GENTILE Jean, Baptiste, Victor

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

Né le 23 septembre 1908 à Roquefort-la-Bédoule (Bouches-du-Rhône), mort le 1er décembre 1975 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; prêtre du diocèse de Marseille (1931), prêtre de la Mission de France (1955) ; vicaire et aumônier jociste (1931-1944), curé de Saint-Julien (1944-1945) puis de Saint-Louis de Marseille (1945-1963), chef d’une équipe de la Mission de France à Givors (1963-1968), curé à la Belle de Mai (1969-1975) ; promoteur de la mission ouvrière à Marseille.

Fils d’un immigré italien, tailleur de pierres à La Bédoule, Jean Gentile avait commencé son apprentissage auprès de son père lorsqu’il entra au petit séminaire de Marseille (Bouches-du-Rhône) avec le désir d’accéder à la prêtrise. Avant-dernier et seul fils d’une fratrie de six enfants, il allait garder un vif attachement à ses origines ouvrières dont le mode de vie très modeste ne dépassa pas, à la mort de son père en 1926, le seuil de la pauvreté. Sa mère, ne voulant en aucune façon contrarier sa vocation, travailla au gré des embauches. Alors qu’il était séminariste, Jean Gentle fut marqué à la fois par une conférence en 1928 de l’abbé Georges Guérin*, premier aumônier national de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et par les stages qu’il fit pendant trois ans à La Ciotat avec l’abbé André Roux, un des fondateurs en 1928 (avec l’abbé Sauveur Dussol) de la JOC à Marseille. Ordonné en 1931, il fut successivement nommé à La Ciotat (1931-1936) où il assuma aussi les fonctions d’aumônier de la JOC, à La Palud au centre de Marseille (1936-1939), dans un pensionnat tout en ayant la charge d’aumônier fédéral JOC (1939-1944), dans le quartier de Saint-Julien à Marseille (mai 1944-octobre 1945).

Pendant la guerre, Jean Gentile appartint au groupe d’amitié sacerdotale initié par l’abbé André Roux et le père jésuite Roche. Ce groupe attirait une trentaine de prêtres patmi lesquels les plus assidus étaient Roger de la Pommeraye*, vicaire à l’Estaque, le dominicain Jacques Loew*, docker sur le port, l’abbé Georges Hallauer et l’aumônier jéciste Ignace Lepp. Le groupe se réunissait tous les mois au centre jésuite Sainte-Élisabeth pour discuter aussi bien des publications de Jeunesse de l’Église que d’expériences pastorales. Rompus aux pratiques de l’Action catholique, ces prêtres en mesuraient les limites et cherchaient des moyens de contribuer au renouveau missionnaire dans une France à reconstruire.

Lorsque Jean Gentile devint curé de Saint-Julien en 1944, il essaya en priorité de s’occuper des habitants de ce quartier qui ne fréquentaient pas l’église. Dans cette optiquee, il initia une section du Mouvement populaire des familles (MPF) tout en encourageant l’Action catholique spécialisée pour les paroissiens de tous les milieux sociaux. À la Libération, Jean Gentile fit partie du comité de résistance du Front national de Saint-Julien dans lequel il fit l’expérience, décisive, de rencontres avec des communistes : « On trouve avec eux des terrains d’entente très loyaux », écrivit-il. Fasciné par le poids du PCF dans la Résistance (entre autre par l’action de ses militants dans la grève générale insurrectionnelle d’août 1944) et dans les nouveaux pouvoirs (la « gestion ouvrière », à partir de septembre 1944, de quinze grandes usines réquisitionnées), il était convaincu qu’il fallait être aux côtés du peuple et « partager ses souffrances ».

En octobre 1944, Jean Gentile sollicita avec trois autres prêtres du groupe d’amitié sacerdotale de Monseigneur Delay l’autorisation d’entamer « un essai de vie communautaire évangélique » « dans le cadre d’une paroisse missionnaire » sur la base d’une vie d’équipe, d’une présence directe dans le quartier ou par le relais de l’Action catholique spécialisée. L’évêque accepta qu’une expérience de mission ouvrière fût tentée et confia aux quatre prêtres les paroisses de Saint-Louis et de La Cabucelle. Toutes deux situées dans les quartiers populaires du Nord de Marseille, la proximité des docks, la présence d’usines et l’implantation du PC elles constituaient des « terres de mission ».

