GATIGNON Claude, Jean, Louis

Par Claude Pennetier

Né le 4 août 1931 à Bourges (Cher), mort le 13 juin 2003 à Paris (XIIIe arr.) ; ouvrier métallurgiste ; militant communiste de la région parisienne ; secrétaire général de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique ; membre de la présidence de l’OSPAA (Organization of Solidarity with the People of Asia, Africa and Latin America) ; secrétaire de la fédération communiste du Val-d’Oise ; maire adjoint d’Argenteuil (Val-d’Oise).

Claude Gatignon au premier plan, et, à sa droite, Robert Montdargent, maire d’Argenteuil.
Claude Gatignon au premier plan, et, à sa droite, Robert Montdargent, maire d’Argenteuil.

Important responsable des Jeunesses communistes, Claude Gatignon se situait dans une lignée politique qui, en amont comme en aval, apporta des contributions marquantes au mouvement communiste.
Il est en effet le fils de Louis Gatignon, ajusteur, mais surtout dirigeant communiste du Cher et trésorier de la Fédération CGT des Métaux, et de Jeanne née Rebardeau, couturière, militante communiste. Né à Bourges, il passa la guerre à Riousse (Nièvre) pendant que son père était interné politique. Claude Gatignon fit ses études dans un cours complémentaire pendant trois ans, puis dans un collège technique pour obtenir le CAP d’ajusteur et le BECI. Ajusteur P2 à Livry-Gargan (1949-1951), il se syndiqua en août 1948. Il avait adhéré à l’UJRF en mars 1946 et en en août 1947 au PCF, dans le XVIIIe arr., quartier des Grandes carrières. Avant même son départ au régiment, le PCF le sollicita pour occuper des fonctions importantes. Il effectua son service militaire à Dugny, en 1952-1953, comme sergent. Il se maria à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine) le 2 juin 1951 avec Christiane née Kock, fille d’un menuisier et d’une coutière, tous deux communistes. Elle-même, dactylo-comptable, travailla au CDLP puis pour la ville d’Argenteuil et milita au PCF. Le couple eut trois enfants : Nadine, Sylvie et Stéphane (né en 1969 à Argenteuil, maire de Sevran à partir de 2001).

Embauché chez Facine à Boulogne-Billancourt, Claude Gatignon devint secrétaire de la section syndicale des métaux. Membre du secrétariat de la Seine de l’UJRF puis secrétaire de la fédération Seine-Nord-Est de l’UJRF, il avait fait un stage d’éducateur du parti en octobre 1949, une école centrale des militants du parti dans sa jeunesse en 1952, puis une école centrale de quatre mois en mars-juillet 1955 : « C’est un camarade intelligent, sérieux, travaillant avec méthode, appliqué et modeste, qui a encore besoin de l’expérience du travail pour s’affirmer », écrivait l’évaluateur. Il siégea au bureau national des Jeunesses communistes de 1956 à 1965 et occupa la fonction de secrétaire général de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique de 1961 à 1965, ce qui l’amena à collaborer au secteur de politique extérieure du PCF. Il dut s’installer quelques années à Budapest avec sa femme et ses deux filles. On l’associa à l’organisation des Festivals mondiaux de la jeunesse à Vienne, Helsinki et à celui avorté d’Alger.

Membre du bureau fédéral de la Seine-Nord-Est, Claude Gatignon ne participait guère aux réunions en raison de ses responsabilités à l’UJCF. En 1957, il ne resta qu’au comité fédéral.
Il participa à la création de l’association de tourisme social Loisirs vacances jeunesse (LVJ). Il fut l’un des fondateurs de l’Association française pour l’amitié et la solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA) dont il assura le secrétariat général de 1971 à 1991. Il participa également en 1988 à la création de l’Institut Modibo Keïta dont le conseil d’administration comptait notamment l’épouse ainsi que plusieurs anciens ministres du premier président malien mort en détention au Mali en 1977. Il dirigeait la revue Aujourd’hui l’Afrique.

Il fut aussi et surtout, membre de la présidence de l’OSPAA, créé autour de Ben Barka et regroupant de nombreuses organisations progressistes d’Afrique et d’Asie, et dont le siège était au Caire. « Il fit parfois l’interface entre ces mouvements et les soviétiques » (intervention de son fils Stéphane lors de l’hommage qui lui fut rendu) et travailla avec le courant pro-soviétique en concurrence avec la sensibilité guevariste et cubaine. Il parcourut le monde mais ne se rendit jamais à Cuba.

Le Parti communiste le présenta sans succès aux élections législatives de 1968 et 1973 dans la circonscription d’Enghien-Montmorency. À la création du département de Val-d’Oise, il fut secrétaire fédéral de 1966 à 1971 puis membre du bureau fédéral de 1971 à 1974, enfin du comité fédéral en janvier 1976. Il quitta la direction fédérale en 1977 en raison de ses réserves grandissantes sur les orientations du PCF. Il avait placé ses espoirs dans la Perestroïka et il vécut douloureusement, mais sans surprise, la fin du monde soviétique. Il aurait souhaité une évolution forte et rapide du PCF qui à ses yeux ne vint pas.

Après avoir vécu à Aubervilliers, il s’installa à Argenteuil où il fut maire adjoint aux côtés de Robert Montdargent* de 1971 à 1995. Les opérations de déstabilisation puis d’élimination du député-maire le heurtèrent. Pendant ses mandats municipaux, il avait suivi les questions de logements et présidé, de 1973 à 1992, l’OPHLM d’Argenteuil-Bezons.

Retiré à Riousse, devenu « terrien », il continuait cependant à sauter dans l’avion pour aider des amis africains, visiter Mandela (1994) et retrouver la famille Ben Barka.

Claude Gatignon mourut à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière puis fut inhumé au cimetière de Livry, à Saint-Pierre-Le-Moutier (Nièvre). L’Humanité signala son décès en déclarant que « malgré une prise de distance avec le PCF, [il] demeurait fidèle à son engagement de militant communiste ». Il partageait les options de son fils Stéphane, historien, communiste refondateur, un des responsables de la revue Futur dans les années 1990 puis maire de Sevran (Seine-Saint-Denis).

« Globbe-trotter d’un monde englouti » (Stéphane Gatignon), héritier d’une solide tradition ouvrière et communiste, ce militant intense, chaleureux, fidèle en amitiés, fut sans doute plus connu dans les mouvements progressistes africains qu’en France où il refusa plusieurs fois des fonctions plus en vue.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50528, notice GATIGNON Claude, Jean, Louis par Claude Pennetier, version mise en ligne le 6 juin 2009, dernière modification le 15 juillet 2017.

Par Claude Pennetier

Claude Gatignon au premier plan, et, à sa droite, Robert Montdargent, maire d'Argenteuil.
Claude Gatignon au premier plan, et, à sa droite, Robert Montdargent, maire d’Argenteuil.
Claude Gatignon et Thomas Sankara
Claude Gatignon et Thomas Sankara
Claude Gatignon en présence de Youri Gagarine
Claude Gatignon en présence de Youri Gagarine

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — L’Humanité, 18 juin 2003. — Texte d’hommage à Claude Gatignon. — Entretien avec Stéphane Gatignon. — Archives de l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (AFASPA) 1940-1995, Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 67 J 246, 69 J 1-22 (signalé par Jean-Philippe Dedieu). — État civil.

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