FLEURY Jacques

Par Julien Cahon

Né le 24 septembre 1941 à Paris ; avocat ; militant socialiste SFIO et PS en Seine-Saint-Denis puis PS dans la Somme ; secrétaire adjoint puis responsable des Étudiants socialistes de l’IEP de Paris (1960), membre du comité national des JS (1961), secrétaire national des Étudiants socialistes (1961-1964), secrétaire de la fédération de la Seine-Saint-Denis (1966-1968), membre du comité directeur de la SFIO puis du PS (1967-1973), premier secrétaire de la fédération de la Somme (1993-1994) ; député de la Somme (1981-1993, 1997-2002), conseiller général dans la Somme (1973-1992, 1998-2001), maire de Roye (depuis 1977) ; vice-président de l’assemblée nationale (1987-1988), secrétaire de l’assemblée nationale (1991-1993) ; président régional de la fédération Léo-Lagrange de Picardie.

Fils d’Émile Fleury, fonctionnaire des PTT détaché comme ingénieur du son à la radio, issu d’une famille nivernaise, et de Madeleine François, secrétaire de Jean Gandrey-Rety (rédacteur en chef du radio journal de France), Jacques Fleury grandit au sein de sa famille maternelle. Le décès de son père, alors qu’il était âgé de deux ans, le conduisit dans le Pas-de-Calais, d’où était originaire sa mère, et où il suivit ses études secondaires, au collège de Calais puis au lycée d’Arras. Son oncle et le second mari de sa mère étaient membres de la SFIO, qu’ils quittèrent pour le PSA puis le PSU, mais le jeune Jacques Fleury ne baigna pas dans la politique. Très tôt attiré par la politique, il écoutait avec passion Pierre Mendès France*. Adolescent, il avait croisé Guy Mollet* à Arras lors de la remise des prix de 1956, et suivait « comme un véritable feuilleton à suspens » la succession des crises ministérielles et la constitution des gouvernements de la IVe république (témoignage autobiographique, p. 20).

En septembre 1959, Jacques Fleury entra à l’IEP de Paris. Quelques semaines plus tard, il fut contacté et invité par le groupe des Étudiants socialistes à une conférence donnée par André Chandernagor au 12 cité Malesherbes, le siège de la SFIO. « Séduit » mais « pas au point d’adhérer immédiatement au Parti socialiste » (témoignage autobiographique, p. 21), guidé par sa volonté de participer à l’histoire et par son envie d’agir, Jacques Fleury était alors à la recherche d’un engagement politique. Entre un communisme qui lui était « étranger », une démocratie chrétienne ne convenant pas à son athéisme, un gaullisme présentant à ses yeux des « risques de dérive vers le césarisme », Jacques Fleury rejoignait les idéaux socialistes et restait sceptique sur le PSA. Eric Hintermann, un de ses condisciples de l’IEP, reprit contact et lui proposa d’adhérer aux ES. Jacques Fleury entra ainsi en 1959, en pleine guerre d’Algérie et suite à l’effondrement de la IVe république, à la SFIO, parti en difficulté et dans le déclin électoral. Désormais adhérent aux ES et aux JS, il assista, au début de l’année 1960, à sa première réunion du groupe socialiste de Sciences Po, animé par Jean-Claude Routier, et fut intronisé secrétaire adjoint. Jacques Fleury s’employait à la distribution de tracts des ES et des JS, partageant la rue avec les frères ennemis de gauche, en particulier Jean-Pierre Chevènement*, alors membre du groupe « Patrie et progrès », sur le trottoir de la rue Saint-Guillaume. Il assistait aussi aux réunions et congrès des JS, ainsi qu’aux conférences débats organisées au siège de la SFIO par les Étudiants socialistes sur les thèmes d’actualité, notamment l’Algérie. Dans un premier temps, Jacques Fleury demeura réservé sur cette question et ne partageait pas la position des milieux jeunes et intellectuels, puis il fut convaincu de la nécessité de l’indépendance algérienne à partir de décembre 1960, suite à la manifestation des musulmans, drapeaux du FLN à la main, dans les quartiers européens d’Alger.

