GENTHIAL Gabriel, Marie, Henri

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Né le 10 septembre 1923 à Paris (XVIe arr.), mort le 28 juin 1996 à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) ; maçon, plâtrier ; prêtre du diocèse de Paris (1949) puis du diocèse de Nanterre (1966), prêtre-ouvrier ; permanent syndical CGT, militant du Mouvement de la paix.

Gabriel Genthial
Gabriel Genthial

Issu d’une famille bourgeoise aux racines ardéchoises, Gabriel Genthial, un des quatre enfants d’André Genthial, ingénieur des Ponts et Chaussées, fit ses études secondaires au lycée Janson-de-Sailly à Paris (XVIe arr.). La découverte de la portée subversive de l’Évangile en classe de première l’amena à contester son milieu social. À la recherche d’un mode de vie différent, il se loua comme garçon de ferme pendant plusieurs mois dans le Morvan puis décida d’entrer, en 1943, au séminaire de la Mission de France à Lisieux (Calvados). Côtoyant des séminaristes de tous âges et de toutes conditions, il trouva au cours de sa première année, dans ce haut lieu apostolique destiné à former des prêtres missionnaires, l’expression de ses aspirations. Après le bombardement de Lisieux (juin 1944) où il participa à la défense passive, il rejoignit le maquis d’Ivoy tenu par les Forces françaises de l’intérieur (FFI) dans la région d’Aubigny-sur-Nère (Cher), participa à la libération de Bourges, fut incorporé à la 34e brigade et affecté au 43e régiment d’infanterie, participa à la libération de l’Alsace puis fit partie des troupes d’occupation en Allemagne de mai 1945 à février 1946. Il regagna alors le séminaire. Il fut ordonné prêtre le 2 avril 1949 ayant fait des stages ouvriers pendant les mois d’été, à Montceau-les-Mines (1946) et à Argenteuil (1948) en même temps que Jacques Vivez* avec qui le compagnonnage allait durer jusqu’en 1996.

Après un bref passage à la paroisse Saint-Cyr et Sainte-Juliette de Villejuif (Seine, Val-de-Marne), Gabriel Genthial fut envoyé en 1950 à Romans (Drôme) pour faire équipe avec Michel Lémonon*, prêtre-ouvrier du diocèse de Valence qui avait passé un an au séminaire de la Mission de France pour orienter son ministère dans une perspective missionnaire, et Jacques Vivez. Il commença tout d’abord à travailler comme maçon à Romans avant d’être embauché (mai 1951-décembre 1952) par L’Entreprise industrielle au barrage de Tignes (Savoie). Il prit sa première carte à la CGT en janvier 1951, initiant un long parcours syndical dont il rappela, en 1963, le sens qu’il lui donnait : « Le monde ouvrier est ce qu’il est. Nous n’avons pas à le réinventer. Toute sa conscience, tous ses droits, toute sa structure, c’est par le syndicat qu’ils se sont faits. Le monde ouvrier a une histoire, il a eu ses conquêtes, il a sa dignité. Tout cela par le syndicat. Nous devons entrer dans le monde ouvrier avec humilité, avec un immense respect pour ce que les travailleurs ont péniblement édifié avant nous. » Sur le chantier de Tignes-Malgovert, il eut rapidement des responsabilités syndicales : délégué du personnel, membre du bureau syndical, membre du comité d’hygiène et de sécurité à la suite d’accidents survenus les 15 et 25 août 1952. Il militait également au Mouvement de la paix et participa en décembre 1952 à son IIIe congrès, à Vienne (Autriche).

L’équipe des BTP, appelée aussi « équipe des barrages », était alors composée de plusieurs prêtres-ouvriers de différentes familles religieuses, placés sous l’autorité d’Achille Liénart, évêque de Lille (Nord) : Jean Breynaert (Mission de France), Jean Cherrier (Mission de France), Jacques Chicoix (Mission de France), Paul Froidevaux* (dominicain), Gabriel Genthial (Mission de France), Jean Lahitte (Mission de France), Michel Lémonon (diocèse de Valence), Pierre Morissot (Mission de France), Henri Perrin* (jésuite) et Jacques Vivez* (Mission de France). Vivant dans des baraques la même vie que leurs copains de chantier, la plupart immigrés, ils se réunissaient régulièrement au couvent des dominicains à Saint-Alban-Leysse (Savoie). Lorsque le chantier de Tignes s’acheva, Gabriel Genthial, licencié, gagna Grenoble (Isère) à la recherche d’une embauche dans le bâtiment. Ayant trouvé du travail chez Gianotti et Alberto, il défendit à nouveau les intérêts des ouvriers (il y avait alors 2 700 ouvriers maçons et manœuvres à Grenoble) pendant les grèves du mois d’août 1953, ce qui déplut à l’évêque de la ville, Mgr Caillot, qui demanda au cardinal Liénart de l’éloigner de son diocèse. Ce dernier fit en sorte que cette mesure n’entrât pas en vigueur d’autant que le Saint-Siège exigeait au même moment des prêtres-ouvriers qu’ils quittassent leur usine ou leur chantier et abandonnassent leur engagement syndical. L’équipe des barrages avait entre-temps riposté en rédigeant un long rapport pour justifier le bien-fondé de leur apostolat et l’avait envoyé au cardinal.