Le 8 octobre 1945, Jean Gentile fut nommé curé de Saint-Louis à la tête d’une équipe composée du diocésain Georges Hallauer et de deux dominicains Jacques Loew et André Piet*. La vie de la paroisse allait dès lors connaître un dynamisme pastoral sous l’impulsion conjuguée de prêtres qui travaillaient (Loew, Piet puis Hallauer) et d’un curé décidé à s’insérer profondément dans le quartier. Jean Gentile introduisit ainsi la gratuité des services ecclésiaux, transforma le presbytère en fraternité, logeant des familles touchées par la pénurie de logements, conçut la vie paroissiale comme un travail d’équipe non seulement avec les prêtres, mais avec des laïcs dont certains militants du MPF auxquels il avait confié la rédaction du journal Fraternité. Il soutint les opérations de squattage. Il s’impliqua aux côtés des grévistes du quartier Saint-Louis en 1950 en acceptant d’être le secrétaire du comité de solidarité ou en 1953 lorsqu’il fut trésorier du comité local d’action ou du comité de solidarité de l’usine Aluminium des Aygalades.

L’équipe de Saint-Louis se scinda en 1947 sur la base de conceptions différentes de la mission. Jean Gentile défendait l’autonomie des laïcs dans leurs engagements militants contrairement à Jacques Loew qui, soucieux de développer son propre projet missionnaire, préférait une conception plus traditionnelle de la paroisse. Leurs divergences s’accentuèrent lorsque la création de l’Action catholique ouvrière en 1950 divisa les militants et que la crise des prêtres-ouvriers éclata en 1953 avec une virulence dont, seule, la cité phocéenne montra l’exemple. Il fit partie des rares curés qui, à Marseille, en février 1954 dénoncèrent leur suppression. En 1955, Jean Gentile, qui depuis 1946 avait suivi les sessions de la Mission de France, demanda son rattachement à cette famille religieuse dont beaucoup de prêtres-ouvriers étaient issus. Il en devint l’un des animateurs, chargé en particulier de la commission urbaine. Jean Gentile devint également, après 1954, le responsable du secteur de la Mission ouvrière qui englobait les paroisses des quartiers ouvriers du nord de Marseille. Il fit en sorte, jusqu’en 1963, que la « Fraternité » Saint-Louis s’inscrivît dans la recherche de nouveaux modes d’insertion à partir du travail des prêtres et en dehors des structures cléricales.

Nommé en 1963 chef d’équipe à Givors, Jean Gentile eut beaucoup de mal à s’adapter à ce qu’il considérait comme un exil et prit ses distances avec la Mission de France. Il demanda à revenir à Marseille où l’archevêché lui confia, en 1969, la cure du quartier populaire de la Belle de Mai. À ses obsèques, La Marseillaise, journal communiste local, relevait la présence de militants du PC, de la CGT et de la CFDT. Des membres la communauté chrétienne de Saint-Louis y témoignèrent de « ce que la rencontre avec le père Gentile a[vait] changé dans leur vie : c’était de [leur] avoir fait prendre conscience qu’étant de la classe ouvrière, [ils devaient] participer activement à ses luttes sans manquer pour autant de fidélité à l’Église. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50319, notice GENTILE Jean, Baptiste, Victor par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, version mise en ligne le 23 mai 2009, dernière modification le 4 juin 2009.

Par Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule

SOURCES : Arch. diocésaines, fonds Mistral 68 420. — Arch. de la Mission de France, Le Perreux. — La Marseillaise, 26 août, 16 octobre 1953, 17 septembre 1975. — Émile Poulat, Naissance des prêtres-ouvriers, Casterman, 1965. — Michel Daune, La mission de Marseille 1945-1951, Marseille, 1986 (thèse de théologie). — Robert Wattebled, Stratégies catholiques en monde ouvrier dans la France d’après-guerre, Les Éditions Ouvrières, 1990, p. 222. — Pierre Gallocher, 1939-1945, les années oubliées de Marseille, Marseille, P. Tacussel, 1994, p. 279. — Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule « Catholiques engagés à Marseille », p. 301-312, in Bruno Duriez, Étienne Fouilloux, Denis Pelletier, Nathalie Viet-Depaule (dir.) avec la collaboration de Tangi Cavalin, Les catholiques dans la République (1905-2005), Les Éditions de l’Atelier, 2005. — Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule, Une histoire de la Mission de France. La riposte missionnaire 1941-2002, Karthala, 2007. — Notes de Jean-Claude Lahaxe.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément