ÉPAGNEUL Michel, Ernest, Marie (en religion Michel-Dominique)

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Né le 21 juillet 1904 au Puy-Notre-Dame (Maine-et-Loire), mort le 8 octobre 1997 à Paris (XVIe arr.) ; prêtre du diocèse de Paris (1930-1935), dominicain, fondateur des Frères missionnaires des campagnes (1943).

Fils de petits commerçants qui exploitaient aussi un vignoble dans la vallée du Layon, Michel Épagneul grandit entre un père athée et une mère profondément chrétienne. À l’issue de ses études faites à Chavagnes (Maine-et-Loire), à l’institution Saint-Louis de Saumur, à Saint-Maurille d’Angers et au collège Grand-Lebrun des Marianistes de Bordeaux-Caudéran (Gironde), il voulut s’orienter vers la prêtrise. Mais, son père, contrarié par sa vocation, lui demanda de faire d’abord son service militaire. Il entra donc deux ans plus tard (1925) au séminaire de Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine) et fut ordonné prêtre en 1930 pour le diocèse de Paris. Il accepta la proposition de son archevêque, le cardinal Verdier, qui l’envoya comme économe et professeur au séminaire des vocations tardives de Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux (Seine-et-Marne). Il n’y resta que cinq ans car, désirant depuis longtemps être religieux, il rejoignit en 1935 le noviciat des Frères prêcheurs à Amiens, puis, l’année suivante, le couvent du Saulchoir en Belgique pour poursuivre ses études qu’il termina en 1939. Assigné au couvent d’Étiolles (Seine-et-Oise, Essonne), il devait faire partie d’une équipe de pères destinés à l’apostolat rural lorsqu’il fut mobilisé et consigné successivement en Gironde, dans la Drôme, puis à la citadelle de Bonifacio en Corse. Ayant regagné son couvent après sa démobilisation, il s’engagea à lutter contre la déchristianisation qu’il avait découverte entre 1930 et 1935 dans le diocèse de Meaux.

Michel Épagneul fit ses premières missions dans des petits villages de la plaine de Meaux. Ce travail missionnaire, qui exigeait des contacts personnels et suivis avec les curés locaux et des méthodes d’apostolat nouvelles comme des conférences dans des cafés ou le recours au cinéma, à la presse ou encore la constitution de groupes d’Action catholique spécialisée, demandait de savoir gagner la confiance des ruraux et de multiplier les rencontres. Ce fut dans cette perspective qu’il accepta, en février 1942, d’assumer les fonctions d’aumônier diocésain de la Jeunesse agricole catholique (JAC) pour renforcer les liens qu’il avait créés et en structurer d’autres.

Pendant trois ans, le père Épagneul plaça ses espoirs de renouveau missionnaire dans une implication conséquente de l’Ordre des Prêcheurs. Il obtint, à partir d’octobre 1941, d’être secondé par Jean Maurice* qu’il entraîna rapidement sur le terrain pour l’initier aux différents aspects de l’apostolat rural en puisant dans le vivier des « frères étudiants » du Saulchoir pour se faire aider. Ces frères « astreints au service rural » durant leurs vacances travaillaient, dans la perspective d’un témoignage de présence, dans les fermes, animaient des réunions, des messes ou des séances de catéchisme. Malgré tout, ces efforts lui semblèrent très en deçà de la tâche à accomplir.

Devant les difficultés à obtenir de l’Ordre du renfort pour mener son apostolat, il conçut, au cours d’une retraite qu’il fit en janvier 1943, le projet de fonder un institut missionnaire destiné aux campagnes déchristianisées et qu’il appellerait les Frères missionnaires des campagnes (FMC). La congrégation fut officiellement fondée le 3 octobre 1943 et implanta son premier prieuré à La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne). Michel Épagneul en fut le prieur et dut assurer avec ses FMC la charge des paroisses de La Houssaye (le père Épagneul en devint le curé, le 28 avril 1944), de Crèvecœur et des Chapelles-Bourbon.

