1911 avec Blanche Fromillon, d’origine juive par sa mère, auteur du livre Comment j’élève mon enfant qui connut un gros tirage (1927), il eut six enfants dont un prêtre et une religieuse. L’une de ses filles, Élisabeth, épousa Louis Terrenoire, rédacteur en chef de L’Aube, secrétaire général du RPF.

« Les amis de Francisque Gay », alors présidés par Maurice Schumann*, tinrent une réunion annuelle de 1964 à 1980.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50134, notice GAY Francisque, Désiré, Olivier par André Caudron, version mise en ligne le 8 mai 2009, dernière modification le 3 juillet 2009.

Par André Caudron

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946]

ŒUVRE : Bolchevisme et Démocratie, Éditions de la Démocratie, 1919. — L’Irlande et la Société des Nations, Bloud et Gay, 1921. — Non, l’Action française n’a bien servi ni l’Église ni la France, Éditions de la Vie catholique, 1927. — Comment j’ai défendu le pape, Bloud et Gay, 1927. — Rome et l’Action française, Éditions de la Vie catholique, 1927. — Dans les flammes et dans le sang, Bloud et Gay, 1936. — Pour un rassemblement des forces démocratiques d’inspiration chrétienne, Éditions de L’aube, 1937. — Pour en finir avec la légende des Rouges-chrétiens, Éditions de L’aube, 1937. — La Tchécoslovaquie devant notre conscience et devant l’histoire, en collaboration, Éditions de L’aube, 1938. — Sur la propagande, 1940, non imprimé. — Propagande : définition, défense et explication, 1943, non édité. — Éléments d’une politique de presse, 1943, clandestin. — Gouverner avec la nation, Éditions du Mail, 1946. — Les Démocrates d’inspiration chrétienne à l’épreuve du pouvoir, Bloud et Gay, 1950. — Canada, XXe siècle, Bloud et Gay, 1950. — Retour aux sources, 1956, non publié.

SOURCES : Jean Le Trécorrois, Le pacifisme de Francisque Gay devant la doctrine catholique, Éditions « La Province », 1933. — Luc-Verus, Francisque Gay, brochures « Vérités », 1933, 1938. — Catholicisme, IV, Letouzey et Ané, 1956 (Gérard Jacquemet). — Francisque Gay. Témoignages, imprimé par Émilien Amaury, 1964. — Maurice Carité, Francisque Gay, le militant, Éditions ouvrières, 1966. — Françoise Mayeur, « L’aube », étude d’un journal d’opinion, Armand Colin, 1966. — Élisabeth Terrenoire, Un combat d’avant-garde, Francisque Gay et « La vie catholique », Bloud et Gay, Le Cerf, 1976. — Dictionnaire de biographie française, XV, Letouzey et Ané, 1981 (Henri Tribout de Morembert). — Francisque Gay ou quarante années de combat d’avant-garde. Hommages et témoignages, Éditions du Témoignage chrétien, 1985. — Jacques Prévotat, Les catholiques et l’Action française, Fayard, 2001. — Jean-Michel Cadiot, Francisque Gay et les démocrates d’inspiration chrétienne 1885-1963, Salvator, 2006.

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