FOURGOUS Jean, Louis, Albert

Par Michèle Rault

Né le 7 janvier 1915 à Cahors (Lot), mort le 16 décembre 1983 à La Tronche (Isère) ; manœuvre, professeur de CET ; militant chrétien, syndicaliste CGT.

Jean Fourgous naquit dans le Lot où ses parents, qui vivaient à Athis-Mons (Seine-et-Oise, Essonne), s’étaient réfugiés aux lendemains de la déclaration de guerre. Cette région du Sud-Ouest était en partie le berceau de sa famille paternelle : son grand-père était receveur d’enregistrement à Marmande (Lot-et-Garonne). Passionné de photographie, son père, qui avait fait des études de droit, devint directeur du tourisme aux Chemins de fer du Paris-Orléans et fut l’auteur de plusieurs guides touristiques.

Élevé dans la religion catholique, Jean Fourgous, qui avait un frère plus âgé, fréquenta l’école primaire Saint-Charles de Juvisy (Seine-et-Oise, Essonne), avant d’entrer au lycée Henri IV à Paris. Pour parfaire son niveau, ses parents décidèrent de le scolariser chez les jésuites à Sarlat (Dordogne) pendant deux ans puis l’inscrivirent au lycée Saint-Louis à Paris où il obtint le baccalauréat en 1935. Il intégra alors le séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Au bout de deux ans, il partit faire son service militaire à Brives (Corrèze) et, en septembre 1939, encore sous les drapeaux, fut incorporé comme sous-lieutenant. Fait prisonnier à Beauvais (Oise), en juin 1940, il fut envoyé en captivité en oflag en Allemagne puis en Pologne et en Tchécoslovaquie. À l’intérieur des oflags, où étaient organisées des universités internes, il fit de nombreuses rencontres et côtoya, en particulier, des séminaristes et des prêtres. Ce fut dans ces conditions qu’il prit connaissance du livre des abbés Godin* et Daniel, La France pays de Mission ?, qui révélait l’état de déchristianisation du pays.

Après sa démobilisation, en juin 1945, cherchant à l’instar de nombreux chrétiens comment rapprocher l’Église de la classe ouvrière, Jean Fourgous voulut travailler en usine. Il partit « en mission » dans un milieu nouveau pour lui. Il était, comme il l’écrira (en 1964), un de ces « francs-tireurs » envoyés en « dehors du camp retranché » de l’Église. Il trouva à s’embaucher notamment chez Renault à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine) de septembre 1945 à mai 1946, à la Compagnie des compteurs de Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine) de mars à décembre 1948 puis aux Ponts et chaussées du Pas-de-Calais toute l’année 1949. Dans ces entreprises, il commença à militer à la CGT et s’engagea au Parti communiste mais, esprit indépendant, n’y resta que peu de temps. En 1950, continuant à chercher la forme de son engagement chrétien, il partit quelques semaines dans le désert sur les traces du père Charles de Foucauld. À son retour, il vécut près de quatre mois au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne) avec François Laporte*, prêtre sulpicien, membre de la Mission de Paris, créée en 1943 par l’archevêque de Paris pour répondre au constat de la déchristianisation. Il retrouvait régulièrement, mais sans en faire partie, une communauté d’hommes laïcs, anciens séminaristes, qui s’étaient établis à Ivry-sur-Seine et cherchaient à s’insérer dans le monde ouvrier.

Jean Fourgous travailla alors dans plusieurs usines d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne). Il fréquentait les réunions syndicales organisées par l’Union locale de la CGT et y rencontra sa future femme, Simone Bernard, également militante à la CGT. Celle-ci partageait ses interrogations sur la place des chrétiens dans le monde ouvrier. Étudiante en pharmacie, ancienne éclaireuse scoute, elle avait effectué un stage dans une officine ivryenne, tenue par Solange Veau qui lui fit connaître le mouvement missionnaire local : prêtres-ouvriers, communauté d’anciens séminaristes, communautés de femmes chrétiennes laïques créées par Madeleine Delbrêl, Monique Maunoury* et Émilienne Josset*, Petites sœurs de Foucault. Simone Bernard fréquenta en particulier la Mission de France féminine qui avait son siège rue de Châteaudun à Ivry. Après avoir obtenu son diplôme en pharmacie en juin 1949, elle décida, elle aussi, de travailler en usine, à la Fabrique réunie des lampes électriques. Elle y était encore ouvrière lorsqu’elle se maria en février 1952. Le couple vécut dans une courée au Petit-Ivry puis dans le XIIIe arrondissement de Paris et eut trois enfants.

Sur ses différents lieux de travail, Jean Fourgous, employé comme manœuvre, avait une importante activité militante. Il fut amené à fréquenter Joseph de Lorgeril*, prêtre-ouvrier, membre du syndicat des Métaux d’Ivry. En mars 1954, son engagement dans le monde ouvrier fut mis à mal lorsque Rome demanda aux prêtres-ouvriers d’arrêter le travail. Avec sa femme, il se sentit remis en question dans ses choix et le vécut douloureusement. Cette situation, conjuguée avec une instabilité professionnelle causée par de très nombreux licenciements pour son militantisme, engagea Jean Fourgous à suivre une formation professionnelle d’agent technique électricien de 1957 à 1958. Il put ainsi rentrer à l’Éducation nationale dans l’enseignement technique. À la rentrée 1962, il eut un poste en électricité dans le CET de la rue Duméril à Paris (XIIIe arr.). Peu après 1968, il quitta la CGT pour la CFDT.

Il avait aussi milité au Mouvement de la paix et fut quelque temps membre du Parti socialiste après le congrès d’Épinay (1971).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50481, notice FOURGOUS Jean, Louis, Albert par Michèle Rault, version mise en ligne le 3 juin 2009, dernière modification le 22 novembre 2022.

Par Michèle Rault

SOURCES : Arch. Com. Ivry-sur-Seine. — Étienne Fouilloux, « Des chrétiens à Ivry-sur-Seine (1930-1960) », Banlieue rouge, Autrement, n° 18, octobre 1992. — Témoignage de Simone Fourgous, 2009.

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