Suite au départ de Jean-Claude Routier, Jacques Fleury devint responsable du groupe des ES de l’IEP, à partir de la rentrée universitaire 1960. Il rédigea un premier tract, avec l’aval de Pierre Herbaut, secrétaire général adjoint de la SFIO, intitulé « PSU, jardin d’acclimatation du Parti communiste ». En 1961, au congrès ES-JS d’Hénin-Liétard, Jacques Fleury entra au comité national de la Jeunesse socialiste, au titre des étudiants. À l’issue de ce congrès, Roger Southon fut élu secrétaire national des JS, et Jean-Pierre Grandazzi*, secrétaire national des ES. Jacques Fleury milita aussi au sein de la fédération Léo Lagrange, qu’il représenta en février 1961 à Bruxelles au séminaire organisé par la World Assembly of Youth (WAY) sur le thème « Europe in the world ». À la fin de l’année 1961, Jacques Fleury fut promu au secrétariat national des ES en remplacement de Jean-Pierre Grandazzi, appelé au service militaire en Algérie. Il fut secrétaire national des étudiants socialistes jusqu’en 1964. Militant actif, Jacques Fleury était aussi devenu le directeur politique de l’édition étudiante de Luttes.

Secrétaire de la fédération de la Seine-Saint-Denis de 1966 à 1968, il dirigea une des plus importantes fédérations de France, puis fit son entrée au comité directeur de la SFIO en 1967 et ne cessa de figurer dans les instances dirigeantes du parti. Cette même année (1967), il fut nommé avocat au barreau de Paris. Il obtint une licence de droit. Comme le faisait la plupart des étudiants de l’IEP, il s’était également inscrit à la faculté de droit. Malgré l’intérêt porté aux enseignements de ses professeurs de l’IEP, parmi lesquels Raymond Barre, Maurice Duverger, Georges Vedel et Jean-Jacques Chevalier, son activité militante et ses responsabilités dans les instances du parti avaient pris le pas sur ses études.

Au comité directeur de la SFIO, il s’opposa aux socialistes partisans de l’Algérie française comme Max Lejeune*. Proche de Guy Mollet et de Claude Fuzier jusqu’à la disparition de la SFIO, puis d’Alain Savary* dans la transition vers le nouveau Parti socialiste, Jacques Fleury participa à sa constitution et fut membre du comité directeur jusqu’en 1973. Il incarnait la tradition de la SFIO et la modernité d’une nouvelle génération qui voulait le regroupement des socialistes : il rencontra notamment François Mitterrand* quand il fallut négocier l’entrée de la CIR à l’intérieur du PS. Après le congrès d’Épinay, Jacques Fleury fut l’un des animateurs du courant de la Bataille socialiste.

En 1972, il quitta la région parisienne et s’installa à Guerbigny (Somme). Homme de parti, Jacques Fleury y poursuivit une carrière d’élu local et national. Il remporta son premier mandat dans le département en septembre 1973 en étant élu conseiller général du canton de Roye, où il succédait à André Coël*. Il conserva ce mandat jusqu’en 2001, avec une interruption de 1992 à 1998. À l’assemblée départementale, il présida la commission des finances de 1979 à 1982. Élu conseiller municipal de Roye en 1977, il devint maire de cette commune où il fut constamment réélu depuis, en 1983, 1989, 1995, 2001 et 2007.

Pendant la campagne des élections présidentielles anticipées de 1974, Jacques Fleury anima dans la Somme plusieurs réunions de soutien à la candidature de François Mitterrand. Suite à la disparition de son courant, il rejoignit les amis de Pierre Mauroy*. Ce dernier qui, depuis 1971, avait participé à toutes les majorités mitterrandiennes, créa son courant au congrès de Metz (1979). Jacques Fleury défendit la motion B (Pierre Mauroy) en vue de ce congrès national.