Le 1er mars 1954, Gabriel Genthial, profondément affecté par les mesures romaines, cessa de travailler. Il avait écrit une lettre au cardinal Liénart, le 24 février, pour l’en informer, arguant toutefois qu’il ne concevait pas sa présence « dans le monde ouvrier, sans vrai salariat et sans participation à son mouvement » et que son sacerdoce s’était construit « dans et par le travail ». Il revint à Paris et fit partie des prêtres-ouvriers qui, soucieux que leur sacerdoce puisse être à nouveau reconnu, se réunissaient régulièrement avec des évêques à Rambouillet. Ce fut dans cette perspective qu’il se rendit à Rome, à plusieurs reprises, pour faire entendre la nécessité de leur mission. Il passa les mois qui suivirent la condamnation des prêtres-ouvriers à faire des travaux dans la propriété de la famille de Maxime Hua*, directeur de la Mission de Paris. En septembre 1954, avec l’accord de son évêque, le cardinal Feltin, archevêque de Paris, il recommença à travailler à plein temps dans le bâtiment, chez un artisan, acceptant de n’avoir aucune responsabilité syndicale. Le cardinal Feltin avait cependant exigé qu’il s’insérât dans le nouveau dispositif missionnaire de la « Boucle de la Seine » confié lors de sa création en juillet 1954 à Robert Frossard*, missionnaire du travail, quelques mois après la suppression des prêtres-ouvriers. Il y consentit tout en adoptant une position de plus en critique à l’égard de cet embryon de Mission ouvrière, qu’il jugeait trop proche de l’Action catholique et des paroisses. Il logeait en effet, dans la « Boucle de la Seine », à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine), avec Jacques Vivez et Bernard Striffling*, un autre prêtre-ouvrier. Il faisait aussi équipe avec Jean-Dominique Warnier*, prêtre-ouvrier, qui habitait seul. Ces quatre hommes, bien qu’ils n’en partageassent pas toutes les orientations, notamment la coopération avec la Mission ouvrière dont ils dénonçaient le contrôle, se rattachaient à la Mission de Paris, animée par André Depierre.

Lorsque le concile Vatican II autorisa en octobre 1965 le travail d’une cinquantaine de prêtres à plein temps, Gabriel Genthial put à nouveau travailler sur de grands chantiers et reprendre des activités militantes. Il eut alors des responsabilités à la Fédération de la Construction, à l’Union départementale CGT des Hauts-de-Seine qu’il contribua à créer au moment où le département de la Seine se subdivisait, faisant partie du secrétariat (trésorier), du bureau et de la commission exécutive. Après le congrès de Suresnes (1970), il devint permanent, chargé de la propagande. Quand il prit sa retraite en 1982, il fut responsable de l’Union confédérale des retraités jusqu’à ce que la maladie vînt entraver son militantisme dont l’expression avait toujours été indissociable de son ancrage dans la condition ouvrière. En octobre 1996, au cours de l’hommage qui lui fut rendu par l’UD des Hauts-de-Seine, François Duteil, secrétaire, donna le nom de « Gaby Genthial » à l’une des salles du bâtiment qui abrite l’UD.

Forte personnalité, Gabriel Genthial avait aussi choisi de lutter dans l’Église. Il avait impulsé un petit groupe de réflexion, le « groupe de Morsang », après le concile, qui rassembla jusqu’à 80 prêtres-ouvriers afin qu’ils ne deviennent pas une institution seulement ecclésiale. Et si le groupe avait été sans lendemain, il avait par contre fait le choix de ne pas dépendre de la Mission de France dont il pensait qu’elle ne répondait plus à ce qu’il recherchait. Il avait préféré devenir prêtre du diocèse de Nanterre, tout en restant sur une position critique à l’égard de l’Église qu’il rappela avec Bernard Striffling et Jacques Vivez, dans une tribune publiée par Témoignage chrétien en 1974, sous le titre « Trois PO qui refusent la récupération ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50290, notice GENTHIAL Gabriel, Marie, Henri par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 20 mai 2009, dernière modification le 3 juillet 2009.

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Gabriel Genthial
Gabriel Genthial

SOURCES : Arch. Mission de France, Le Perreux. — Arch. Archevêché de Paris, Fonds Frossard, 2D1 2, 14. — Arch. diocésaines de Grenoble. — Arch. personnelles Gabriel Genthial. — Louis Augros, De l’Église d’hier à l’Église de demain, Le Cerf, 1980, p. 192-195. — Tangi Cavalin, Naissance de la Mission ouvrière : étude du secteur missionnaire de la Boucle de la Seine (1954-1959), DEA d’histoire, IEP Paris, 1993. — Charles Suaud, Nathalie Viet-Depaule, Prêtres et ouvriers. Une double fidélité à l’épreuve 1944-1969, Karthala, 2004.

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