GARCIA Odette [née JANVIER Odette]

Par Roger Bourderon

Née le 3 février 1908 à Paris (IIe arr.) ; employée et ouvrière ; militante communiste de Paris ; agent de liaison de la direction du Parti communiste en 1940 ; déportée.

Photogaphie de Odette Janvier Garcia communiquée par Roger Bourderon
Photogaphie de Odette Janvier Garcia communiquée par Roger Bourderon

Odette Janvier naquit à Paris dans une famille modeste. Après le certificat d’études, elle fut manutentionnaire, puis représentante d’articles de mode. Passionnée de culture, très sportive, férue de randonnées et de camping, elle adhéra en 1935 à la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT).

Son engagement militant commença en 1934, contre l’extrême-droite, le fascisme et la guerre. Adhérente du Parti communiste en 1936, vite membre du bureau de sa cellule, puis de sa section du IIe arrondissement, déléguée au congrès d’Arles, elle suivit l’école de section, l’école régionale, puis, de novembre 1938 à avril 1939, l’école centrale de six mois d’Arcueil, à un moment où la direction du parti affichait sa volonté de promouvoir des femmes. Elle fut affectée à la sortie au secrétariat du Comité français du congrès mondial des femmes contre le fascisme et la guerre. Cette même année 1939, elle se séparait de Robert Chambotte, qu’elle avait connu lors de ses activités sportives et qu’elle avait épousé en octobre 1931.

En août 1939, elle remplaçait la standardiste de l’Humanité en vacances au moment du Pacte germano-soviétique. Les nombreux coups de fil hostiles n’ébranlèrent pas sa confiance absolue en l’URSS. Le parti dissous, elle devint l’agent de liaison d’André Parinaud, responsable de Paris Ville, puis d’Henri Janin, de la commission des cadres. Quand celui-ci fut arrêté en avril 1940, Odette Janvier, qui avait pris le nom de sa mère, Claude Leroy, devint l’agent de Josette Cadras, dirigeante de l’Union des jeunes filles de France (UJFF).

Le 12 juin 1940, Odette Janvier rencontrait Arthur Dallidet, adjoint de Maurice Tréand à la commission des cadres. Sur le point de quitter Paris avec Benoît Frachon, Dallidet avait demandé à Josette Cadras de lui ménager ce rendez-vous : il confia à Odette l’adresse de Jean Catelas, député d’Amiens et membre du Comité central, avec mission de le rencontrer au plus vite, ce qu’elle fit dès le lendemain, la seule autre consigne étant de « garder la liaison ». Selon elle, Jean Catelas était alors isolé et sans directive politique, mais le retour de Maurice Tréand à Paris le 15 juin changea la donne : Tréand se rendit à un rendez-vous d’Odette Janvier à la place du militant qu’elle devait rencontrer et reprit ainsi contact avec Jean Catelas, qui fut alors impliqué dans la demande de reparution de l’Humanité. Odette Janvier n’en fut pas partie prenante, mais reçut quelques confidences du député d’Amiens, hostile à la démarche qu’il accepta par discipline.

Agent de liaison de Jean Catelas sous le pseudo « Alain », Odette Janvier fut chargée de reprendre contact avec les militants, au fur et à mesure des retours à Paris. Ses propres connaissances et le réseau créé par Maurice Tréand avant la guerre lui permirent de renouer un certain nombre de liens. Elle fut également chargée de la liaison avec des dirigeants, Jean Chaumeil, Henri Gourdeaux, Fernand Grenier, Eugène Hénaff, Auguste Lecœur, Gabriel Péri. Jean Catelas l’envoya en Bretagne pour reprendre contact avec Marcel Cachin.