Il dut attendre la vague rose de 1981 pour entrer au Palais Bourbon après deux échecs aux élections législatives de 1973 et 1978. En 1973, il arriva en troisième position au premier tour avec 9481 voix (sur 57 900 suffrages exprimés) derrière le député sortant Jean-Louis Massoubre (17 165 voix) et le communiste Claude Lemoine (13 603 voix) et se retira au second tour qui vit la réélection du député UDR. En 1978, au premier tour, il recueillit 14443 voix (sur 58 291 suffrages exprimés), arrivant même largement en tête dans son canton de Roye avec plus de 35 % des votes, mais Jean-Louis Massoubre (16 185 voix) et Claude Lemoine (15 140 voix) le devançaient à nouveau, et le scénario de 1973 se reproduisait au second tour. Candidat pour la troisième fois dans la circonscription de Montdidier (deuxième circonscription) en 1981, il battait Jean-Louis Massoubre (RPR). Décrit dans un quotidien local comme « le plus fonceur des députés de la nouvelle vague » (Le Courrier picard, 23 novembre 1982), Jacques Fleury, qui avait laissé son métier d’avocat pour se consacrer à son mandat parlementaire, était membre de la commission des lois au parlement et fut désigné rapporteur sur la réforme de l’organisation judiciaire en 1982. La même année, en mars, il fut élu président régional de la fédération Léo-Lagrange de Picardie, qui avait vu le jour officiellement à Roye le samedi 25 mars 1982, suite à la disparition de l’Union régionale Léo-Lagrange née en 1968 et présidée par Max Arniaud, qui fut porté à la présidence d’honneur de la nouvelle fédération régionale.

Réélu député en 1986, puis en 1988 dans la sixième circonscription suite à un nouveau découpage, Jacques Fleury fut vice-président de l’Assemblée nationale d’avril 1987 à avril 1988, puis secrétaire de cette même assemblée d’avril 1991 à avril 1993. Il siégea à la commission de la production et des échanges (1986-1993), à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République (octobre 1992), et participa à la commission d’enquête relative au fonctionnement du marché de la viande ovine et bovine (octobre 1990-avril 1991) et à la commission spéciale chargée d’examiner les trois projets de loi sur la bioéthique (avril 1992-avril 1993). Battu aux élections législatives de 1993 par Alain Gest (UDF), Jacques Fleury accéda la même année au poste de premier secrétaire de la fédération PS de la Somme, après avoir été membre à plusieurs reprises de la commission exécutive départementale du parti, et membre du comité départemental de l’union des élus socialistes et républicains où il fut chargé des relations avec le conseil général. En 1994, il décida de se retirer du secrétariat fédéral pour s’investir dans la reconquête de son siège de député. Au congrès départemental de Camon, le 6 novembre 1994, il fut remplacé par Didier Cardon à la tête du PS de la Somme. En 1997, suite à la dissolution de l’Assemblée nationale, il retrouva son mandat parlementaire durant lequel il fut membre de droit de l’office parlementaire d’évaluation de la législation. Il siégea également à la commission de la production et des échanges (juin 1997-mai 2000, juin 2000-juin 2002), à la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la république (mai-juin 2000) et à la commission d’enquête sur les causes, les conséquences et la prévention des inondations (membre et rapporteur, mai 2001-juin 2002). En juin 2002, Jacques Fleury fut à nouveau battu par Alain Gest (UMP), puis échoua aux élections sénatoriales de 2004.

En 1994, il était favorable à la candidature de Jacques Delors* à l’élection présidentielle de 1995, puis après le refus de ce dernier, Jacques Fleury soutint celle d’Henri Emmanuelli. Il se situa ensuite parmi les proches de la tendance d’Henri Emmanuelli. En 2005, Jacques Fleury prit position en faveur du non au référendum européen. Lors du congrès de Reims (2008), il signa une contribution intitulée « Et si le parti restait socialiste ? » avant de rejoindre la motion C de Benoît Hamon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50524, notice FLEURY Jacques par Julien Cahon, version mise en ligne le 5 juin 2009, dernière modification le 1er juillet 2009.

Par Julien Cahon

ŒUVRE : Cité Malesherbes. Journal d’un jeune militant socialiste, 1959-1973, éditions Bruno Leprince, 1999 — Le Socialisme, c’est quoi ?, éditions Bruno Leprince, 2006.

SOURCES : Arch. Assemblée Nationale — Arch. FJJ, fonds Françoise Carle — Arch. Dép. Somme, 37J221 — Renseignements fournis par Max Arniaud (papiers personnels) — Le Courrier picard. — Jacques Fleury, Cité Malesherbes. Journal d’un jeune militant socialiste, 1959-1973, éditions Bruno Leprince, 1999 — Alain Trogneux, Dictionnaire des élus de Picardie, tome I : Somme, Amiens, éditions Encrage, 2004.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément