HYMOND Roger [HYMOND Edmond, Roger, Eustache]

Par Jean-Pierre Besse, Yves Dauriac, notice refondue par Alain Dalançon

Né le 26 juin 1889 à Coulonge-sur-Charente (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), fusillé le 31 janvier 1942 à Chef-de-Baie, La Rochelle-La Pallice (Charente-Maritime) pour détention illégale d’arme ; piqueur aux Chemins de fer de l’Etat ; militant syndicaliste de la CGT ; militant socialiste SFIO, maire de Rochefort (Charente-Inférieure, Charente-Maritime) (1925-1928), conseiller général (1930-1937).

Roger Hymond
Roger Hymond
Second adjoint au maire de Rochefort (1919-1925)

Roger Hymond était fier de ses origines populaires enracinées dans les campagnes des régions d’attraction de l’arsenal de Rochefort. Son père, Victor, était instituteur, fils d’un scieur de long venu de la Haute-Corrèze, et sa mère, Marie Moquette, sans profession, était fille d’un charpentier à Asnières-la-Giraud (Charente-Inférieure).

Il grandit à Nuaillé-sur-Boutonne, élevé comme ses deux sœurs, suivant les canons de l’éducation républicaine et laïque par son père et sûrement également par son oncle, instituteur dans un village voisin. Il effectua des études secondaires au collège proche de Saint-Jean d’Angély (Charente-inférieure). Après son service militaire, d’octobre 1910 à octobre 1912, au 57e régiment d’infanterie à Libourne, terminé au grade de caporal, il devint piqueur (contremaître des travaux sur les voies) aux Chemin de fer de l’Etat à Rochefort en janvier 1913, et épousa le 22 septembre suivant, aux Églises d’Argenteuil (Charente-Inférieure), Marguerite Vigier, fille d’un couple d’instituteurs, institutrice elle-même, avec laquelle il eut une fille née en 1915.

Il militait au Parti socialiste SFIO. Mobilisé en septembre 1914 au 23e régiment d’infanterie, il fut versé dans les services auxiliaires pour « faiblesse générale » et affecté spécial aux Chemins de fer de l’État jusqu’à la fin de la guerre. En 1915, il devint secrétaire du syndicat CGT des chemins de fer, le second par ses effectifs après celui des ouvriers de l’arsenal à la Bourse du travail.

Il était considéré, selon un rapport de police, comme un socialiste et un syndicaliste « convaincu », un « travailleur intelligent et sobre, raisonnable, partisan de la grève lorsqu’il la croit inévitable pour faire aboutir des revendications justifiées ». Lors de la grande grève des cheminots de 1920, il soutint d’abord activement les revendications des grévistes et fit venir à Rochefort Gaston Montmousseau. Mais au printemps, estimant la grève sans issue, et face à la répression, il appela à la reprise du travail, s’attirant les critiques virulentes de certains de ses camarades, dont Julien Guilmoteau, pourtant militant socialiste et conseiller municipal comme lui, qui fut révoqué et qui l’accusa de trahison. Peut-être craignit-il lui-même une sanction qui aurait brisé non seulement sa carrière professionnelle, mais aussi politique, alors qu’il était en pleine ascension dans la municipalité élue en novembre 1919. Il abandonna donc sa responsabilité de secrétaire de la section mais sans quitter le syndicat. Le rapport de police du 3 août 1920 estimait que c’était un « caractère droit » qui a eu le « courage de défendre ses idées ». Quand la scission syndicale devint effective en 1921, la majorité des cheminots syndiqués de Rochefort ayant décidé de s’affilier à la CGTU, il fonda un syndicat à la CGT, dont il assuma le secrétariat.

Clairement réformiste dans la CGT, il vota cependant pour la motion Cachin dans la section socialiste de Rochefort avant le congrès de Tours de la SFIO de décembre 1920. Il ne croyait cependant pas au développement de la SFIC, comme son camarade postier René Poupin qui en devint le secrétaire adjoint puis le secrétaire de la section locale du Parti communiste. Il était plutôt favorable aux « reconstructeurs » (Longuet-Faure), alliés aux « résistants » (Blum) pour maintenir la SFIO. Mais sa position s’expliquait sans doute autant par les divergences, qui se transformèrent en franche hostilité, avec ses camarades Édouard Pouzet et Louis Bernard, lequel était signataire de la motion Blum, avant le congrès.

