FOISSIN Robert, Victor

Par Denis Peschanski

Né le 15 août 1896 à Paris (IIIe arr.), mort accidentellement le 15 février 1955 ; avocat au barreau de Paris ; militant du Secours rouge international et du Parti communiste ; conseil juridique du gouvernement soviétique.

Robert Foissin naquit de parents négociants à Paris, boulevard Sébastopol. « 1911-1941, trente années d’initiation, trente années aussi de dispersion, dominées par une curiosité universelle de l’esprit et le goût inné de l’action orientée vers la Mer, la Diplomatie, la Guerre et la Révolution », écrit-il en juillet 1941 dans un manuscrit qu’il a laissé (Examen I). Le décès prématuré de sa mère l’a détourné de la vie de marin ; quant au projet de carrière diplomatique, la guerre y mit fin.

Comme pour beaucoup de futurs militants de l’entre-deux-guerres, la Première Guerre mondiale fut une expérience décisive. Il devança l’appel et s’engagea volontaire le 30 août 1914 ; quelques jours plus tard, il intégrait le 17e régiment d’infanterie et après deux mois d’instruction, partait comme élève caporal avec la classe 14 pour être versé à la 2e compagnie 3e section. Blessé dès le 10 décembre, il faillit perdre un bras et resta neuf mois à l’hôpital de Limoges, avant d’être, le 27 septembre 1915, réformé n° 1. Ses états de service lui permirent le 13 février 1916 d’être cité à son régiment avec Médaille militaire, et d’obtenir la Médaille militaire avec palmes. « La Guerre mondiale, cette formidable aventure humaine, m’a, dès son déchaînement, littéralement happé. Si elle m’a meurtri, j’ai béni ses coups car elle fut pour moi la plus rude des initiatrices. Impossible désormais de se perdre dans les apparences et les rêves. Cette tragique expérimentation de la réalité humaine est à la base de toute mon activité intellectuelle et sociale. Il n’y a pas d’autre méthode d’apprendre et de comprendre l’Histoire. » (Examen I).

L’expérience de la guerre et le spectacle de la Révolution d’Octobre l’amenèrent à rejoindre dès sa création le Parti communiste. Entre-temps il avait prêté serment le 10 juillet 1918 et s’était inscrit au Barreau de Paris : il devint très rapidement un avocat du Parti communiste et surtout celui du Secours rouge international (SRI) fin 1923, ce qui l’amena à plaider à l’Armée du Rhin (à Trêves, en juin 1926) à Toulon (le SRI publia sa plaidoirie en brochure), en Algérie, en Tunisie et surtout à Madagascar. Il fut ainsi envoyé à Tananarive en octobre 1929 pour défendre vingt travailleurs poursuivis pour « rébellion », après les événements de mai 1929 ; il y fit de nombreux déplacements entre octobre 1929 et juillet 1931. En mai 1939 encore, après la première agression allemande contre la Tchécoslovaquie, il était à Prague pour rétablir les liaisons avec le Parti communiste tchécoslovaque.

Mais aussi, onze années durant, d’octobre 1930 au 21 juin 1941, il fut l’avocat et le conseil juridique du gouvernement soviétique à Paris. Avec Marcel Willard, il apparaissait ainsi comme le principal avocat communiste.

Mais il exerça aussi d’autres responsabilités dans le PCF. Selon un rapport de police, il fut désigné en septembre 1922 comme secrétaire adjoint de la 16e section parisienne mais bientôt exclu par le Comité directeur, le 20 octobre, en raison de son appartenance à la tendance de droite (groupe Verfeuil). Il adhéra aussitôt à l’Union fédérative socialiste et il fut nommé, en novembre, membre de la Commission exécutive de la Fédération de la Seine ; mais son mandat ne lui fut pas renouvelé au congrès constitutif de l’UFS qui eut lieu le 10 décembre. C’est finalement en 1923 qu’il reprit sa carte au Parti communiste (6e rayon de la fédération de la Région parisienne). Candidat du PC dans le XVIe arr. en mai 1925, il obtint 763 voix sur 9 871 inscrits.

En 1928, il devint membre de la commission exécutive de la section française du SRI et du Comité national des Amis de l’Union soviétique. En 1932 enfin, il devint trésorier de « l’Université ouvrière ». Le cumul des tâches l’amena, au début des années 1930, à renoncer pour l’essentiel à des recherches assez approfondies sur la philosophie, les sciences, la littérature et l’histoire. Il était de formation classique : la littérature grecque le conduisit à un essai sur « les origines et les fins de l’Humanité » ; quant à la littérature latine (le théâtre de Plaute tout particulièrement, précise-t-il), elle l’amena à esquisser une « histoire scientifique » de la littérature. Il étudia aussi les classiques du marxisme et consacra deux essais, courant 1931, à Marx et à Engels. À la fin des années 1930 et surtout durant la guerre, il commença un traité de stratégie et de tactique et une histoire de la tactique et de la stratégie révolutionnaires ; le centre d’intérêt est fort significatif comme l’est cette phrase qu’il écrivit en juillet 1941 dans Examen I : « La Révolution, au cours irréversible, peut se heurter à des obstacles, mais finit toujours par vaincre l’obstacle soit de front, soit, plus souvent encore, par mille détours, par mille voies souterraines qui sont visibles seulement aux initiés, c’est-à-dire aux intuitifs, aux artistes de la Révolution. »

Quand la Seconde Guerre mondiale fut déclarée, puis le PCF interdit, s’engagea une répression qui toucha en premier lieu les députés communistes. Un procès – le « procès des 44 » – en fut l’aboutissement et Me Foissin y joua un rôle de premier plan.