Fin 1940, début 1941, Odette Janvier et Jean Catelas eurent l’impression d’être quelque peu mis sur la touche, entre autres parce que certains militants (ainsi Danielle Casanova) n’étaient pas au rendez-vous fixé. De fait, la page de la demande de reparution de l’Humanité tournée, Arthur Dallidet dressait, dans deux rapports (18 octobre 1940 et 25 février 1941) connus il y a seulement quelques années, un réquisitoire accablant de l’action de Tréand et de son équipe, les accusant notamment d’avoir constitué un groupe antiparti auquel appartenait Jean Catelas et dont Odette Janvier était l’une des chevilles ouvrières, ce que l’intéressée démentit formellement, réaffirmant que son unique fonction fut celle d’agent de liaison sans aucune responsabilité politique.

L’arrestation de Jean Catelas le 16 mai 1941 entraîna celle d’Odette Janvier le 3 juin, suite à la découverte de la facture de son poste de radio au domicile du député d’Amiens. Transférée à la Petite Roquette, où elle fut mise à l’écart par ses camarades, Odette Janvier comparaissait les 20 et 21 septembre devant le tribunal d’État, qui la condamna à cinq ans de travaux forcés et dix ans d’interdiction de séjour. Condamné à mort, Jean Catelas dit à Odette Janvier qu’il comptait sur elle pour rétablir la vérité.

Le 1er octobre 1941, elle était incarcérée à la Centrale de Rennes. En section disciplinaire à Châlons-sur-Marne en mars 1943 avec une vingtaine d’autres détenues qui avaient manifesté et chanté La Marseillaise, transférée au fort de Romainville, elle était déportée à Ravensbrück le 8 mai. En prison comme au camp, la plupart des détenues communistes manifestèrent leur méfiance à son égard. Atteinte du typhus, intransportable à la libération du camp le 7 juin 1945, elle fut soignée en première urgence dans un hôpital de campagne américain. Elle était de retour à Paris en juillet. En septembre, au cours d’un séjour à Brive dans une maison de repos pour déportés, elle rencontrait Antonio Garcia, photographe, républicain espagnol membre du Parti socialiste unifié de Catalogne, déporté dès 1940 à Mauthausen. Ils se marièrent en décembre 1952. Antonio est décédé en juillet 2000.

Voulant exercer un métier manuel, Odette Janvier suivit l’école fondée par la CGT pour former des ouvrières qualifiées. Elle devint ainsi ajusteur à la. SNCASO à Suresnes mais elle quitta la profession dès 1947, avant la naissance de son fils Claude. En 1951, elle reprit une activité professionnelle dans un laboratoire d’analyses médicales, où elle était secrétaire du médecin biologiste lorsqu’elle prit sa retraite.

Elle reprit sa carte au PCF à son retour du camp, mais elle n’eut plus aucune responsabilité et fut tenue à l’écart, notamment lors des manifestations de déportés, même quand elle était invitée. Elle ne cessa de se poser la question, lancinante : pourquoi ces réserves, qui la poursuivaient depuis la prison de La Roquette ? La lecture d’un numéro des Cahiers d’histoire de l’Institut de recherches marxistes (n° 52-53, 1993), qui faisait le point sur la crise de direction du PCF à l’été et l’automne 1940 en s’appuyant sur l’ensemble des matériaux alors existants commença à l’éclairer. Elle s’avéra dès lors être un témoin très important.

Le 3 février 2008, veuve depuis Odette Garcia fêtait ses cent ans en famille dans son appartement de Montrouge.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50234, notice GARCIA Odette [née JANVIER Odette] par Roger Bourderon, version mise en ligne le 15 mai 2009, dernière modification le 24 février 2010.

Par Roger Bourderon

Photogaphie de Odette Janvier Garcia communiquée par Roger Bourderon
Photogaphie de Odette Janvier Garcia communiquée par Roger Bourderon
Le livre de Roger Bourderon qui a révélé le rôle d'Odette Janvier en 1940-1941
Le livre de Roger Bourderon qui a révélé le rôle d’Odette Janvier en 1940-1941

SOURCES : Témoignage d’Odette Garcia ; Tribunal d’Etat, AN, 4W3 ; rapports Dallidet, publiés dans Roger Bourderon, La négociation–été 1940 : crise au PCF, Éditions Syllepse, Paris, 2001. — Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 1940, la négociation secrète, Éditions de l’Atelier, Paris, 2006.

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