Aux élections municipales de 1919, Roger Hymond avait en effet été élu comme ces deux derniers, conseiller municipal dans une municipalité à majorité socialiste, second adjoint au vieux maire socialiste Auguste Roux, le poste de premier adjoint étant détenu par le radical-socialiste Philippe Angibeau.

Chargé des travaux publics dans la municipalité entre 1919 et 1925, il s’activa pour trouver des solutions aux problèmes pendants depuis parfois des décennies, quitte à forcer la main à ses collègues. Il apporta une contribution déterminante dans les transformations de la ville, notamment le début de la destruction des remparts. Pour obtenir des compensations à la fermeture imminente de l’arsenal, il fit approuver par le conseil municipal, en mars 1923, un plan ambitieux demandant à l’État la cession à la Ville des terrains et infrastructures de l’arsenal, la construction de voies ferrées pour développer le port, la création d’un aérodrome civil, l’édification d’un barrage à l’embouchure de la Charente pour permettre aux navires d’accéder en permanence aux ports et pour produire de l’électricité. Il s’affirma ainsi, fut élu conseiller d’arrondissement et devint secrétaire de la fédération départementale de la SFIO et secrétaire fédéral de la Ligue des droits de l’homme.

Roger Hymond, un temps correspondant de La Bataille socialiste en Charente-Inférieure avec Rondeaux, maire adjoint de La Rochelle, s’opposa constamment durant les années 1920 aux socialistes « droitiers » locaux, conduits par Edouard Pouzet, qui avait perdu son siège de député en 1919 mais qui le retrouva en 1924 sous la bannière du Cartel des gauches.

Son ami Charles Cossevin et lui, tous deux membres de la loge « Accord parfait » (GLF), représentaient alors la gauche du groupe socialiste local. Pour les élections municipales de mai 1925, ils firent mettre en minorité, au sein du parti, la candidature du maire sortant, Auguste Roux, appuyée par le député Edouard Pouzet et le secrétaire du syndicat CGT de l’arsenal, Louis Bernard, vénérable de la loge concurrente « La Démocratie » (GOF). Ces élections furent gagnées grâce à une entente indispensable, renouvelée au second tour, avec les radicaux-socialistes : 20 socialistes et 10 radicaux. Roger Hymond fut donc élu maire, avec Cossevin comme 3e adjoint, tandis que les radicaux détenaient le poste de premier adjoint toujours attribué à Philippe Angibaud et de 4e adjoint à Pierre Flottes. Pouzet et Roux restaient cependant membres du conseil municipal, tandis qu’un autre socialiste modéré, Pouyonnat, y entrait, et Bernard était 2e adjoint.

La rivalité avec ce dernier était très forte. Bernard voulait maintenir l’arsenal, puis obtenir au moins de l’État qu’il reconvertisse ses activités sur place. Hymond était persuadé que le Gouvernement et la Marine asphyxieraient l’arsenal en déplaçant le matériel, sans donner aucune garantie de réembauche des personnels sur place : il prônait donc la création d’industries privées sur le site avec l’aide de l’État, pour maintenir l’emploi à Rochefort.

Le décret du 10 septembre 1926 lui donna raison : disparition de la préfecture maritime, du 4e dépôt des équipages de la flotte, fermeture totale de l’arsenal suivie de la vente de l’outillage et des infrastructures par les Domaines en 1927. Les divergences entre le sénateur radical Chapsal et le député Pouzet, entre Bernard et Hymond, se poursuivirent dans la quête de repreneurs privés. Hymond trouva l’entreprise de travaux publics Lajoinie qui devait s’engager à reprendre 500 ouvriers. Mais c’est la société Goldenberg qui emporta le marché. En fait, beaucoup d’ouvriers, ayant préféré bénéficier des garanties du décret de 1926 pour un réemploi dans un autre arsenal, étaient partis, et il ne restait plus que 314 ouvriers et ouvrières à reprendre au début de l’année 1928 : ils étaient 2500 avant la guerre de 1914.

Le maire pouvait cependant mettre à son actif d’autres réalisations (poursuite de la destruction des remparts, mise en route du remplacement des écoles en bois par un groupe scolaire moderne Émile Zola, aménagement de la voirie dans les lotissements récents, construction d’un nouveau gazomètre près de la gare, électrification du faubourg et des écarts, installation d’une nouvelle station de pompage et d’un château d’eau permettant l’arrivée de l’eau courante dans une partie du faubourg, installation d’une usine d’incinération des gadoues (ordures ménagères) couplée à la station de pompage de la Coudre à Tonnay-Charente…). Même les adversaires politiques de droite reconnaissaient l’importance de ce bilan.

