GACON Jean, Michel

Par Jacques Girault

Né le 8 janvier 1920 à Mâcon (Saône-et-Loire), mort le 15 mars 1987 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ; professeur ; militant communiste de l’Isère puis de la Seine ; conseiller municipal de Grenoble (Isère) à la Libération.

Fils d’instituteurs à Huilly (Saône-et-Loire), Jean Gacon, élève au lycée Lamartine de Mâcon (Saône-et-Loire), fut lauréat du concours général en histoire en 1939 et gagna un voyage en Algérie. Il effectua ensuite son hypokhâgne à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Militant des Jeunesses socialistes SFIO à Mâcon (Saône-et-Loire) depuis 1936, membre du courant pivertiste, il en démissionna lors du congrès de Royan en juin 1938. La même année, il rejoignit le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) créé par Marceau Pivert. Cette période politique fut l’traversée de nombreuses hésitations pour Jean Gacon. Dans une de ses biographies rédigée pour la commission des cadres du Parti communiste français, il écrivit à propos de sa réaction lors des accords de Munich : « J’avais alors des tendances au pacifisme intégral et j’ai été très partagé entre l’illusion de la paix sauvée et la crainte de nouveaux progrès fascistes en Europe. »

Jean Gacon effectua son service militaire dans le Génie comme soldat de deuxième classe télégraphiste en juin-juillet 1940, puis fut affecté pendant huit mois dans un chantier de jeunesse dans le Puy-de-Dôme. Malade, il ne partit pas au Service du travail obligatoire. En août 1943, sa belle-sœur, envoyée par les Forces françaises libres, prit contact avec lui. En relation avec l’Armée secrète, il aidait son père, secrétaire de mairie à Huilly (Saône-et-Loire), à confectionner de faux papiers. En mars-avril 1944, il hébergea [Jean Bouvier-17699], envoyé de Lyon. Il en résulta une amitié durable. Il fit partie du Comité local de Libération de Huilly et du comité du canton de Cuisery. Membre du Front national, il adhéra au PCF en décembre 1944 et organisa la cellule communiste à Huilly.

En août 1941, Jean Gacon se maria à Lugny (Saône-et-Loire) avec Marie Vincent, institutrice, fille d’un cultivateur-viticulteur socialiste. Le couple avait deux enfants, dont Jean-Yves Gacon*. Son épouse, qui devint professeure d’enseignement général dans un collège technique en 1953, militait au Syndicat national de l’enseignement technique professionnel-CGT. Elle décéda le 1er août 1988 à Boulogne-Billancourt.

Après avoir obtenu l’agrégation d’histoire en 1945, Jean Gacon fut nommé professeur au lycée Champollion à Grenoble (Isère). Il adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire en octobre 1945.

Membre du comité et du bureau de la section communiste de Grenoble Nord-Est de 1946 à 1953, il entra au comité de la fédération communiste en 1953 et y demeura jusqu’en 1956. Depuis 1946, il était le secrétaire adjoint de l’Amicale des intellectuels communistes dans le département. Il commença à collaborer aux Cahiers du Communisme en 1946 avec un article à propos de l’ouvrage Le zéro et l’infini d’Arthur Koestler, intitulé « Une arme dangereuse de l’anticommunisme ». Dans L’École et la Nation, n° 2, novembre 1951, il composa un article sur La géographie économique et sociale de la France de Pierre George, sous le titre « Un compagnon indispensable à l’instituteur ».

Jean Gacon militait également à l’association France-URSS, dont il devint membre du comité départemental et secrétaire départemental en 1948. Il adhéra à la Ligue des droits de l’Homme en 1946. En outre, conseiller municipal de Grenoble nommé à la Libération, il ne fut pas candidat aux élections municipales en mai 1945.