La nouvelle fondation prit son essor, notamment en encourageant une présidente nationale de la JACF, Ghislaine Aubé, qui sera « la première sœur missionnaire des campagnes » (décision prise en février 1944), à créer la branche féminine des FMC. Les FMC et leurs auxiliaires, les Sœurs des campagnes, virent leurs effectifs augmenter rapidement. Les FMC étaient 50 en 1947, 60 en 1949 (deux tiers de Frères prêtres, un tiers de Frères auxiliaires), 121 en 1959 et 135 en 1962 répartis en onze prieurés.

Leur mission consistait à vivre dans des prieurés considérés comme de solides ancrages dans des secteurs à partir desquels les FMC pouvaient mener leur apostolat rural. Chargés de plusieurs paroisses, ils exerçaient toutes formes d’apostolat complémentaires de la charge paroissiale, assuraient diverses prédications, animaient des aumôneries d’Action catholique rurale, etc. Tous les Frères travaillaient manuellement. Le travail était pensé comme une valeur apostolique car il facilitait les contacts, il s’agissait de « faire corps avec le monde rural » et d’affirmer un apostolat de présence selon le temps dont les Frères disposaient, les besoins du prieuré, les exigences de l’entraide au village et de l’Action catholique.

Si le projet de Michel Épagneul était avant tout religieux, il reposait néanmoins sur une conception du social qui se refusait à analyser le monde rural comme un espace dont la marginalisation serait inéluctable. Il contribua, par l’insertion de sa fondation, à maintenir une animation sociale et religieuse de certaines campagnes françaises menacées de désertification. Il s’efforça de créer des solidarités à l’échelle des communautés villageoises sans forcément recourir aux organisations syndicales, à la différence d’autres missionnaires comme les prêtres-ouvriers qui choisirent d’être au cœur des aspirations du mouvement ouvrier.

En 1961, l’élection d’un nouveau prieur, Léon Taverdet, marqua une nouvelle étape dans la vie de Michel Épagneul. Il quitta La Houssaye-en-Brie d’abord pour le presbytère, puis le prieuré Notre-Dame de Bethléem des Sœurs des campagnes à Lombreuil (Loiret). En 1981, il se retira dans un petit prieuré destiné aux frères âgés à Luzillé (Indre-et-Loire), mais sa santé s’altérant, il fut pris en charge par les Petites sœurs des pauvres jusqu’à sa mort.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50288, notice ÉPAGNEUL Michel, Ernest, Marie (en religion Michel-Dominique) par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 20 mai 2009, dernière modification le 5 mai 2012.

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

ŒUVRE : Missionnaire en France, préface du chanoine Thellier de Poncheville, 1944, 33 p. — Les Frères missionnaires des campagnes, Le Prieuré Saint-Martin, s.d., 48 p. — Être religieux dans le sillage des Pères de l’Église et de Vatican II, avec la collaboration de sœur Ghislaine Aubé, Apostolat des éd., 1970. — Avoir une âme de pauvre, préface du père Voillaume, Éditions SOS, 1972. — Aux sources de la vie religieuse. Parole de Dieu et Pères de l’Église, Fribourg-Paris, Éditions Saint-Paul, 1973. — Semailles en terre de France. France 1943-1949. Frères missionnaires des campagnes, La Houssaye-en-Brie, 1976. — Sourires en Église, Alliance chrétienne, 1993.

SOURCES : Arch. dominicaines de la Province de France, fonds série O n° 34 et V-4. — Catholicisme, II, 445 ; IV, 281 ; tables, 2005, fasc. 76-77, 686 (notices par Bernard Rousseau). — Dizionario degli Istituti di perfezione, Rome, 1974, III, 1138. — Chronique des Frères missionnaires des campagnes depuis octobre 1946, devenue Chronique des Frères missionnaires et sœurs des campagnes en mars 1951. — Bernard-Louis Pasquier, avec la collaboration de Pierre Pierrard et Joël Morlet, Les Frères missionnaires des campagnes 1943-1993 : l’Évangile en monde rural, Desclée de Brouwer, 1993. — Denis Lefèvre, Frères missionnaires et sœurs des campagnes. La fraternité au quotidien, Parole et silence, 2005. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, « En mission dans la plaine de Meaux ou deux types de mission rurale dominicaine », Histoire et Missions chrétiennes, n° 9, mars 2009, p. 75-95. — Notes d’André Caudron.

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