Roger Hymond voulut le faire fructifier en briguant en 1928 le siège de député détenu par Edouard Pouzet. Rien n’allait plus entre eux. Hymond n’avait pu se faire élire au conseil général car Louis Bernard avait présenté sa candidature contre lui à l’AG de la section socialiste et avait été élu. Le maire avait fait ensuite exclure de la section Bernard, Pouzet et trois autres camarades conseillers municipaux (Roux, Pouyonnat), car ils avaient fait élire comme adjoint Pouyonnat, pour remplacer Cossevin, décédé prématurément en 1926, alors que la section avait choisi un autre candidat. Pouzet préféra démissionner carrément de la SFIO et fut réélu député, en rassemblant les voix de tous les adversaires du maire. Hymond démissionna alors du conseil municipal pour provoquer de nouvelles élections partielles, mais s’il fut réélu au conseil, il échoua à redevenir maire, ses adversaires portant à la première magistrature le radical-socialiste Philippe Angibaud, premier adjoint depuis 1919. Aux élections municipales normales de 1929, Hymond ne réussit même pas à se faire élire au conseil municipal dont Angibaud resta le maire jusqu’en 1935.
S’il réussit à entrer au conseil général en 1930, pour remplacer dans le canton Rochefort-nord son adversaire Louis Bernard, démissionnaire, il échoua à nouveau aux élections législatives de 1932 contre l’indéracinable Pouzet et fut lui-même exclu de la SFIO à la fin de l’année.

Conducteur de travaux aux Chemins de fer de l’État depuis 1927, il décida de partir en Tunisie où il dirigea durant une courte période une entreprise à Tunis puis revint à Paris, à Maisons-Laffitte, puis à Rochefort en 1935, comptant bien prendre sa revanche aux élections législatives de 1936. Il se présenta sous l’étiquette « Union socialiste et républicaine » ; sur 17 083 inscrits, il recueillit 1 982 voix, obtenant 25% des exprimés à Rochefort même, et se désista au second tour en faveur du candidat radical Mariani, opposé au candidat socialiste du Front populaire, Roger Lefèvre, qui fut élu. Ce dernier le battit à nouveau au renouvellement du conseil général en 1937.

Roger Hymond disparut ensuite de la scène politique, il avait divorcé et s’était remarié en 1934. On apprit au début février 1942 par la presse qu’il avait été fusillé le 31 janvier précédent par les Allemands à Chef de baie à La Pallice, pour détention illégale d’armes. En février 1964, le ministère des Anciens combattants refusa de lui attribuer le titre d’interné politique mort pour la France, « la cause de l’arrestation suivie d’exécution n’entre pas dans le cadre du statut des déportés politiques et internés ». Il aurait fait en sorte que les Allemands découvrent chez sa maîtresse un revolver pour faire accuser le mari de cette dernière, qui était un prisonnier récemment libéré.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article5046, notice HYMOND Roger [HYMOND Edmond, Roger, Eustache] par Jean-Pierre Besse, Yves Dauriac, notice refondue par Alain Dalançon, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 21 novembre 2020.

Par Jean-Pierre Besse, Yves Dauriac, notice refondue par Alain Dalançon

Roger Hymond
Roger Hymond
Second adjoint au maire de Rochefort (1919-1925)
Maire de Rochefort

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 978, rapports du 3 avril 1920, 17 mai 1925, 7 mars 1926, 13 juillet 1926 et 30 avril 1928. — Arch. J. Zyromski (CRHMSS) BI 2.— Arch. Départ. Charente-Maritime, 4 M2/82, 4 M6/19, registre matricule.— Arch. mun. Rochefort, délibérations municipales.— Renseignements communiqués par Francis Masgnaud à partir des archives du Grand Orient. –– G. Lachapelle, Les Élections de 1928, 1932, 1936. – DAVCC, Caen. – État civil. — Alain Dalançon, « Roger Hymond, un maire de Rochefort fusillé par les Allemands en 1942 », Roccafortis, n° 65, janvier 2020. — Notes Éric Le Normand.

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