En 1953, Jean Gacon et Jean Bouvier publièrent un ouvrage sur la période 1939-1940 qui justifiait le Pacte germano-soviétique et qui fut très vite considéré comme une histoire au service de la politique. Ils reprochèrent au PCF de leur avoir dissimulé des sources, ce qui conduisit, avec d’autres évènements, Bouvier à rompre avec le PCF à la fin des années 1960 alors que Jean Gacon resta dans le parti. Cet ouvrage lui fut toutefois longtemps reproché au sein des cercles communistes et historiens.

En 1955, il fut nommé professeur au lycée Claude-Bernard à Paris. Membre du comité de la section communiste d’Auteuil puis du comité du XVIe arrondissement, il résidait à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Dès lors, il milita dans les milieux des intellectuels communistes à Paris. Il collaborait à Démocratie nouvelle. Professeur d’histoire à l’Université nouvelle, il entra à son bureau en 1961.

Aux élections législatives de 1962, de 1967, dans la 32e circonscription (Boulogne-sur-Seine), il fut le suppléant du candidat communiste. Quand cette circonscription devint la 10e des Hauts-de-Seine, il fut à nouveau candidat suppléant en 1968 et en 1973. Il fut aussi candidat aux élections municipales à Boulogne en 1965, en 1971 et en 1977. Il fut également candidat au conseil général dans le canton de Boulogne Nord-Ouest en 1965 (élection partielle), en 1967 (2 908 voix, deuxième position et 4 734 voix au deuxième tour) et en 1973 (1 604 voix, deuxième position).

À la fin des années 1970, il co-présida l’association France-Tchécoslovaquie en compagnie de Jean Effel. Jusqu’à la fin de sa vie, il demeura un fidèle partisan des liens avec l’URSS. Ce qui ne l’empêcha pas d’entretenir une profonde amitié avec ses amis plus critiques, tels Paul Noirot et Jean Bruhat, des relations entre le PCF et l’Union soviétique.

Jean Gacon travaillait dans le cadre de l’Institut Maurice Thorez, notamment pour aider Jacques Duclos dans la rédaction de ses mémoires, mais le secrétariat du PCF, le 9 juin 1977, notait que la documentation rassemblée n’était pas destinée à être publiée et devait « être remise à la direction du Parti ». Lors des colloques organisés par l’Institut Maurice Thorez, il jouait le rôle d’historien officiel, collaborant de près avec sa direction. Il prononça une conférence en avril 1970 sous le titre « La Paix, question décisive pour Lénine ». Son rôle diminua lors de sa transformation en Institut de recherches marxistes, mais il continua à collaborer en publiant dans le cadre de la collection du club Diderot, Histoire de la France contemporaine, des présentations historiques de la France.

Considéré comme fidèle aux analyses de la direction du PCF, sa présence comme signataire de la pétition dite « pétition d’Aix » étonna. En privé, il s’en justifia, considérant que la direction du PCF faisait fausse route en rompant avec la logique du programme commun et qu’il fallait lancer un signal d’alarme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article50529, notice GACON Jean, Michel par Jacques Girault, version mise en ligne le 6 juin 2009, dernière modification le 12 avril 2022.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Outre ses nombreux articles dans la presse, retenons : en collaboration avec Jean Bouvier, La Vérité sur 1939. La politique extérieure de l’URSS d’octobre 1938 à juin 1941, Éditions sociales, 1953. — En collaboration avec Lucien Sève, La guerre et la paix, Chambéry, Les Éditions scolaires, Documents EDSCO, 1957. — Présentation de Les origines du fascisme. Italie, Hongrie, Allemagne…, Les Éditions de La Nouvelle critique, Recherches internationales à la lumière du marxisme, 1957. — Introduction à Jean Le Ramey, Mutins de la mer Noire, Éditions sociales, 1973. — En collaboration avec Danielle Tartakowsky et Roger Bourderon, 1947-1968, Histoire de la France contemporaine, t. 7, Éditions sociales/Livre club Diderot, 1983. — Batailles du rail, Messidor, 1986. — 1944-1958. La Quatrième République, Messidor, 1987.

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse. — Notes de Jean-Yves Gacon. — Entretiens avec l’intéressé.

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