Le procès terminé, quand Me Willard dut quitter Paris en avril 1940, c’est Foissin qui hérita de la responsabilité de toutes les affaires politiques.

Seul des avocats communistes, il resta à Paris durant l’attaque allemande car toutes les organisations soviétiques, notamment la Représentation commerciale, restaient à Paris. Après l’arrivée des Allemands à Paris, s’engagèrent les tractations pour la parution légale de l’Humanité ; elles durèrent du 17 juin au 27 août 1940 et Foissin servit d’intermédiaire côté communiste ; il accompagna à plusieurs reprises Maurice Tréand et Jean Catelas chez Abetz (voir pour plus de détails Denis Peschanski, « La demande de parution légale de l’Humanité », Le Mouvement social, n° 113, octobre-décembre 1980).

L’échec des négociations se traduisit par son exclusion du Parti communiste qui fut annoncée dans un numéro spécial de septembre 1940 et par tract spécial. Quand, en 1944, il dut rendre compte devant l’Ordre des Avocats de son activité à l’été 1940, il argua du nombre de communistes libérés à cette occasion : « De mon côté, je reprochais à mes camarades de ne pas avoir mené avec plus d’habileté les pourparlers, car je restais et je reste convaincu que, sans engagement réciproque, nous aurions arraché aux Allemands la libération de tous les détenus politiques de la zone occupée. » (Seconde note, 7 novembre 1944, 3DA12, Dr1, SDRA9, Arch. Daladier, Fondation nationale des sciences politiques.)

Malgré son exclusion, il continua à défendre les intérêts soviétiques en France jusqu’au 21 juin 1941. Il suivait en particulier l’affaire des avoirs soviétiques en France qui avaient été bloqués à la requête de certaines sociétés pétrolières dont les terrains, les mines, les puits, les usines et les moyens de transport avaient été occupés et exploités par l’URSS à la suite de l’entrée de l’Armée rouge en Pologne, (voir ainsi sa plaidoirie dans l’affaire Société française industrielle et commerciale des pétroles c/ Représentation commerciale de l’URSS, 27 novembre 1940).

Le jour de l’attaque allemande contre l’URSS, Robert Foissin fut arrêté, et libéré au bout de cinq jours. Une nouvelle rafle de militants communistes, le 28 avril 1942, lui donna l’occasion de connaître encore la prison, pour quelques heures.

Dans l’arrêté de radiation pris le 20 mars 1945 par le Conseil de l’ordre des Avocats à la Cour de Paris, on lui reprocha, outre les manœuvres de l’été 1940, ses contacts avec les Allemands durant la guerre. Il donna en réponse trois justifications : il n’avait plus cœur à se battre ; il réussit par ses diverses interventions auprès de Boemelbourg à faire libérer Me. Boitel, avocat communiste, Julien Racamond l’ex-dirigeant de la CGT et Rousset, directeur de l’agence soviétique de tourisme « Intourist », avant-guerre ; quant à ses contacts avec Pfannstiel, il les doit au fait que ce dernier lui confia en février 1941, la défense des intérêts de sa femme dans une contestation relative à la succession du père (elle était Française) et l’affaire traîna jusqu’en juillet 1944. Pfannstiel avait charge, pense-t-il, de le surveiller.

Quoi qu’il en soit, la radiation fut prononcée le 20 mars 1945, mais commuée en suspension temporaire pour trois ans le 18 décembre 1946 par la Cour d’Appel présidée par Henri Picard. Il faudrait éclaircir le processus qui conduisit à la mise en accusation et en déterminer les forces initiatrices.

Robert Foissin reprit finalement son métier d’avocat. De son troisième mariage, avec Angèle Dudouit le 13 mars 1945, naquit un fils, Michel, en 1946 (selon le rapport de police, R. Foissin épousa en premières noces, Jeanne Deletraz en juillet 1918 et en secondes noces, Lucienne Castéran). Parallèlement à son métier d’avocat, il continua son travail sur l’histoire de la philosophie et des sciences. Il mourut en 1955 dans un accident de voiture.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50396, notice FOISSIN Robert, Victor par Denis Peschanski, version mise en ligne le 30 mai 2009, dernière modification le 3 juin 2009.

Par Denis Peschanski

SOURCES : Arch. J. Maitron, fiche biographique. — Arch. de la famille Foissin. — Arch. Daladier déposées à la Fondation nationale des sciences politiques, 3 DA 12, Dr 1, SDRA 9. — L’Humanité, 22 avril 1925. — Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. — Denis Peschanski, « La demande de parution légale de l’Humanité », Le Mouvement social, n° 113, octobre-décembre 1980. — « Éloge prononcé par le Bâtonnier René-William Thorpa le 26 novembre 1955 », Bibliothèque du conseil de l’ordre de Paris. — Alain Guérin, La Résistance, chronique illustrée, 1930-1950, Paris, 1972-1976, t. 2, p. 182. — Roger Bourderon, La négociation. Été 1940 : crise au PCF, Syllepse, 2001. — Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40. La négociation secrète, Éditions de l’Atelier, 2006.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément